Attention, photo réalisée sans trucage ni l’aide de Marcel Béliveau. Je suis bien l’heureux possesseur de « We Are Paintermen » de Creation, en vinyle. Selon un recensement récent, nous serions même 74 en France (trois de moins de 40 ans) à détenir les deux uniques albums originaux allemands de ce cultissime groupe mod. Une sorte de Graal du collectionneur, le Golgotha de la rareté sixties, un truc paraît-il à gâcher les nuits de Vincent Palmer ou du grand Nicolas Ungemuth, à en rendre Marc-Antoine Mulliez méchant. Après l’avoir trouvé la vie semble s’arrêter. Certes l’état n’est pas nickel - le teuton n’étant pas si soigneux qu’on le dit -, son précédent propriétaire ayant eu la prodigieuse idée d’écrire au Bic avec ses sales pattes de sale Schleu sur le verso de la pochette, sans oublier de la saupoudrer çà et là de tâches de gras. Tant pis. On le sait, pendant les années 60, dans la perfide Albion, le niveau était relevé : une Ligue des Champions très dense (Beatles, Rolling Stones, Kinks, Who et surtout les terrifiants Pretty Things) et une Ligue 1 presque du même tonneau (Troggs, Animals, Small Faces, Yardbirds, Zombies…). Les Creation, eux, étaient les leaders de la Ligue 2, ce qui n’est pas si mal et les place de facto et ad vitam aeternam (ça plait toujours les locutions latines) beaucoup plus haut que Radiohead et Coldplay. C’est un des mystères de l’Histoire du Rock, on ne sait pas bien pourquoi les Creation n’ont pas enregistré d’album dans leur pays. Que la France n’ait pas voulu d’eux n’est guère surprenant (le niveau était très relevé en France aussi avec Richard Anthony, les Chaussettes Noires et Danyel Gérard), mais que pour seules terres d’asile ils n’aient trouvé que l’Allemagne et la Suède donne un peu envie de régurgiter. D’autant que, chose rare pour des Anglais, ces gugusses n’étaient pas si laids, ils étaient même plutôt beaux et fort élégants, si tant est que l’on apprécie les chemises à jabot et les coiffures de Playmobil. Nettement moins affreux par exemple que les Who, dont ils étaient très proches musicalement. Ils échoueront donc chez Hit-ton, curieux label de Francfort - où contrairement aux idées reçues on ne fait pas que des saucisses -, qui n’hésite pas à éditer à la fois les Kinks, des chants bavarois et des valses viennoises (avec de délicieuses teutonnes aux seins lourds légèrement dévêtues en couve, histoire d’attirer le masturbateur de moins de 50 ans, cette catégorie socio-professionnelle à ne pas négliger). Quand on parle de Creation, on évoque systématiquement son guitariste Eddie Philips, le premier humain à avoir joué de la guitare en utilisant un archet, des siècles donc avant l’ésotérique Jimmy Page. La video jointe le montre d’ailleurs en pleine action. Un drôle d’idée, aussi naturelle que jouer d’un violon avec un médiator ou manger du riz basmati avec des baguettes. Les Creation aimaient donc bien faire les malins, avec des slogans aussi prétentieux qu'incompréhensibles du genre « our music is red with purple flashes »... Ce qu’il faut surtout retenir de Creation à vrai dire, c’est ce terrifiant morceau, l’un des plus grands singles des sixties, du niveau de "My Generation" ou "Wild Thing", repris plus tard par les immenses Television Personalities : « Making Time ». Son intro bestiale et la voix hargneuse de Kenny Pickett, aucun lien de parenté avec le chauffard Nelson Piquet ni même avec Wilson Pickett. Une vraie tuerie, entourée sur cet album par d’autres étranges morceaux comme le sauvagement psyché « Through My Eyes », mais aussi par d'inévitables bouses dont les groupes sixties étaient coutumiers (une énième reprise d'"Hey Joe" et de "Like A Rolling Stone", ça intéresse quelqu'un ?). Est-ce donc raisonnable de dépenser une centaine d’euros pour acquérir cet album ? Definitely. Les Creation connaîtront la gloire dans les seventies lorsque les crépus Boney M reprendront « Painter Man », puis lorsqu’Alan McGee donnera à son label le nom de Creation (Jesus & Mary Chain, My Bloody Valentine, Oasis, Libertines…). Cruelle pirouette, Pickett terminera sa carrière comme roadie de Led Zeppelin. La vie ne fait décidément pas de cadeau.
vendredi 12 décembre 2008
Inscription à :
Publier les commentaires (Atom)
GARAGE, SWEET GARAGE
Encore des affreux garagistes...
3 commentaires:
Génial comme d'hab (enfin depuis hier que je te lis). Je vais finir dépravé en bloquant sur ton blog. Respect quand même!
Theno
tu fais chier à te pamer sur du sous beatles. Tu ferais mieux de garder ton pognon pour remplir ton frigo.
signé : maman
Mais maman, les steaks hâchés aux oignons Charal et les bouteilles de Saint-Amand que tu m'offres sont largement suffisants pour ma survie. Je ne vis que d'amour et d'eau fraîche, tu le sais bien, toi qui m'aime et me comprend.
Je t'embrasse (et merci pour les cdeaux !)
Enregistrer un commentaire