mardi 30 décembre 2008

1924 : Ottavio Bottecchia, le maçon du Frioul


Bottecchia est un mythe. Une légende, peut-être pas à la hauteur de celle de son illustre compatriote Fausto Coppi, mais en tout cas le premier coureur dont la fulgurance de la carrière épousa la tragédie que fut sa vie. Totalement inconnu, y compris dans son pays, lorsqu'il prit le départ du Tour 1923, Ottavio mit rapidement les choses au point en terminant deuxième de son premièr Tour. Un scepticisme largement basé sur le délit de sale gueule, son allure de paysan aux oreilles paraboliques ne laissant que peu de place au glamour. Les gens auraient pourtant du se méfier, car la taille de son nez et de ses oreilles n'avaient d'égales que la grosseur de ses parties génitales : réquisitionné pour combattre à la frontière autrichienne pendant la Grande Guerre, trois fois il fut fait prisonier, trois fois il s'échappa, les trois fois...à vélo ! Le vélo, un ustensile qu'il considère avant tout comme un simple moyen de locomotion et surtout pas la possibilité d'en faire un métier. De retour dans son Frioul natal (Nord-Est de Venise, pour les déficients en géographie), il s'épanouira donc dans la maçonnerie dont viendront l'extirper ces génies - on ne le dira jamais assez -, les frères Pélissier. Et en 1924, c'est le carnage. Bottecchia ne laisse rien à personne, il se promène dans les Pyrénées et chante en pédalant dans les Alpes. Il réalise une performance jusqu'alors inégalée, prendre le maillot jaune dès la première étape et ne plus le lâcher. Notre roi de la truelle met un point d'honneur à gagner la première et la dernière étape, reléguant le second au classement général final à 35' et le troisième à 1h35', atomisant tous ses autres adversaires dont Pélissier qui nous refait le coup du complot ("ce que nous ne ferions pas faire à des mulets, nous le faisons", "un jour viendra où l'on nous metttra du plomb dans les poches parce qu'on trouvera que Dieu a fait l'homme trop léger"). Si la richesse d'une vie fait de vous un homme respecté et admiré, seule la mort a le pouvoir de bâtir une légende : si Bottecchia était mort en maison de retraite ou d'un arrêt cardiaque en descendant ses poubelles, nul doute que beaucoup l'auraient oublié. Le 3 juin 1927, on le retrouve la tête en sang au bord de la route, il mourra douze jours plus tard. Une mort à l'âge de 33 ans, jamais élucidée qui laissera la place à de multiples théories : chute, malaise, assasinat des fascistes, de la famille assurée de toucher un agréable héritage, un paysan avouera même des années plus tard l'avoir assassiné parce qu'il était en train de lui voler du raisin. Ottavio n'avait de toute façon plus le coeur à rouler, en proie à de mystérieux tourments intérieurs, ce que le monde moderne appelle la dépression. Pour le reste, Ottavio, tout formidable coureur qu'il fût, est considéré par certains salisseurs de mémoire comme le précureur des coureurs modernes, de ceux qui sacrifient tout pour le Tour de France (Lemond, Indurain, Armstrong, ce genre de pourritures). Mieux vaut ne pas les écouter, la vérité est toujours plus moche que la légende.

1923 : Henri Pélissier, enfin la France


La France attendait ça depuis 1912, une éternité, les gens devenaient fous, le Belge était devenu l'objet de tous les ressentiments, on en oubliait presque les Boches et le Chemin des Dames. Que devrions-nous penser, nous qui jouions encore aux Playmobil et découvrions les prémices du développement de notre pilosité pubienne lors de la dernière victoire du Blaireau, en 1985 ? Mais bon, en ce temps-là, la France avait de vrais champions (Alavoine, Christophe, Barthélémy, les Pélissier) qui avaient surtout joué de malchance depuis 10 ans. Là où une victoire dans le Tour de Sylvain Chavanel relève de la science-fiction la plus folle (à moins d'une gigantesque pendémie mondiale épargnant uniquement le département de la Vienne), nos arrières grands-pères étaient eux légitimement en droit d'espérer. Ce Tour fut difficile : 15 étapes, la plus courte de 260 kms, la plus longue de 482 kms (Les Sables d'Olonne-Bayonne, vous imaginez ?). Pélissier, je vous en ai déja parlé, c'était ce grand homme qui traitait publiquement ses collègues de (Daniel) percherons, qui insultait Henri Desgrange et qui finira assassiné par une mijaurée qui n'aimait pas les armes blanches qu'aimait à manier Riton. Henri Desgrange ne pouvait pas le blairer non plus cet homme nonchalant, arrogant et stylé, aux jambes de lévrier et à la langue de vipère. Irrité par ses abandons répétés lors des Tours précédents, irrité aussi par ses justifications ultra prétentieuses ("j'ai de l'argent et une situation qui me dispensent d'entreprendre des tâches aussi lourdes", déclare-t-il après son abandon lors du Tour 1920), Desgrange est catégorique : "le Tour de France lui est, non pas musculairement mais moralement, interdit, et puis quelle nervosité de jolie femme !" C'est peut-être de se faire traiter ainsi de tapette qui a motivé Pélissier, lui qui remporta tout de même deux fois Paris-Roubaix. Il décida donc de survoler les Alpes, l'étape du Galibier restant un moment fort de l'histoire du Tour, lorsqu'il franchit la ligne d'arrivée main dans la main avec son frère, Francis, fidèle compagnon d'arme. Accueilli au Parc des Princes par une foule hystérique, il désigna avec l'intelligence qui le caractérisait son successeur, son coéquipier, tout comme Franck Ribéry maçon de formation : Ottavio Bottecchia.

dimanche 28 décembre 2008

Q 65 Revolution (1966)


Comme souvent, ne pas se fier à la pochette. Les troubadours grassouillets et barbichus qui posent si fièrement, vestes de velours et lunettes Darry Cowl en avant, sont responsables d'une des musiques les plus rigoureusement obscènes et violentes de toutes les sixties. De vrais malades, originaires non pas de Londres, du Texas ou de l'Ohio, mais de l'autre pays du fromage : les Pays-Bas. Heureusement, contrairement à leurs collègues garagistes brésiliens Os Mutantes, ils avaient la bonne idée de ne pas chanter dans leur horrible langue natale, cet abscons et nauséeux mélange d'allemand et de chti. A l'heure où Wouter Otto Levenbach alias Dave (a-ton idée de prendre un pseudo quand on a un nom aussi génial ?) préparait son premier concours de l'Eurovision avec sa délicieuse ritournelle "Niets Gaat Zo Snel", ces gros bataves décidaient de faire du Pretty Things, en plus violent. Si un jour vous vous retrouviez par le plus grand des hasards à tenter d'expliquer à un Inuit ou à un Martien ce qu'est le garage, voici la réponse la plus adaptée : "I Got Nightmares". Plus encore que "Pushin' Too Hard", "Psycho" ou "Rosalyn", 2 minutes 28 secondes de totale sauvagerie. Une véritable tornade, un tsunami que les Indonésiens ne peuvent que se réjouir d'avoir évité. Il faut l'entendre pour le croire, vraiment, cette intro dévastatrice, la voix hargneuse de Willem Bieler ponctuant chacune de ses phrases de "aaaaaarrrrrgggggghhh", tout ici ne donne qu'une envie : casser tout ce qui se trouve à portée de pied ou de main. Auparavant ces vilains pas beaux du tout avaient enregistré un 45 tours aujourd'hui introuvable, le paraît-il très teigneux "You're the Victor" (hommage à Victor Lanoux ? Victor Pecci ? no one knows). Si le reste de l'album n'atteint pas toujours ce sommet de bestialité (au pays du fromage, on a aussi tendance à se droguer), si l'on a droit à une 2000ème reprise du "I'm a Man" de Bo Diddley, "The Life I Live", "Summerthoughts in a Field of Weed" ou "Down at the Bottom" valent leur pesant de Seeds ou de Sonics. Pas de video d'eux sur Youtube, juste des covers ou des concerts de reformation que je me refuse à voir. Déjà qu'ils étaient gras en 66...

Gregory ISAACS Cool Ruler (1978)


En général, je n'aime pas trop le reggae. Trop lent, trop mou, trop de cuivres à la con, trop black quoi. Mais il faut parfois savoir forcer sa nature, ce n'est pas parce qu'on n'aime pas le surimi qu'on n'aime pas les fruits de mer. Gregory Isaacs est un cas. L'homme est un vrai badboy, il a expérimenté les prisons jamaïcaines pour détention d'armes à feu, de cocaïne, détournement d'argent de temps en temps. Plus fort que Charles Pasqua et Patrick Balkany réunis, Mr Gregory a aussi une bien plus jolie voix que le premier et plus d'élégance que le second. Surnommé Hitler - ça commence à faire beaucoup - en raison de son comportement plus qu'autoritaire avec les musiciens, il ne dédaigne pas non plus, à l'instar du Sergent Champy, s'adonner à une autre de ses passions : la strangulation. Superstar du reggae, chacun de ses concerts déclenche inévitablement des inondations dans les petites culottes jamaïcaines, certains racontent même avoir été témoins visuels et olfactifs de rivières de cyprine déferlant des Blue Mountains, provoquant dans les années soixante-dix les plus grandes crues que les Caraïbes aient connues. Car Gregory Isaacs est un lover, une sorte de Léonard Cohen antillais, si l'on peut dire. Voix suave et nonchalante, jamais forcée, un peu à la manière de Sam Cooke, l'homme nous raconte tout au long de cet album sublime des histoires de rateaux et de rendez-vous manqués. Jamais infecté par les cuivres dégoulinants bobmarleysques, son rock steady est ultra dépouillé, tout juste martelé par la rythmique implaquable de Sly & Robbie et un orgue vraiment dégoulinant, lui. La face A est carrément à tomber et devant l'enchaînement "Native Woman" / "John Public" / "Party In The Slum" / "Uncle Joe", les gens sensibles risqueront à tout moment l'accident vasculaire cérébral. Remède imparable aux troubles de l'érection et à la sécheresse vaginale, ce disque donne envie d'acheter tous les albums de sa discographie plus que pléthorique, l'homme étant capable d'enregistrer 6 albums en deux ans. Enfin de la musique qui donne envie de se trémousser, et pas seulement pour accéder au bar. Quand j'y repense, les gloussements "woooo-ahhhhhh-ahhhhhhh" sur "John Public"....Gregory Isaacs, sex toy de l'année 2009.

