Bottecchia est un mythe. Une légende, peut-être pas à la hauteur de celle de son illustre compatriote Fausto Coppi, mais en tout cas le premier coureur dont la fulgurance de la carrière épousa la tragédie que fut sa vie. Totalement inconnu, y compris dans son pays, lorsqu'il prit le départ du Tour 1923, Ottavio mit rapidement les choses au point en terminant deuxième de son premièr Tour. Un scepticisme largement basé sur le délit de sale gueule, son allure de paysan aux oreilles paraboliques ne laissant que peu de place au glamour. Les gens auraient pourtant du se méfier, car la taille de son nez et de ses oreilles n'avaient d'égales que la grosseur de ses parties génitales : réquisitionné pour combattre à la frontière autrichienne pendant la Grande Guerre, trois fois il fut fait prisonier, trois fois il s'échappa, les trois fois...à vélo ! Le vélo, un ustensile qu'il considère avant tout comme un simple moyen de locomotion et surtout pas la possibilité d'en faire un métier. De retour dans son Frioul natal (Nord-Est de Venise, pour les déficients en géographie), il s'épanouira donc dans la maçonnerie dont viendront l'extirper ces génies - on ne le dira jamais assez -, les frères Pélissier. Et en 1924, c'est le carnage. Bottecchia ne laisse rien à personne, il se promène dans les Pyrénées et chante en pédalant dans les Alpes. Il réalise une performance jusqu'alors inégalée, prendre le maillot jaune dès la première étape et ne plus le lâcher. Notre roi de la truelle met un point d'honneur à gagner la première et la dernière étape, reléguant le second au classement général final à 35' et le troisième à 1h35', atomisant tous ses autres adversaires dont Pélissier qui nous refait le coup du complot ("ce que nous ne ferions pas faire à des mulets, nous le faisons", "un jour viendra où l'on nous metttra du plomb dans les poches parce qu'on trouvera que Dieu a fait l'homme trop léger"). Si la richesse d'une vie fait de vous un homme respecté et admiré, seule la mort a le pouvoir de bâtir une légende : si Bottecchia était mort en maison de retraite ou d'un arrêt cardiaque en descendant ses poubelles, nul doute que beaucoup l'auraient oublié. Le 3 juin 1927, on le retrouve la tête en sang au bord de la route, il mourra douze jours plus tard. Une mort à l'âge de 33 ans, jamais élucidée qui laissera la place à de multiples théories : chute, malaise, assasinat des fascistes, de la famille assurée de toucher un agréable héritage, un paysan avouera même des années plus tard l'avoir assassiné parce qu'il était en train de lui voler du raisin. Ottavio n'avait de toute façon plus le coeur à rouler, en proie à de mystérieux tourments intérieurs, ce que le monde moderne appelle la dépression. Pour le reste, Ottavio, tout formidable coureur qu'il fût, est considéré par certains salisseurs de mémoire comme le précureur des coureurs modernes, de ceux qui sacrifient tout pour le Tour de France (Lemond, Indurain, Armstrong, ce genre de pourritures). Mieux vaut ne pas les écouter, la vérité est toujours plus moche que la légende.
mardi 30 décembre 2008
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GARAGE, SWEET GARAGE
Encore des affreux garagistes...
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