samedi 13 décembre 2008

1921 : Léon Scieur, la Locomotive de Namur


La Grande Guerre est finie depuis trois ans, l'état des routes s'est arrangé, Henri Desgrange constate même avec étonnement qu'Armentières et Bailleul commencent à ressembler à des villes. C'est dire si ça s'est amélioré. Les Belges raflent tout depuis 1912 mais cette année le favori est français : Honoré Barthélémy. Détail non négligeable, l'homme prend le départ cette année alourdi d'un oeil de verre, conséquence d'une chute à Aix-en-Provence l'année précédente qui le vit voir d'un peu trop près un silex bien pointu. Ce qui ne l'empêcha pas de terminer premier français du Tour 1920, en parcourant les 2000 kilomètres restants le guidon retourné (son dos étant également bousillé), et borgne donc. Poursuivi par les silex, l'homme ne remportera bien évidemment jamais le Tour, réalisant en 1921 sa meilleure performance (3ème, pas si mal pour un Cotorep) malgré onze crevaisons. C'est donc encore un Belge, Léon Scieur, qui va en profiter. Il ne faut pas généraliser : tous les Belges ne sont pas des cannibales ni des pédophiles, Léon est même plutôt un brave, à ranger dans la catégorie chevaux de trait. Les Scieur n'étant pas non plus les Rotschild, Léon se paie son premier vélo à 22 ans, l'âge auquel la plupart d'entre nous ont abandonné une carrière cycliste parfois prometteuse. Et puis comme Papa et Maman Scieur (pleure pas bébé Bonheur) ont tendance à tiser un peu, petit Léon fait de la bicyclette en cachette, ce qui n'est pas sans nous rappeler l'histoire de l'enfant de putain numéro 2 (tout le monde connaît le numéro 1), Floyd Landis. Scieur avait un mental de Viet Cong , il fera notamment partie des 10 rescapés de l'horrible Tour 1919 mais aussi une force de Cosaque : après sa retraite, il embrassa la passionnante carrière de marchand de charbons où, plus fort que Jean Gabin dans La Bête Humaine, il avait pour habitude de décharger 80 tonnes de charbon par jour (à la pelle). On a le droit d'y croire. C'est lors de l'étape Metz-Dunkerque qu'il construisit sa légende, où il dut 300 kilomètres durant transporter sur le dos sa roue arrière brisée après avoir changé de matériel (c'était la règle : on devait ramener à l'arrivée la preuve de l'élément brisé, sinon c'est trop facile ). Les dents du pignon lui lacérèrent le dos, il en garda paraît-il des séquelles jusqu'à sa mort en 1969. Si ce Tour 1921 fut comme son prédecesseur peu animé, il convient de ne pas banaliser les exploits de ces "Forçats de la Route", comme les appelaient le grand Albert Londres : l'étape Cherbourg-Brest par exemple faisait 406 kms - il y en avait des plus longues -, le départ en était donné à 2 heures du matin, le dernier coureur arriverait à 23h30... Bref, à cette époque, c'était l'Iron Man tous les jours. Et dire que pendant que vous lisez cet article, on nous bassine avec le Vendée Globe, ces petits bateaux qui vont sur l'eau et tout ça...

Aucun commentaire:

GARAGE, SWEET GARAGE

Encore des affreux garagistes...