dimanche 21 décembre 2008

1922 : Firmin Lambot, le doublé


Lambot a remporté le tour le plus difficile de l'Histoire, celui de 1919 : 5560 kilomètres, le froid, la neige, l'après-guerre, les routes pourries, onze rescapés, une vraie boucherie. Lambot est toujours le plus vieux vainqueur d'un Tour de France a 36 ans et 4 mois, c'est-à-dire à quelques jours près l'âge de Vincent Gosselin (c'est tout de suite plus parlant). Lambot était le genre de mec, qui en guise de vacances, à 60 balais passés, décidait de (re)faire le Tour de France, en tandem avec sa femme. Et tout le monde s'en branle. Pas plus tard qu'avant-hier soir, j'ai encore du supporter de la part de certains de mes compatriotes l'apologie du rugby, ce sport si fin qui dessine des corps si parfaits, son état d'esprit hors du commun, ce sens du dévouement et de l'abnégation quand bien même personne n'a encore rien compris aux rêgles de ce jeu (?) étrange. Bref, là où le monde entier semble y voir une version moderne de la mythologie grecque, moi désolé je persiste à n'y déceler qu'un empilement de gros lards aux oreilles décollées. Conseil aux célibataires : pour épater la femme de votre vie, un bon gros plaquage vaudra toujours mieux que faire Paris-Moscou-Paris à vélo, c'est maintenant pour moi l'évidence. Constat aussi triste que cruel : de même qu'il y aura toujours des gens pour retourner à la Koenigsbier après avoir goûté à la Leffe de Noël, il y aura aussi toujours des gens insensibles à la beauté de la bicyclette, cette activité "où toutes les fonctions naturelles, hormis la reproduction sont appelées à jouer un rôle", comme le disait Antoine Blondin. Grand homme ce Blondin, surdoué de l'écriture comme de la bouteille, qui disait avec tout autant de clairvoyance : "toutes les femmes sont fatales, on commence par leur devoir la vie, elles finissent par causer notre perte". Ceci dit, pour revenir au Tour 1922, Lambot n'était pas très glamour : un Belge méticuleux et rigoureux, même si c'est tout de même moins rare qu'un informaticien rigolo, on ne comprend pas bien, ça fait un peu tâche, quoi. Le grand homme de l'époque, que l'on ne s'y trompe pas, c'était Jean Alavoine. Un roubaisien montagnard qui gagnera cette année-là les trois étapes des Pyrénées, mais pas le Tour par la faute de 46 crevaisons, 15 sauts de chaîne et le Galibier gravi sous les trombes d'eau. Un truc à décourager le plus vaillant des rugbymen, mais assurément insuffisant pour convaincre une admiratrice des Barbarians. Alavoine, qui mourra sur son vélo, à l'âge de 55 ans, lors d'une compétition de vétérans, comme ça pour le fun. Il en faut de l'alcool, pour supporter certaines conversations, croyez-moi. A vous donner envie de rétablir la peine de mort sur-le-champ.

samedi 13 décembre 2008

HARMONIA Deluxe (1975)


Redde Caesari quae sunt Caesaris. L'homme qui m'a initié, non pas à la sexualité mais au Krautrock ("le rock choucroute"), n'est ni Julian Cope ni Horst Hrubesch, mais un intermittent du spectacle, de ces privilégiés au statut totalement scandaleux (je fais semblant de travailler pendant 3 mois, je suis indemnisé pendant 8 mois). Son nom, je n'ai pas peur de le réveler à la face du monde, il a d'ailleurs déjà été cité sur ce blog : Marc-Antoine Mulliez, sénégalais d'adoption. En place pour la présentation des équipes : numéro 1, Michael Rother (ex-Neu!) ; numéro 2, Hans-Joachim Roedelius (ex-Cluster) ; numéro 3 : Dieter Moebius (ex-Cluster) ; numéro 4 : Mani Neumeier (ex-Guru Guru). La crème de la crème de la Kosmische Musik, cette géniale musique créée à la fin des années 60 et au début des années 70 par les fils et petits-fils de nazis. J'aime beaucoup Amon Duul II, je vénére Neu ! et j'entre en transes quand j'écoute Can, mais quand j'entends Harmonia, je vois carrément la Vierge. Attention, à première vue ou plutôt à première écoute, cette musique d'ascenseur peut faire penser à Jean-Michel Jarre. Mais Jean-Michel, il a pour moi un triple problème : il s'appelle Jean-Michel (et non Hans-Michael), il est né à Lyon (et pas à Düsseldorf) et il a épousé cette pouf d'Anne Parillaud (c'est pas moi qui l'ait forcé). Parce qu'il faut être honnête, Jean-Michel Jarre, c'est largement aussi génial que Tangerine Dream : Equinoxe, j'ai forcément un peu honte de l'avouer, ça me fout autant la chair de poule que Les Corons repris par le Kop de Bollaert (on arrête de rire quand je parle de Saint-Felix). De la musique qui vous donne envie de vous regarder dans votre glace de salle de bains avec des lunettes de soleil en vous imaginant qu'on vient de vous décerner un Prix Nobel. Et puis JMJ n'est pas un neuneu : l'homme a été formé par Pierre Henry et Stockhausen, a écrit les paroles des Mots Bleus et de Senorita (de Où sont les femmes ? de Patrick Juvet, aussi), a couché avec la viscontienne Charlotte Rampling pendant 20 ans, sans compter que son papa a écrit la musique de Lawrence d'Arabie et de Docteur Jivago. Tout le monde ne peut pas en dire autant. J'ose : Jean-Michel Jarre est l'inventeur du krautrock français. C'est un mouvement un peu compliqué du reste, ce rock allemand : entre les adeptes des longues plages atmosphériques (Tangerine Dream), les folkeux acides (Popol Vuh, Ash Ra Tempel), les robotiques (Neu !, La Düsseldorf, Kraftwerk), les fous furieux (Amon Duul II), les inclassables (Can, Faust), pas facile de s'y retrouver. Harmonia est à ranger clairement dans la catégorie des robotiques, le terme exact à employer si l'on veut vraiment faire le malin étant Motorik. Une musique incomparable, psychédélique, à la fois apaisante et répétitive, mais bizarrement plutôt joyeuse. Comme sur le premier morceau, le phénoménal Immer Wieder, où l'on a le curieux sentiment d'entendre des zombies heureux de reprendre en choeur les seules paroles de l'album "Immer wieder rauf und runter, einmal drauf und einmal drunter, immer wieder hun und her, kreuz und quer mal leicht mal schwer". Le tout sur fond de synthéthiseurs préhistoriques, accompagné des guitares agressives de Rother et d'une batterie métronomique. Une musique jamais ennuyeuse, comme pourrait le laisser craindre la longueur de certains morceaux, jamais préténtieuse non plus. Bref, le krautrock n'est pas une musique élitiste d'intellos, le verso de la pochette ultra débilos démontrant même qu'en Allemagne aussi on sait rigoler : on n'est pas chez Yes, Genesis ou Led Zeppelin. Et sur ce disque, l'un de mes morceaux préférés de tous les temps, tous styles confondus : Notre Dame, véritable cathédrale du krautrock, le morceau que j'exige dès aujourd'hui que l'on passe à mon enterrement. Un album sublime, méconnu, qui constitue peut être la meilleure clé d'entrée pour ce mouvement aussi fascinant qu'accessible. A mettre bien en évidence sur la cheminée du salon, à côté des chefs d'oeuvre insurpassables du plus grand groupe allemand du monde : Can.

1921 : Léon Scieur, la Locomotive de Namur


La Grande Guerre est finie depuis trois ans, l'état des routes s'est arrangé, Henri Desgrange constate même avec étonnement qu'Armentières et Bailleul commencent à ressembler à des villes. C'est dire si ça s'est amélioré. Les Belges raflent tout depuis 1912 mais cette année le favori est français : Honoré Barthélémy. Détail non négligeable, l'homme prend le départ cette année alourdi d'un oeil de verre, conséquence d'une chute à Aix-en-Provence l'année précédente qui le vit voir d'un peu trop près un silex bien pointu. Ce qui ne l'empêcha pas de terminer premier français du Tour 1920, en parcourant les 2000 kilomètres restants le guidon retourné (son dos étant également bousillé), et borgne donc. Poursuivi par les silex, l'homme ne remportera bien évidemment jamais le Tour, réalisant en 1921 sa meilleure performance (3ème, pas si mal pour un Cotorep) malgré onze crevaisons. C'est donc encore un Belge, Léon Scieur, qui va en profiter. Il ne faut pas généraliser : tous les Belges ne sont pas des cannibales ni des pédophiles, Léon est même plutôt un brave, à ranger dans la catégorie chevaux de trait. Les Scieur n'étant pas non plus les Rotschild, Léon se paie son premier vélo à 22 ans, l'âge auquel la plupart d'entre nous ont abandonné une carrière cycliste parfois prometteuse. Et puis comme Papa et Maman Scieur (pleure pas bébé Bonheur) ont tendance à tiser un peu, petit Léon fait de la bicyclette en cachette, ce qui n'est pas sans nous rappeler l'histoire de l'enfant de putain numéro 2 (tout le monde connaît le numéro 1), Floyd Landis. Scieur avait un mental de Viet Cong , il fera notamment partie des 10 rescapés de l'horrible Tour 1919 mais aussi une force de Cosaque : après sa retraite, il embrassa la passionnante carrière de marchand de charbons où, plus fort que Jean Gabin dans La Bête Humaine, il avait pour habitude de décharger 80 tonnes de charbon par jour (à la pelle). On a le droit d'y croire. C'est lors de l'étape Metz-Dunkerque qu'il construisit sa légende, où il dut 300 kilomètres durant transporter sur le dos sa roue arrière brisée après avoir changé de matériel (c'était la règle : on devait ramener à l'arrivée la preuve de l'élément brisé, sinon c'est trop facile ). Les dents du pignon lui lacérèrent le dos, il en garda paraît-il des séquelles jusqu'à sa mort en 1969. Si ce Tour 1921 fut comme son prédecesseur peu animé, il convient de ne pas banaliser les exploits de ces "Forçats de la Route", comme les appelaient le grand Albert Londres : l'étape Cherbourg-Brest par exemple faisait 406 kms - il y en avait des plus longues -, le départ en était donné à 2 heures du matin, le dernier coureur arriverait à 23h30... Bref, à cette époque, c'était l'Iron Man tous les jours. Et dire que pendant que vous lisez cet article, on nous bassine avec le Vendée Globe, ces petits bateaux qui vont sur l'eau et tout ça...

