Redde Caesari quae sunt Caesaris. L'homme qui m'a initié, non pas à la sexualité mais au Krautrock ("le rock choucroute"), n'est ni Julian Cope ni Horst Hrubesch, mais un intermittent du spectacle, de ces privilégiés au statut totalement scandaleux (je fais semblant de travailler pendant 3 mois, je suis indemnisé pendant 8 mois). Son nom, je n'ai pas peur de le réveler à la face du monde, il a d'ailleurs déjà été cité sur ce blog : Marc-Antoine Mulliez, sénégalais d'adoption. En place pour la présentation des équipes : numéro 1, Michael Rother (ex-Neu!) ; numéro 2, Hans-Joachim Roedelius (ex-Cluster) ; numéro 3 : Dieter Moebius (ex-Cluster) ; numéro 4 : Mani Neumeier (ex-Guru Guru). La crème de la crème de la Kosmische Musik, cette géniale musique créée à la fin des années 60 et au début des années 70 par les fils et petits-fils de nazis. J'aime beaucoup Amon Duul II, je vénére Neu ! et j'entre en transes quand j'écoute Can, mais quand j'entends Harmonia, je vois carrément la Vierge. Attention, à première vue ou plutôt à première écoute, cette musique d'ascenseur peut faire penser à Jean-Michel Jarre. Mais Jean-Michel, il a pour moi un triple problème : il s'appelle Jean-Michel (et non Hans-Michael), il est né à Lyon (et pas à Düsseldorf) et il a épousé cette pouf d'Anne Parillaud (c'est pas moi qui l'ait forcé). Parce qu'il faut être honnête, Jean-Michel Jarre, c'est largement aussi génial que Tangerine Dream : Equinoxe, j'ai forcément un peu honte de l'avouer, ça me fout autant la chair de poule que Les Corons repris par le Kop de Bollaert (on arrête de rire quand je parle de Saint-Felix). De la musique qui vous donne envie de vous regarder dans votre glace de salle de bains avec des lunettes de soleil en vous imaginant qu'on vient de vous décerner un Prix Nobel. Et puis JMJ n'est pas un neuneu : l'homme a été formé par Pierre Henry et Stockhausen, a écrit les paroles des Mots Bleus et de Senorita (de Où sont les femmes ? de Patrick Juvet, aussi), a couché avec la viscontienne Charlotte Rampling pendant 20 ans, sans compter que son papa a écrit la musique de Lawrence d'Arabie et de Docteur Jivago. Tout le monde ne peut pas en dire autant. J'ose : Jean-Michel Jarre est l'inventeur du krautrock français. C'est un mouvement un peu compliqué du reste, ce rock allemand : entre les adeptes des longues plages atmosphériques (Tangerine Dream), les folkeux acides (Popol Vuh, Ash Ra Tempel), les robotiques (Neu !, La Düsseldorf, Kraftwerk), les fous furieux (Amon Duul II), les inclassables (Can, Faust), pas facile de s'y retrouver. Harmonia est à ranger clairement dans la catégorie des robotiques, le terme exact à employer si l'on veut vraiment faire le malin étant Motorik. Une musique incomparable, psychédélique, à la fois apaisante et répétitive, mais bizarrement plutôt joyeuse. Comme sur le premier morceau, le phénoménal Immer Wieder, où l'on a le curieux sentiment d'entendre des zombies heureux de reprendre en choeur les seules paroles de l'album "Immer wieder rauf und runter, einmal drauf und einmal drunter, immer wieder hun und her, kreuz und quer mal leicht mal schwer". Le tout sur fond de synthéthiseurs préhistoriques, accompagné des guitares agressives de Rother et d'une batterie métronomique. Une musique jamais ennuyeuse, comme pourrait le laisser craindre la longueur de certains morceaux, jamais préténtieuse non plus. Bref, le krautrock n'est pas une musique élitiste d'intellos, le verso de la pochette ultra débilos démontrant même qu'en Allemagne aussi on sait rigoler : on n'est pas chez Yes, Genesis ou Led Zeppelin. Et sur ce disque, l'un de mes morceaux préférés de tous les temps, tous styles confondus : Notre Dame, véritable cathédrale du krautrock, le morceau que j'exige dès aujourd'hui que l'on passe à mon enterrement. Un album sublime, méconnu, qui constitue peut être la meilleure clé d'entrée pour ce mouvement aussi fascinant qu'accessible. A mettre bien en évidence sur la cheminée du salon, à côté des chefs d'oeuvre insurpassables du plus grand groupe allemand du monde : Can.
samedi 13 décembre 2008
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GARAGE, SWEET GARAGE
Encore des affreux garagistes...
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