vendredi 12 décembre 2008

THE CREATION We Are Paintermen (1967)



Attention, photo réalisée sans trucage ni l’aide de Marcel Béliveau. Je suis bien l’heureux possesseur de « We Are Paintermen » de Creation, en vinyle. Selon un recensement récent, nous serions même 74 en France (trois de moins de 40 ans) à détenir les deux uniques albums originaux allemands de ce cultissime groupe mod. Une sorte de Graal du collectionneur, le Golgotha de la rareté sixties, un truc paraît-il à gâcher les nuits de Vincent Palmer ou du grand Nicolas Ungemuth, à en rendre Marc-Antoine Mulliez méchant. Après l’avoir trouvé la vie semble s’arrêter. Certes l’état n’est pas nickel - le teuton n’étant pas si soigneux qu’on le dit -, son précédent propriétaire ayant eu la prodigieuse idée d’écrire au Bic avec ses sales pattes de sale Schleu sur le verso de la pochette, sans oublier de la saupoudrer çà et là de tâches de gras. Tant pis. On le sait, pendant les années 60, dans la perfide Albion, le niveau était relevé : une Ligue des Champions très dense (Beatles, Rolling Stones, Kinks, Who et surtout les terrifiants Pretty Things) et une Ligue 1 presque du même tonneau (Troggs, Animals, Small Faces, Yardbirds, Zombies…). Les Creation, eux, étaient les leaders de la Ligue 2, ce qui n’est pas si mal et les place de facto et ad vitam aeternam (ça plait toujours les locutions latines) beaucoup plus haut que Radiohead et Coldplay. C’est un des mystères de l’Histoire du Rock, on ne sait pas bien pourquoi les Creation n’ont pas enregistré d’album dans leur pays. Que la France n’ait pas voulu d’eux n’est guère surprenant (le niveau était très relevé en France aussi avec Richard Anthony, les Chaussettes Noires et Danyel Gérard), mais que pour seules terres d’asile ils n’aient trouvé que l’Allemagne et la Suède donne un peu envie de régurgiter. D’autant que, chose rare pour des Anglais, ces gugusses n’étaient pas si laids, ils étaient même plutôt beaux et fort élégants, si tant est que l’on apprécie les chemises à jabot et les coiffures de Playmobil. Nettement moins affreux par exemple que les Who, dont ils étaient très proches musicalement. Ils échoueront donc chez Hit-ton, curieux label de Francfort - où contrairement aux idées reçues on ne fait pas que des saucisses -, qui n’hésite pas à éditer à la fois les Kinks, des chants bavarois et des valses viennoises (avec de délicieuses teutonnes aux seins lourds légèrement dévêtues en couve, histoire d’attirer le masturbateur de moins de 50 ans, cette catégorie socio-professionnelle à ne pas négliger). Quand on parle de Creation, on évoque systématiquement son guitariste Eddie Philips, le premier humain à avoir joué de la guitare en utilisant un archet, des siècles donc avant l’ésotérique Jimmy Page. La video jointe le montre d’ailleurs en pleine action. Un drôle d’idée, aussi naturelle que jouer d’un violon avec un médiator ou manger du riz basmati avec des baguettes. Les Creation aimaient donc bien faire les malins, avec des slogans aussi prétentieux qu'incompréhensibles du genre « our music is red with purple flashes »... Ce qu’il faut surtout retenir de Creation à vrai dire, c’est ce terrifiant morceau, l’un des plus grands singles des sixties, du niveau de "My Generation" ou "Wild Thing", repris plus tard par les immenses Television Personalities : « Making Time ». Son intro bestiale et la voix hargneuse de Kenny Pickett, aucun lien de parenté avec le chauffard Nelson Piquet ni même avec Wilson Pickett. Une vraie tuerie, entourée sur cet album par d’autres étranges morceaux comme le sauvagement psyché « Through My Eyes », mais aussi par d'inévitables bouses dont les groupes sixties étaient coutumiers (une énième reprise d'"Hey Joe" et de "Like A Rolling Stone", ça intéresse quelqu'un ?). Est-ce donc raisonnable de dépenser une centaine d’euros pour acquérir cet album ? Definitely. Les Creation connaîtront la gloire dans les seventies lorsque les crépus Boney M reprendront « Painter Man », puis lorsqu’Alan McGee donnera à son label le nom de Creation (Jesus & Mary Chain, My Bloody Valentine, Oasis, Libertines…). Cruelle pirouette, Pickett terminera sa carrière comme roadie de Led Zeppelin. La vie ne fait décidément pas de cadeau.

mercredi 10 décembre 2008

1920 : Philippe Thys, le triplé


Alors, le Tour 1920, c'est :
1) Philippe THYS (Belgique)
2) Hector HEUSGHEM (Belgique)
3) Firmin LAMBOT (Belgique)
4) Léon SCIEUR (Belgique)
5) Emile MASSON (Belgique)
6) Louis HEUSGHEM (Belgique)
7) Jean ROSSIUS (Belgique)

Cet article s'inscrit dans le cadre de ma nouvelle politique de communication : moins d'allusions, plus d'informations.

Sinon, 1920, c'est l'année du droit de vote pour les femmes aux Etats-Unis (quelle ânerie...) et de l'inhumation du Soldat Inconnu sous l'Arc de Triomphe (voir parenthèse précédente). Désolé, je suis un peu grippé (je crois que j'ai la grippe, je veux dire).


mardi 9 décembre 2008

MAGAZINE Real Life (1978)





Ils sont légion les groupes à n'avoir pas mis tous les atouts de leur côté pour rencontrer le grand public, dans la grande déchetterie de l'histoire du rock. Mais, eux, je me demande s'ils ne décrochent pas le pompon. Nom de groupe nul à traire (Magazine, et pourquoi pas Téléphone ou Television tant qu'on y est ?), pochettes invariablement immondes probablement conçues par un CAT de la banlieue de Manchester (très proches de mes oeuvres de 6ème réalisées sous la houlette de Mr Pierru) et casting à faire passer les Freaks de Tod Browning pour des produits de l'agence Elite. En guise de frontman, une sorte de mutant, fruit de l'accouplement illégitime entre Michel Houellebecq et le mime Marceau ; à la batterie un sosie de Yohan Demont sous-alimenté et/ou silicosé ; à la basse un clone d'Harlem Désir période Touche Pas à Mon Pote (sa meilleure période, ceci dit) ; le beau gosse du groupe étant condamné à jouer de l'instrument le plus inutile du monde, juste derrière le tuba : le saxophone. Bref, en 1978 comme aujourd'hui, on ne vient pas à Magazine sur un coup de foudre. On y vient pour son leader, Howard Devoto (nom sur la carte vitale : Howard Trafford), fondateur des merveilleux Buzzcocks, auteur du mythique EP "Spiral Scratch" et des bombes à neutrons que sont "Boredom", "Breakdown" et "Fast Cars". A son look de médecin légiste slovène, Devoto ajoute une totale absence de flair comme de volonté. Il quitte donc ses petits camarades Buzzcocks en mars 1977, dans le but de reprendre de brillantes études qu'il abandonne bien évidemment en septembre de la même année pour fonder la bête en question : Magazine. Devoto, qui est déjà un vieillard en 1978 à l'aune des standards du punk (26 ans) est aussi un homme très cultivé, qui en plus d'avoir lu tout Dostoïevski et A La Recherche du Temps Perdu (les personnes ayant lu deux pages de Proust apprécieront la performance) maîtrise aussi son Petit Stooges illustré. "Anyone interessed in the Velvet Underground, please contact me", telle était la petite annonce placée par Devoto au mur de son collège, annonce à l'initiative de sa rencontre avec Pete Shelley. Voila qui vous classe un homme. Magazine ne ressemble pas du tout aux Buzzcocks, à l'exception des deux chefs d'oeuvre "Shot By Both Sides" et "The Light Pours Out Of Me", co-écrits par Shelley. Difficile à décrire, ce groupe qui arrive à me faire aimer les claviers et le saxo. Souvent comparé à Roxy Music - ce qui est censé être un compliment, mais moi désolé Roxy Music, ça me reste toujours un peu sur le bide, Brian Eno ou pas - en raison de la présence de l'ignoble instrument sus-cité, l'album a paraît-il eu une influence traumatisante sur Joy Division (là, c'est franchement un compliment). Bon, bref, c'est un album génial, mon album de new wave préféré (en incluant PIL, Wire et XTC), c'est un peu comme le welsch complet / frites, le pot'je vleesch ou la clope, ça a l'air dégueu mais dès qu'on met le nez dedans on s'en sort plus. Si, il y a un truc évident quand même : Devoto, outre sa voix mi-torturée mi-constipée, avait aussi un sens inné de la formule, des slogans pour T-shirts à chaque phrase. Petit florilège, comme dirait Patrick Sébastien : "parfois j'oublie que je suis censé t'aimer", "tu m'aimes parce que tu as peur", "regarde ce que la peur a fait à mon corps", "tu peux te toucher quand tu le souhaites" ou encore le délicieux "je te droguerai et te baiserai sur le permafrost"...Pitié, n'en jetez plus...Mon ordinateur étant un import soviétique, je n'ai pas le son mais la vision de la vidéo ci-dessus n'appelle qu'un seul constat : Devoto fait très très peur.

dimanche 7 décembre 2008

BUZZCOCKS Singles Going Steady (1980)






La Terre entière maintenant connaît les Buzzcocks, canonisés à juste titre (posthume) pour l'ensemble de leur oeuvre fulgurante. A quoi donc peut bien servir de parler d'un disque que tous les gens dignes d'intérêt, sans exception aucune, connaissent par c(h)oeur ? Comme à la femme de sa vie, de lui rappeler combien on l'aime et tout ce qu'on lui doit, et que toutes ces infidélités au final n'aménent qu'un seul constat : elle seule compte. Les Buzzcocks, des petits hommes simples du Nord, habillés comme des Deschiens mais plus lettrés que Bernard Pivot et Jean d'Ormesson réunis. Quand d'aucuns chantaient l'anarchie et la haine, eux ne juraient que par l'autonomie et l'amour. Pas de provocation, pas de look, pas de scandale, juste des paroles tristes à pleurer jouées sur un rythme enjoué. Une vraie musique d'adolescence faite par des adolescents avec des préoccupations d'adolescents, à destination des adolescents d'alors et des adultes d'aujourd'hui. Bien plus rock'n roll en ce sens que les Sex Pistols et Clash, dont les hymnes pseudo politiques ne peuvent aujourd'hui que faire rire ou rougir. Amour, sexe, ennui, les trois seules préoccupations des Buzzcocks. Rien à foutre des Etats-Unis, de la guerre froide, des Sandinistes ou des congés payés. A un journaliste qui l'interrogeait sur les chiffres terribles du chômage à Manchester, Diggle répondait d'un air sévère et inspiré : "Oh, je trouve ça formidable". Et puis la musique...Sur cette compile, sont réunis les singles sortis entre 1977 et 1979. Citons les tous : "Orgasm Addict", "What Do I Get ?", "I Don't Mind", "Love You More", "Ever Fallen In Love ?", "Promises", Everybody's Happy Nowadays", "Harmony In My Head", "Whatever Happened To ?", "Oh Shit !", "Autonomy", "Noise Annoys", "Just Lust", "Lipstick", "Why Can't I Touch It ?", "Something's Gone Wrong Again". Une vraie machine à tubes, sortis à un rythme plus éffréné encore que les pépites sixties des Beatles ou des Kinks, en parallèle des trois albums fabuleux enregistrés en 1 an et demi. "Nous avions conscience de jouer deux fois plus vite que quiconque", et c'est vrai qu'aucun groupe punk de l'époque ne soutient la comparaison, surtout pas les Clash et leur rockab'/ragga de ducasse. Comme du jour de l'assassinat de Kennedy ou des attentats du 11 septembre, on se rappelle de ce qu'on faisait le jour où l'on a découvert "Fast Cars", "Boredom" ou "Nostalgia" (moi, par exemple, je faisais un baby foot avec Arnaud Davenne, Thibaut Petit et Bobby Tomczak au Renouveau de Montreuil-sur-mer). Le groupe qui le premier (le seul ?) a su concilier hargne, vitesse et mélodie. Avec des pochettes toujours classieuses, véritables petites oeuvres d'art réalisées avec trois francs six sous. Victime des problèmes d'héroïne de Pete Shelley, le groupe se séparera en 1981, avant de renaître régulièrement dans les années 90, sans John Maher le batteur surdoué, qui se consacre désormais définitivement à sa passion de toujours : le tuning sur Volkswagen (http://www.johnmaherracing.co.uk/). Une soixantaine de chansons pour l'éternité, Tables de la Loi de la powerpop, compagnons de notre quotidien morose ou joyeux, sur laquelle les Smiths feront une carrière complète.

"Les Buzzcocks étaient le groupe. J'aimais leur côté intellectuel, propre. J'ai toujours méprisé les gens qui se sentent obligés de se rouler dans leur propre vomi pour faire admettre qu'ils sont dans un groupe et jouent très fort." (Morrissey)

" Des chansons d'amour jouées à deux cents à l'heure, quelle idée formidable ! Tout le monde devrait posséder leurs singles." (Noel Gallagher)

lundi 24 novembre 2008

DAZZLING KILLMEN Dig Out the Switch (1992)


Mes récentes chroniques d'albums poppy m'ayant valu moult lettres d'insultes ("Crass, pédé, on va te marave ta face de rat à coups de nunchaku ", "les Pastels ? et pourquoi pas les Schmitts ?", "retourne faire de la bicyclette, grosse brêle", ce genre d'amabilités), j'ai décidé de durcir le ton et de mettre l'espace d'un instant entre parenthèses mes accointances avec les musiques efféminées. Attention, le monstre. J'avais acheté ce disque lorsqu'il était sorti en 1992 (ça fait toujours bien de dire ça), chez Black & Noir à Bordeaux, sur les conseils de l'excellent mais néanmoins chevelu vendeur, qui me l'avait vendu comme la chose la plus puissante depuis Little Boy. Et il n'avait pas menti, le poilu. Chant hurlé, mais vraiment hurlé, pas beuglé, rien de guttural là-dedans, changements de rythme incessants, rythmique tribale, et bizarrement des mélodies qui se dégagent de ce magma sonore. "No", "Numb", "Dig The Hole", "Captain Is Dead", "Premonition", sont probalement ce que j'ai entendu à la fois de plus violent et de plus intense. Ces tueurs étaient originaires de Saint-Louis, produits bien évidemment par le dangereux Steve Albini, et jouaient en trio. Rangés tantôt dans la noise, tantôt dans le jazzcore aux côtés des poètes Victims Family ou No Means No, tantôt dans le math rock (le rock mathématique, si, il paraît que ça existe) dont ils seraient les précurseurs. En même temps, être le précurseur d'un mouvement totalement inconnu, l'intérêt et la gloire n'en sont pas bien grands. Apparemment, Nick Sakes, l'hurleur en chef avait recruté deux étudiants en jazz (étudiant en jazz, sans déconner, de qui se moque-t-on ?) pour assurer la rythmique et c'est probablement ce qui donne un côté unique à cette musique de fin du monde. Je dis ça, moi j'en sais rien, j'y connais rien en instruments, je sais depuis peu différencier une basse d'une guitare, mais je sais depuis longtemps séparer le bon grain de l'ivraie. Le légendaire magazine US Alternative Press, qui s'y connaît en brutalité, a élu cet album comme le plus violent des années 90, décennie pourtant riche en atrocités en tous genres. Et le plus incroyable, c'est que "Dig Out The Switch" est sorti sur un minuscule label...français, aujourd'hui disparu : Intellectual Convulsion. J'ai retrouvé cet album en vinyle l'année dernière, ce fut le plus beau jour de l'année 2007. Maintenant, une question se pose : pourquoi crie-t-il si fort ? Pourquoi a-t-il si mal ? L’aurait-on obligé à visionner en boucle les conférences de presse de Jacques Santini ? Les performances scéniques de Ségolène Royal ? Un DVD des plus belles actions de Didier Deschamps ? Le mystère reste entier.

samedi 22 novembre 2008

1919 : Firmin Lambot, l'attentiste

Henri Pélissier, avant de se faire dessouder


La guerre a été longue, c'est entendu, mais je ne vais tout de même pas attendre mes 40 ans pour vous parler du Tour 1919. Un tour disputé dans un paysage d'apocalypse, sur des routes d'ordinaire déjà fort approximatives, mais désormais défoncées par les obus boches, à faire passer la Chaussée Brunehaut pour l'Autoroute du Soleil. C'est un petit contingent de coureurs hors de forme (ils avaient curieusement d'autres préoccupations que la bicyclette entre 1914 et 1918) qui s'élance de Paris : 68 surhommes, bientôt plus que 42 à l'issue d'une première étape disons euh...caillouteuse. Un Tour où l'on découvre un duo de frangins détestés de tout le peloton pour leur arrogance et leur classe : les Pélissier. L'aîné, Henri, futur vainqueur du Tour 1923, vaut le détour. Considéré comme un rebelle, perpétuellement en guerre avec les organisateurs, prenant un plaisir assumé à provoquer verbalement ses rivaux, l'homme est rapidement victime d'une coalition, qui n'hésite pas à l'attaquer même (et surtout) quand il pisse au bord de la route. Un pur branleur, qui s'arrête boire sa bière bien tranquillement dans un café, à 5 kms de l'arrivée de la quatrième étape, avant d'abandonner le lendemain sur ces mots célèbres : "le Tour est un truc de mercenaires, les Pélissier sont des hommes libres" ou encore "c'est un Tour de chevaux de trait, je suis un pur-sang". Classe. Au quotidien, l'homme n'était pas simple non plus, et la fin de sa (courte) vie fait penser à celle de René Pottier voire Sid Vicious. Sa première femme, Léonie, décide de jeter l'éponge en 1933 en se tirant une balle dans la tête. Riton ne tarde pas à retrouver chaussure à son pied en la personne de la charmante Camille Tharault, de vingt ans sa cadette, tant qu'à faire...Mais à force de se faire taillader le visage au couteau, celle-ci commence à perdre un peu les pédales - si je puis dire - et le 1er mai 1935, elle bute Pélissier, de six coups de revolver, pour être bien sûre qu'il y reste. Brrrrrrr. Bon, pour le reste, 1919, c'est la création du Maillot Jaune, créé lors de l'étape Grenoble-Genève, et porté pour la première fois et pour l'éternité par Eugène Christophe, unanimement considéré comme le coureur le plus malheureux de l'Histoire du Tour, loin devant Poulidor. Tellement malchanceux encore que le magazine L'Auto lancera pour lui une souscription à l'issue du Tour. Ils seront 11 coureurs à boucler cette boucherie de 5560 kilomètres, dont la dantesque Metz-Dunkerque, avant-dernière étape de 468 kms, remportée par le vainqueur après 21 heures de course et fatale à Cri-Cri le Vieux Gaulois. Un Tour que j'aurais peut-être pu gagner au vu de sa moyenne (24 km/h, le plus lent de toute l'Histoire), si seulement j'avais eu la chance de naître à la fin du XIXème siècle. Mais c'est bien connu le Tour est une épreuve qui se joue à 11 et où les Belges finissent toujours par gagner. Et Lambot, à force de lambiner finit par l'emporter.

THE RED CRAYOLA The Parable Of Arable Land (1967)


Quand ils veulent faire les malins, les Bobos - un mot super bobo inventé par les bobos eux-mêmes, exact synonyme de nombriliste élitiste pédant, ce que je serais d'ailleurs tout à fait si j'avais plus d'argent - disent volontiers d'un disque qu'il est culte, légendaire et surtout, surtout, difficile d'accès. J'ai même lu une fois qu'il fallait appréhender certains disques "au travers d'un prisme musical différent, reflet d'un univers aussi riche que complexe mais néanmoins populaire". Vive la branlette. Dans le genre culte, ce disque-là peut faire très très peur. Sorti en 1967 par d'authentiques malades texans vivant plus ou moins en communauté (bonjour le bruit et les odeurs, comme dirait Jacquot) , compagnons de label des non moins malades Thirteenth Floor Elevators, nos amis kolkhoziens autodécrivent leur musique comme "une forme libre de freakout". Ce qui d'emblée laisse augurer les pires improvisations de Grateful Dead, les concours d'onanisme électrique de l'insupportable Frank Zappa ou n'importe quel groupe de hippies moustachus avec des voix de brebis. En plus, il n'y a que 6 morceaux, ça c'est jamais très bon, c'est même souvent très mauvais. Un bon point tout de même, à la lecture de la pochette (si, si, ça existe encore les pochettes) on découvre que le leader a un prénom de sauce pommes-frites : Mayo Thompson. Bon, en fait ce disque est extraordinaire. Un sommet de psychédélisme, mais qui ferait plutôt penser au psychédélisme anglais de Barrett qu'au psychédélisme ricain. Disque ultra ultra planant, contenant au moins 3 chansons terrifiantes, "Hurricane Fighter Plane", "Transparent Radiation" et "Pink Stainless Stain", disque qui n'a absolument pas vieilli, probablement en raison de la voix traînante et sexy de Mayo, accompagné sur certains titres par le futur interné psychiatrique Roky Erickson. Passées les introductions volontairement cacophoniques et systématiquement pénibles, on atteint ma foi assez vite l'orgasme, particulièrement violent sur le mirifique "Transparent Radiation". Groupe repris par des groupes fort différents mais invariablement excellents, des ultra violents Dwarves aux ultra lents Galaxie 500, en passant par les ultra débiles Cramps et bien sûr les ultra drogués Spacemen 3, Red Crayola continue à sortir des disques aujourd'hui, que j'imagine en revanche assez dépourvus d'intérêt, sans que je n'aie pour autant envie de me justifier. Mais rien que pour ce disque incroyable - incroyable parce que vraiment sans équivalent - Mayo et ses Familiar Ugly ("les laiderons bien connus") méritaient 100 fois la Légion d'Honneur, que notre beau pays n'a pas hésité à décerner à Vangelis ou Enrico Macias.

vendredi 21 novembre 2008

Critique de la faculté de tacler

Les ailes de pigeon, les coups du foulards, les sombreros, les petits, les moyens et les grands ponts, c'est mignon, mais bon, quitte à voir des beaux gestes autant regarder du basket. On pourra me raconter ce qu'on veut, les plus belles actions dans le foot, c'est quand même quand les joueurs n'ont pas le ballon. Les crachats dans la gueule, les tacles les deux pieds décollés, les pugilats, les arbitres martyrisés, les tibias fracturés, ça on en veut et on en redemande. Cette superbe video achévera de convaincre les personnes insensibles à la beauté de la brutalité. Où l'on aura encore la confirmation que l'Angleterre est le plus beau pays du monde, un pays où les attaquants font des gestes qui feraient passer Cyril Rool pour un timide efféminé. Même Ole-Gunnar (plus joli prénom du monde) Solskjaer s'y met...

jeudi 20 novembre 2008

1914 : Philippe Thys, le doublé avant la boucherie

François Faber soldat


Pour la deuxième année consécutive, le Tour retourne au classement général par temps (par opposition au classement général par points, cher à l’IBBF) et innove en franchissant les Pyrénées avant les Alpes. Promenade de santé pour le basset – ainsi surnommé en raison de sa position sur la selle, très proche de celle du Saint-Loupois Arnaud « the vampire » Davenne – qui connaît tout de même une frayeur pas loin de Dunkerque, non en raison des visages hideux des autochtones, mais à la suite d’un bris de fourche. N’est pas Eugene Christophe qui veut, et Thys n’est pas homme à se compliquer la vie : au lieu de chercher une forge, pas con, il cherche un magasin de vélo, qu’il finit invariablement par trouver. Il repart un quart d’heure plus tard et n’héritera que d’une pénalité minimale d’une heure, qui lui permettra de remporter le Tour par la marge lilliputienne de 1mn 49. Un Tour sans grande anecdote mais pas anecdotique pour autant, dernier moment de quiétude avant l’horrible carnage de la Première Guerre Mondiale. Deux jours après c’est la mobilisation générale et le cyclisme français y paiera un lourd tribut, les Boches ayant eux l’intelligence de ne pas envoyer leurs champions au front. Trois anciens vainqueurs laisseront leur peau dans l’immonde bourbier. Petit-Breton trouvera moyen d’avoir un accident de voiture dans les tranchées, Faber se fera vaporiser par un boulet teuton alors qu’il ramenait un camarade blessé sur ses épaules, Lapize (triple vainqueur de Paris-Roubaix tout de même) sera désintégré en combat aérien. 50 autres coureurs du Tour, plus ou moins (in)connus périront. Il faudra attendre 1919 pour voir un autre Tour de France, amputé de bon nombre de ses champions.

mercredi 19 novembre 2008

1913 : Philippe Thys, le basset


C'est vraiment lui le plus fort : Philippe Thys, les footeux s'en rappellent bien, de ce fameux latéral gauche, champion de France avec l'OM de JPP. Et bien 75 ans avant, l'homme avait réussi à gagner le Tour 1913, considéré par Bobby Chapatte himself comme le plus riche de l'Histoire. Thys, premier coureur à gagner 3 fois le Tour (après il faudra attendre Louison Bobet). Bon, allons-y tout de go, cette victoire est encore un hold-up, digne des Grecs de l'Euro 2004, de Colette Besson aux Jeux de Mexico ou encore de Jamel Debbouze avec Melissa Theuriau en 2006. Car c'est bien connu, la victoire ne sourit jamais aux audacieux, mais toujours au moins malchanceux. Et en matière de scoumoune, Eugène Christophe fut servi, ce 9 juillet 1913, jour où il entra à tout jamais dans la légende. Leader au sommet de l'Aubisque, "le Vieux Gaulois" casse alors sa fourche à la suite d'une collision avec un automobiliste fortement alcoolisé. Pas bégueule, Eugène décide de partir à la recherche d'une forge, qu'il finira par trouver 15 kilomètres plus bas (vous avez déjà marché pendant 2 heures avec un vélo sous le bras ?), dans un village désormais célèbre : Sainte-Marie de Campan. Volontiers poète, l'homme en entrant dans la forge, sort alors une réplique digne de Bernard Blier dans Les Tontons Flingueurs : "vous avez du tube de 22 ?" Et Eugène de limer, marteler, chauffer, tordre sa fourche (je précise qu'en ces temps préhistoriques, le poste de soudure n'existait pas) sous les regards cruels des commissaires chargés de vérifier qu'il ne reçoit pas d'aide extérieure. Il repartira et franchira la ligne 3h50 après Thys, perdant toute chance de gagner l'épreuve, mais s'assurant une gloire éternelle. Le plus incroyable, c'est que le même incident lui arrivera lors du Tour 1919, à deux journées de l'arrivée, alors qu'il était leader, puis en 1922 dans la descente du Galibier alors qu'il allait prendre le maillot jaune. Poissard, Eugène. Il se murmure même que la chanson de Pink Floyd "Careful with that axe Eugene" est un hommage déguisé au Gaulois de Malakoff. Un vieux Gaulois vaillant qui remporta le dantesque Milan-San Remo de 1910 couru sous 30 centimètres de neige et que terminèrent 4 coureurs !!!! Et attention les yeux, ça, personne ne le sait : Eugène Christophe est le premier porteur du Maillot Jaune de l'Histoire du Tour (le maillot fut créé en 1919 par Henri Desgrange). Bon, donc, sinon, c'est Philippe le Belge qui gagna ce Tour.

THE PASTELS Up For A Bit With The Pastels (1987)


De retour d'une effrayante formation "Gestion des conduites addictives", j'ai appris que je n'étais ni un ivrogne ni un poivrot ni un soulaud, mais un dipsomane. C'est-à-dire une sorte de psychopathe qui choisit d'occulter totalement l'effet gustatif au profit du seul effet psycho-actif, en ingurgitant à peu près n'importe quoi. Pourquoi pas, certains collectionnent bien les timbres. J'ai également découvert lors de ce séminaire pour fonctionnaires un ouvrage que je n'ai pas encore lu, mais dont le titre laisse présager la découverte de la Bible ultime du loser : "Comment réussir à échouer" par Paul Waztlawick. Ce qui m'a inévitablement donné envie de réécouter les Pastels, tant un groupe aura mis aussi peu d'atouts de son côté pour conquérir le grand public. Un suicide commercial organisé par le cerveau de la bande, le génial Stephen Pastel, look Peter Crouch et humour Monty Python. Petit best of des déclarations du gringalet scottish : "notre groupe est une sorte de collision laide de tout un tas de styles", "Londres est vraiment un endroit formidable, cette ville a purifié le reste du pays, tous les connards, les branleurs, les carrièristes, les groupes nuls viennent y vivre, nous laissant en paix à l'extérieur", "notre prochain clip sera génial, on y verra beaucoup ma collection de légumes en plastique", etc, etc. Fan irréductible des Ramones, toujours un signe de bon goût, il a nommé sa maison de disques "53rd & 3rd" dont chaque référence commence par AGARR (As Good As Ramones Records). Et couronnement de tout, et c'est bien là le charme incroyable de ce groupe : l'homme ne sait pas chanter, et n'a jamais eu l'intention d'apprendre. Un vrai punk, quoi, une sorte de Jonathan Richman rosbeef, doué pour les mélodies énergiques et désinvoltes, qui tuent en ayant l'air de rien, comme dirait Bertrand C. Pour les historiens, il est tout de même de bon ton de savoir que les Pastels sont considérés comme les inventeurs du shoegazing, ce mouvement globalement insupportable, mais dont deux groupes géniaux au moins ont su émerger : Jesus & Mary Chain (écossais, eux aussi) et My Bloody Valentine. Et les Pastels, donc. Au moins 4 chansons extraordinaires sur ce disque, qui dans un monde parfait auraient tous été numéro 1 en lieu et place de "When Will I Be Famous" de BROS en 1987 : "Ride" (d'où le groupe du même nom...), "Crawl Babies", "Address Book", "Baby Honey". Stephen Pastel étant une pure feignasse (que de qualités, décidément), la discographie des Pastels se résume à 4 albums en 23 années d'existence. "Sittin' Pretty", l'album de 89 est presque aussi bon (écouter la chanson "Zooom" et se mordre les testicules de bonheur), les autres je les ai pas, mais il serait fort surprenant que ces Glaswegiens se soient transformés en clones de Motorhead ou de Slipknot. Les Pastels, c'est un peu des TV Personalities non drogués. Il s'en passait des choses, finalement, dans les années 80.

jeudi 18 septembre 2008

Le Top 10 des chansons qui parlent de Vélo


1) LUDWIG VON 88 - Louison Bobet For Ever (1987)
2) PINK FLOYD - Bike (1967)
3) LES THUGS - Biking (1993)
4) Yves MONTAND - A Bicyclette (1969)
5) TOMORROW - My White Bicycle (1967)
6) Alain BASHUNG - L'Arrivée du Tour (1986)
7) KRAFTWERK - Tour de France (1983)
8) LES GARCONS BOUCHERS - Prends Tout Même Le Vélo (1995)
9) Fernand RAYNAUD - Moi Mon Papa Il A Un Vélo (?)
10) LES WAMPAS - J'Ai Avalé Une Mouche (2006)


On me souffle que Bénabar a fait une chanson (?) qui s'appelle "Vélo". Mais même sous la torture, je préfére écouter l'intégrale de Bourvil, puis celle de Queen, qu'une seule chanson de Bénabar (ce nom, sans déconner...).

mercredi 17 septembre 2008

1912 : Odile Defraye, le premier Belge


Non, non, je ne me suis pas mis au Tour féminin. Le vainqueur du Tour 1912 porte curieusement le même prénom que la délicieuse maman d'Arnaud Davenne, anecdote qui ne manquera pas d'animer notre prochain jeu à boire. Defraye (regardez-moi cette belle tête de pignouf...) qui abandonnera tous les Tours futurs auxquels il participera. Desgrange trouvant les Tours précédents un peu légers, décide d'entamer une série de grandes boucles à plus de 5000 kilomètres, série qui durera jusqu'au début des années trente, où l'on reviendra malheureusement à plus de raison. En 1912, année du naufrage du Titanic, la grande star c'est Eugène Christophe, qui domine tout le monde en montagne, un mois après avoir pris la décision de sa vie : se raser la moustache. Mais le classement d'alors se faisant aux points et non aux temps, creuser des écarts énormes en montagne ne servait finalement pas à grand chose. Ces salopards de Belges s'unissent alors en masse - en dépit d'équipes par marques et non par nationalités - pour faire gagner Odile, ce qui a le don de faire craquer certains Français dont Lapize qui décide de quitter le Tour sur cette phrase pleine de panache : "j'en ai plein le cul des Belges et je me tire !". Tour de toutes les contestations que ce Tour 1912 puisque Defraye se permit impunément de prendre un raccourci pour rejoindre le Galibier. Sinon, retenons que cette buse de Petit-Breton, jamais à court d'idées quand il s'agit de se faire remarquer, ne trouve rien de mieux que de s'emplafonner dans une vache à Armentières. Deux ans plus tard, en 14, c'est un cheval qu'il heurtera, et il y restera pour de bon.

1911 : Gustave Garrigou le Canigou


Ce Tour 1911, comme tous ceux d’avant-guerre n’était pas fait pour les poitrinaires. 15 étapes, 14 de plus de 300 kilomètres et un La Rochelle-Brest (les gens ayant fait un peu de géographie à l’école apprécieront la performance) en guise d’apothéose. Un petit malin, le Stéphanois Panel, est le premier dans l’Histoire à expérimenter le dérailleur. Fou de rage, Henri Desgrange, qui assimile cela à une tricherie, interdira l’usage de cet outil diabolique jusqu’en 1937. C’est aussi l’année où pour la première fois sera franchi le Galibier, pour 49 coureurs sur 50 sans dérailleur donc, à l’issue d’une étape Chamonix-Grenoble (366 kilomètres…) que le dernier bouclera en 23 heures (on se demande bien comment il a pu faire l’étape le lendemain…). Autre innovation intéressante, l’empoisonnement : Duboc, qui est alors en train de gagner le Tour, après s’être promené dans le Tourmalet, s’effondre dans l’Aubisque, pris d’interminables vomissements puis d’abominables diarrhées. Après enquête du Mossad, on découvrira qu’il avait pris un bidon tendu par le soigneur Lafourcade, ancien coureur que nous connaissons bien, et qui, lointain ancêtre du docteur Fuentes, s’était reconverti dans l’empoisonnement ou le dopage sur commande moyennant finance. Lapize, lui, s’écroulera dans un fossé d’épuisement, pendant que Georget percutera dans une descente une moto venue en sens inverse. Quelle époque…Du coup, la voie était libre pour un coureur répondant à un nom de pâtée pour chien : Gustave Garrigou. GG, qui n’était tout de même pas un narvalo, détient son record : il est à ce jour le seul coureur à avoir toujours figuré dans les cinq premiers lors de chacune de ses participations. Il est aussi le premier homme à avoir franchi le Tourmalet sur son vélo, l'année précédente, ce qui lui valut d'être récompensé d'une prime astronomique : 100 francs.

mardi 16 septembre 2008

Réintroduisons massivement l'Adolphe en France


On le sait, la Seconde Guerre Mondiale a fait de gros dégâts. Bien sûr les terribles pertes humaines et matérielles, l'introduction du Coca Cola et des cigarettes américaines dans notre beau pays, mais aussi la disparition quasi totale de certains prénoms jusqu'alors perçus comme tout à fait charmants. Vous me voyez venir...? Et oui, avez-vous seulement cotoyé ne serait-ce qu'une seule fois dans votre vie, à l'école ou au boulot, un petit camarade répondant au doux prénom d'Adolphe ? Ah ah ?!? On fait moins les malins. Et pourtant, que de grands hommes : Adolphe Thiers, Adolphe Sax (l'inventeur du saxophone), Adolphe Pinard (l'inventeur du pinard). Bon et bien moi, je vais vous la dire, la vérité : depuis 1946, le prénom Adolphe a été donné 376 fois par autant de familles courageuses (soit deux fois moins que pour la seule année 1908, par exemple). Mieux encore, seulement 200 petits Adolphe depuis 1950, 12 malheureux petits Adolphe depuis 1995 !!! On dit même qu'ils ne seraient plus que 300 actuellement en vie sur notre territoire, bientôt plus rares encore que l'ours Pyrénéen et le gypaète barbu ! Alors, futurs parents, qui vous creusez la tête pour donner un prénom original à votre progéniture, ne cherchez pas plus loin. C'est tout de même plus joli que Kevin ou Reginald...Ah oui au fait, mon grand-père s'appelait Adolphe.

lundi 15 septembre 2008

Cyril ROOL - Dieu est arrière gauche




Une interview au contenu sans grand intérêt de notre boucher préféré. Juste pour le plaisir de réécouter cet accent, et surtout, surtout, de revoir ce regard de branleur. J'en profite pour remettre certaines choses au point, nous avons en effet lu ces derniers temps beaucoup trop d'approximations au sujet de ses statistiques. Cyril a récolté depuis ses débuts en Ligue 1 22 cartons rouges et 148 cartons jaunes, ce qui en fait le recordman absolu dans l'histoire du foot français et accessoirement l'une des causes majeures du trou de la Sécu. Dommage qu'il ait un peu ralenti le rythme ces dernières années. Son 22ème rouge est arrivé ce weekend après près d'un an d'attente, point de tacle à la jugulaire ni de pied dans l'arcade malheureusement, juste une contestation un peu véhémente auprès de cette tantouze de Mr Cailleux (voir photo). Allez, Cyril, t'as que 33 ans, tu as encore de belles fractures devant toi !

"Quand je vais jouer à Guingamp, je m'emmerde." (Cyril Rool)

SIOUXSIE & THE BANSHEES Once Upon A Time - The Singles




Désolé pour cette absence, j'étais en train de boire quelques bières en regardant l'homélie de notre bon pape Benoît, qui à juste titre a rappelé que le divorce c'était péché. Non mais. En parlant de religion, je dois dire que j'ai toujours trouvé les gothiques absolument pitoyables, leur passion pour les chauve-souris et leur fâcheuse tendance à s'accoupler dans les cimetières les soirs de pleine lune. C'est probablement pour ça que j'avais jamais vraiment écouté, en tout cas à jeun, Siouxsie Sioux, sosie de la femme de ma vie, grande prêtresse des Goths, tout en ayant bien évidemment sa discographie complète (chacun sait que les disques ne sont pas faits pour être écoutés mais pour être amassés en quantité industrielle sur des étagères branlantes, dans le seul et unique but de déclencher des soupirs d'admiration chez quelque hôte malencontreusement de passage dans votre appartement - je sais la phrase est un peu longue). Et puis, ça m'est venu comme une envie de pisser, comme dirait Marcel Lambert, docteur ès-vilebrequins. Siouxsie, la femme que l'on soupçonne fortement d'avoir dépucelé Sid Vicious, dont le principal hobby consistait à exhiber ses seins sur scène, quand elle avait oublié ses insignes nazis. La classe, quoi. Aucun de ses albums n'est parfait, même le premier "The Scream", mais cette compile ravira les amateurs de voix de tigresse et de guitares curistes, nous les savons nombreux. Et puis sur ce disque, les deux plus grandes chansons de tous les temps interprétées par une femme, vraiment : "Christine" et "Israel". Bon, comment pourrais-je terminer cet article de rentrée un peu laborieux, voyons recherchons la chute ultime, l'anecdote qui tue. Ca y est, j'ai trouvé : la mère de Siousie, aka Susan Dallion, est belge. Etonnant, non ?

jeudi 31 juillet 2008

KAS PRODUCT Try Out (1982)





Deux solutions pour se rafraîchir par ce temps orageux : fermer les volets ou écouter de la cold. N'ayant pas de volets, j'opte fort logiquement pour la deuxième solution. En fait, ça n'est pas vraiment de la cold, Kas Product, même si leur hymne le plus célèbre s'appelait génialement "So Young But So Cold", par ailleurs extraordinaire morceau. Kas Product, c'est très exactement le Suicide français. Sauf qu'en lieu et place du psychopathe Alan Vega, il y avait une bombe atomique, une véritable tigresse, bizarrement en liberté autorisée, répondant au nom mystérieux de Mona Soyoc (son vrai nom). Née aux Etats-Unis, d'origine argentine (comme Lucien Petit-Breton), elle atterrit, on se demande bien pourquoi, à Nancy, où elle rencontre Spatsz (pour le coup pas son vrai nom), infirmier psychiatrique de son état. Ensemble, ils forment donc Kas Product, duo électronique avec chant en anglais. En 1981, ils s'enferment durant tout le mois d'août, volets et portes closes selon la légende, dans une ferme de la campagne nancéenne et sortent donc cet OVNI, incroyablement original et novateur, et pourtant rempli à ras bord de tubes potentiels ("Never Come Back", "One Of The Kind", "So Young But So Cold", "Breakloose"...). Sur des rythmes ultra minimalistes, Mona sussurre ou hurle de véritables appels au sexe, le sommet étant atteint sur le brûlant "Pussy X", à laquelle peu de braguettes ont résisté depuis 25 ans. Les Anglais, hommes de goût, encenseront l'album ; les Français, trop occupés à découvrir Indochine, bien entendu, l'ignoreront. Dans notre pays bedonnant, l'utilisation de claviers et de boîtes à rythmes fera toujours de vous au mieux un homosexuel, au pire un nazi. C'est comme ça. Alors, après un deuxième album ("Try Out") presque aussi réussi, Kas Product jettera l'éponge et Spatsz retournera à ses cas psychiatriques, rare domaine où la France peut se targuer de rivaliser avec ses voisins.

lundi 28 juillet 2008

1910 : Octave Lapize, "le Frisé"


"Vous êtes des criminels ! On ne demande pas à des hommes de faire un effort pareil." C'est aussi pour cette phrase de légende que Lapize est resté célèbre. Phrase prononcée pendant la démentielle étape Luchon-Bayonne qui voyait les coureurs découvrir pour la première fois les Pyrénées. Et comme à l'époque on ne faisait pas les choses à moitié, les organisateurs ont jugé que pour découvrir ce massif montagneux, il ne fallait pas moins de 326 kms, en enchaînant les cols de Peyresourde, d'Aspin, du Tourmalet et de l'Aubisque. 14 heures sur le vélo pour le vainqueur, Lapize donc, 22 heures (!) pour le dernier classé. Une étape de malades, considérée comme l'une des plus dures de l'Histoire du Tour, où certains coureurs, fourches cassées, feront la descente de nuit avec le vélo sous le bras. Pour l'anecdote, il faut néanmoins retenir que le premier coureur à avoir escaladé le Tourmalet sans mettre pied à terre est Garrigou, cette même année. Le bon vieux Octave se distingue des précédents vainqueurs par l'absence de moustache, ce qui ne peut que le grandir, même si je lis ici ou là que cette petite pousse de poils juchée sur notre lèvre supérieure serait en train de dangereusement revenir à la mode. Au secours. Triple vainqueur de Paris-Roubaix (1909, 1910, 1911), Lapize n'allait pas faire de vieux os. Il périt, lui aussi, durant la Première Guerre Mondiale lors d'un combat aérien avec un avion allemand. Petit-Breton, Faber, Lapize : 3 vainqueurs du tour morts pendant la Grande Guerre. Ah oui, j'oubliais une anecdote sympa : ce Tour est aussi le premier à faire une victime, Hélière. Ironie du sort, son coeur lâche pendant la journée de repos, à Nice. Ces gens n'étaient décidément pas faits pour le repos.

THE BOBBY FULLER FOUR I Fought The Law (1966)





Ah, les idées reçues...Certains demeurés croient que le rugby est un sport viril, d'autres que la bière fait grossir, j'ai même entendu hier quelqu'un me raconter que les hommes de couleur (ce n'est pas le mot qu'il avait employé) ne pouvaient pas attraper de coups de soleil...Dans le même registre, et plus grave encore, il paraîtrait qu'il existe sur cette planète des gens pour croire que l'hymne "I Fought The Law" a été écrit par Clash ou les Dead Kennedys. Les caves...Bobby Fuller, le responsable de ce brûlot, connaîtra la gloire avec ce titre en 1965. D'une modestie à toute épreuve, et ne connaissant pas le doute, il déclare immédiatement : "Ce que je fais ? C'est la même musique que les Beatles essaient de jouer, mais sans y arriver." Le pire, c'est qu'il avait quasiment raison. Bon, ceci dit, si je vous parle de ce paysan texan, vous vous doutez bien que c'est surtout parce qu'il a mal fini. Et dans le genre je-ne-meurs-pas-comme-tout-le-monde, Bobby a fait fort. En dépit de sa tête de commis charcutier à qui l'on donnerait volontiers un petit pourboire en échange d'un bon steak hâché, Bobby avait deux passions à ne pas mettre en évidence sur un CV : le LSD et surtout, surtout, les putes. L'homme n'étant pas non plus très fin - avec sa Chevrolet Impala bleu métallisé, on le voyait, paraît-il, arriver d'assez loin - le proxo d'une de ces dames de joie, un jour, pensant qu'il allait lui dérober son plus bel article, décida de lui mettre les points sur les "i". Très gentiment, ce Monsieur demanda à Bobby d'avaler un grand verre d'essence, avant bien évidemment de foutre le feu à celui qu'on annonçait, à 22 ans, comme le nouveau Buddy Holly. Bon, sinon, l'album (si vous avez bien suivi l'histoire, vous avez compris qu'il n'y a pas de deuxième album de Bobby Fuller) est vraiment somptueux, très énergique avec de magnifiques mélodies ("Julie", "Never To Be Forgotten", "Fool of Love"). Mais, honnêtement, on s'en branle, non ?

dimanche 27 juillet 2008

1909 : François FABER, premier étranger vainqueur du Tour


Et voila ce gros lard de Faber. 1,78m, 91 kgs. Faber, surnommé "le Géant de Colombes", ce qui en dit long sur les canons physiques de l'époque. Avec mon mètre 77, j'eus donc été au début du siècle une sorte de surhomme, Vincent Gosselin et son mètre 93 une véritable attraction de fête foraine, succès garanti à la Foire du Trône. Bon, attention, respect pour Faber : ce Tour 1909 est réputé comme celui aux conditions climatiques les plus rudes de l'Histoire, disputé dans sa quasi-intégralité sous la pluie et dans un froid hivernal. Notre ami Luxembourgeois y gagne 5 étapes consécutives (record toujours en cours), soit 1622 kilomètres devant, de Roubaix à Nice...Une promenade de santé comme en n'en avait pas vue depuis Pottier pour cet ancien docker, qui avait pour habitude d'emporter et donc de manger douze côtelettes par étape. Il partage aussi avec le grand Pottier une fin de vie éminemment tragique. Dès la déclaration de la première Guerre Mondiale, il s'engage dans la Légion Etrangère où il fait montre de toute sa bravoure, c'est le moins que l'on puisse dire. C'est alors qu'il ramène seul et sans arme un camarade sur ses épaules qu'il est tué le 9 mai 1915, chez nous à Carency (Pas-de-Calais, quand je dis "chez nous", ça veut dire que c'est dans le 62, et pas ailleurs). Le matin même, il venait d'apprendre la naissance de sa fille. Hard.

MINOR THREAT Minor Threat (1981)




C'est toujours la même histoire quand la chaleur estivale est de retour. Soudain j'ai envie de manger du melon et de la tomate mozzarella, de boire du panaché, de re-re-arrêter de fumer, de faire 150 bornes à vélo par jour et de regarder tranquillement Les Sous-Doués en famille. Comme une curieuse envie de choses saines, quoi. Et du coup, fort logiquement, ça me donne aussi envie d'écouter du straight edge (ou straight fucking edge, comme le disent les puristes). Et comme il vaut toujours mieux s'adresser à Dieu qu'à ses Saints, on ressort les Tables de la Loi : le Minor Threat (pour les personnes de bon goût ayant choisi allemand première langue, j'informe que l'on prononce "maïnor swét"). C'est donc sur cet album ultra-violent (je défie qui que ce soit d'écouter "Seeing Red" ou "Bottled Violence", sans être en proie à des envies immédiates de meutre) mais très très écoutable, pour ne pas dire mélodique, que figure l'hymne "Straight Edge" ("I'm a person just like you but I've got better things to do than sit around and fuck my head") et sa petite soeur encore plus explicite "Out of Step" ("I don't smoke, I don't drink, I don't fuck, at least I can fucking think"). Bon, on peut trouver ce mode de vie ascétique, ridicule et excessif (deux adjectifs au demeurant tout à fait positifs), n'empêche que ça nous change un peu du rock'n roll way of life habituel, Jack Daniel's, groupies camées et grosses panses à bière. Et puis, Ian McKaye, quel homme tout de même...Non content de vendre ses disques moins cher qu'un américain merguez de chez Christine, celui-ci s'est encore fait remarquer récemment par son intégrité. Nike ayant copié pour une de ses campagnes américaines la pochette de ce premier album incandescent (vraiment, le mot est faible), Mr McKaye fit savoir par voie de presse qu'il s'insurgeait de voir son nom associé à cette multinationale. Nike, bien sûr, proposa des dollars, que McKaye leur proposa de se carrer dans le fion. "Non, non, donnez-nous des ballons de foot, ça ira, et vous irez vous-mêmes les distribuer aux gamins de toutes les écoles de Washington. Bien sûr, vous détruisez toutes les affiches que vous avez faites". La classe.

lundi 21 juillet 2008

1908: Lucien Petit-Breton, le doublé


Pas grand chose à dire sur ce Tour 1908, je n'arrive décidément pas à accrocher au personnage Petit-Breton, décrit partout comme un coureur régulier, intelligent, méticuleux et polyvalent, c'est-à-dire la plus belle somme de qualificatifs rabat-joie jamais vue dans une phrase de langue française. Une sorte de coureur moderne avant l'heure, que ce Petit-Breton. Parfait gestionnaire, il annonce au soir de sa victoire que ce sera son dernier Tour et qu'il se consacrera désormais à son commerce de province, à l'instar du Sergent Chef Chaudard de la Septième Compagnie. Comme Greg Lemond, il couchait lui aussi avec son vélo, de peur qu'on lui fasse bobo pendant la nuit. Tellement avant-gardiste qu'il est déja soupçonné de dopage : "On a dit que je devais mes victoires à la drogue. Permettez moi de démentir ce bruit absurde", déclare-t-il à L'Auto. "L'Argentin", comme on le surnommait en raison de son passé de groom à Buenos-Aires, profitera néanmoins moins longtemps de son commerce que Pierre Mondy de sa quincaillerie de Vesoul : il périt tragiquement sur le front en 1917 des suites d'une collision entre son automobile et un cheval. Ce jour-là, l'aurait mieux fait de prendre son vélo.

MARKUS !!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!

"C'est bien beau les Sudistes qui boivent du Ricard, mais nous on a un syphon qui balle une pinte de 50cl en 4"39" (Guillaume Destombes)

Dont acte. Re-voici donc pour le plaisir des yeux, l'un des plus grands exploits sportifs de ces 10 dernières années. 2 ans déjà...

dimanche 20 juillet 2008

JOHNNY THUNDERS Hurt Me (1983)







Et dire que la jeunsesse dépravée d'aujourd'hui fantasme sur Pete Doherty et ses auto-destructions sur-médiatisées...Attention, voici le punk d'entre les punks, à faire passer Sid Vicious et Keith Richards pour les gendres parfaits. Johnny Thunders, de son vrai nom Johnny Genzale, fils d'immigrés siciliens. Guitariste des New York Dolls dès l'âge de 18 ans, leader des Heartbreakers, auteur de l'hymne "Born to(o) Lo(o)se" et bien sûr héroïnomane notoire. L'archétype du beautiful loser, ce dont il se serait probablement bien passé. Après le chef d'oeuvre "L.A.M.F" ("Like A Mother Fucker") enregistré avec ses compagnons de défonce, l'homme entame une carrière solo d'où l'on retient généralement "So Alone", magnifique mais trop propre à mon goût. Echoué sur le label parisien NEW ROSE du grand Patrick Mathé (ex-HEC, si, si), véritable cimetière de légendes en perdition (Saints, Cramps, Sky Saxon, Roky Erickson...), Johnny Tonnerre enregistre seul avec sa guitare sèche ce "Hurt Me". De sa voix presque féminine, il rend hommage à ses idoles (Stones, Dylan, Buddy Holly...) tout en livrant des compositions personnelles à se taper le cul par terre ("Ask Me No Question", "She's So Strange", "Too Much Too Soon", "Hurt Me"...). Je vais aller loin, mais j'ose : je préfère cet album aux deux albums solo de Barrett, dont il reste très proche dans l'esprit, toujours à hésiter entre folie et tendresse, quelques "fuck" savamment distillés apportant un début de réponse. Thunders est mort en 1991, officiellement d'overdose, mais son corps avait été dépouillé de ses papiers et de son argent. Je sais que certains d'entre vous aiment perdre leur temps à regarder des films, chez eux ou au cinéma, sachez que Johnny y joue son propre rôle dans un fim français de Patrick Grandperret, "Mona et Moi" (1989). Je suis prêt à faire mon retour au cinéma, dix-huit ans après, pour voir la bête de visu.

"Many people love me, many people hate me - there's nobody in between. That's the way I prefer it." (Johnny Thunders)
"I wouldn't change a thing - except my bank balance. " (Johnny Thunders)
"You can give me this, you can give me that, it's not enough" (Johnny Thunders)

X-MAL DEUTSCHLAND Fetisch (1983)



Si les Ricains n'étaient pas là, nous ne le savons que trop bien, nous serions tous en Germanie. Ce qui, on l'imagine, ne doit pas être drôle tous les jours. Une enfance bercée par les sussurements rauques de Mutti, vous déclamant au creux de l'oreille de son haleine fétide "Bruder Jacob, schläfst du noch ?" plutôt que notre Frère Jacques national (assurément un truc à faire des cauchemars jusqu'à la fin des ses jours) ; une adolescence rythmée par les exploits béhémedoublevisés d'Horst Tappert plutôt que par ceux de Jean-Claude Bouillon (ndlr :"Les Brigades du Tigre", pour ceux qui n'ont pas la télé) ; un dépucelage accompli selon toute vraisemblance en compagnie d'une blonde aux seins laiteux et bâtie comme Sébastien Chabal, la barbe en moins (quoique). Bref, beaucoup de vilaines choses à traîner toute sa vie comme un boulet. Mais ce serait aussi : 4 étoiles sur le maillot de foot (puisque nous serions une colonie, nous garderions notre titre de 1998), orgasme culinaire quotidien au petit-déjeûner grâce aux saucisses de Francfort, pardon de Frankfürt, un Michel Sardou probablement oublié puisqu'envoyé dans les mines de sel de Bochum voir si l'herbe y est plus verte. Et puis, aussi, au lieu de nous trémousser stupidement sur les paroles ineptes d'Indochine, nous aurions pu faire apprécier notre déhanché félin sur les rythmes robotiques de "Der Mussolini" de DAF. Nos grands frères nous auraient transmis en héritage le kraut rock de Can, Neu!, Popol Vuh, Ash Ra Tempel, Faust ou Amon Düül, en lieu et place des refrains pré-pubères de Téléphone ou des pantalonnades de Martin Circus. Les moustachus ne porteraient pas des débardeurs de Johnny Hallyday (dont je reconnais malgré tout qu'ils peuvent être particulièrement seyants sur certains ventres bedonnants) mais des T-shirts de Kraftwerk. Et puis, surtout, surtout, nous ne serions pas si nombreux à être passés à côté de ce groupe extraordinaire : X-Mal Deutschland. Groupe 100% féminin, signé sur le cultissime label 4AD, emmené par la grande prêtresse Anja Huwe, dont les miaulements de chatte en chaleur feraient passer Liz Fraser des Cocteau Twins (leurs collègues de label) pour une tuberculeuse moribonde. Bien entendu, il y a le chant en allemand, la langue de l'Amour comme chacun le sait, tout à fait appropriée pour dire des choses aussi guillerettes que "ta souffrance est mon plaisir" ("Deine Qual ist meine Lust") ou encore "je te frappe le visage et je ris je ris je ris" ("Ich schlage deinen Kopf und ich lache lache lache"). Et oui, la teutonne est rude.

1907 : Lucien Petit-Breton, l"Argentin"


Les historiens sont unanimes. Si Pottier n'avait pas décidé de mettre fin à ses jours en cette matinée glaciale de janvier 1907, il n'aurait fait qu'une bouchée de ce Tour qui empruntait pour la première fois le massif de la Chartreuse en passant par le terrible Col de Porte. Un coureur survola ce Tour, Emile Georget, déja vainqueur quelques semaines plus tôt de Paris-Hesdin, course désormais mythique puisqu'elle fut empruntée un siècle plus tard par les plus beaux fleurons de l'International Beer and Bike Federation. Mais Georget fut déclassé pour une sombre histoire d'emprunt de bicyclette poinçonnée, histoire probablement passionnante mais à laquelle je n'ai absolument rien compris. Bon, bref, beau Tour de merde que ce Tour 1907, remporté au final par Lucien Mazan, dit Petit-Breton, patronyme qu'il adopta, vous, l'aurez compris, ni en raison de ses origines alsaciennes, ni en raison de son grand gabarit. Jamais pu blairer les Bretons, t'façon, moi.

GARAGE, SWEET GARAGE

Encore des affreux garagistes...