La guerre a été longue, c'est entendu, mais je ne vais tout de même pas attendre mes 40 ans pour vous parler du Tour 1919. Un tour disputé dans un paysage d'apocalypse, sur des routes d'ordinaire déjà fort approximatives, mais désormais défoncées par les obus boches, à faire passer la Chaussée Brunehaut pour l'Autoroute du Soleil. C'est un petit contingent de coureurs hors de forme (ils avaient curieusement d'autres préoccupations que la bicyclette entre 1914 et 1918) qui s'élance de Paris : 68 surhommes, bientôt plus que 42 à l'issue d'une première étape disons euh...caillouteuse. Un Tour où l'on découvre un duo de frangins détestés de tout le peloton pour leur arrogance et leur classe : les Pélissier. L'aîné, Henri, futur vainqueur du Tour 1923, vaut le détour. Considéré comme un rebelle, perpétuellement en guerre avec les organisateurs, prenant un plaisir assumé à provoquer verbalement ses rivaux, l'homme est rapidement victime d'une coalition, qui n'hésite pas à l'attaquer même (et surtout) quand il pisse au bord de la route. Un pur branleur, qui s'arrête boire sa bière bien tranquillement dans un café, à 5 kms de l'arrivée de la quatrième étape, avant d'abandonner le lendemain sur ces mots célèbres : "le Tour est un truc de mercenaires, les Pélissier sont des hommes libres" ou encore "c'est un Tour de chevaux de trait, je suis un pur-sang". Classe. Au quotidien, l'homme n'était pas simple non plus, et la fin de sa (courte) vie fait penser à celle de René Pottier voire Sid Vicious. Sa première femme, Léonie, décide de jeter l'éponge en 1933 en se tirant une balle dans la tête. Riton ne tarde pas à retrouver chaussure à son pied en la personne de la charmante Camille Tharault, de vingt ans sa cadette, tant qu'à faire...Mais à force de se faire taillader le visage au couteau, celle-ci commence à perdre un peu les pédales - si je puis dire - et le 1er mai 1935, elle bute Pélissier, de six coups de revolver, pour être bien sûre qu'il y reste. Brrrrrrr. Bon, pour le reste, 1919, c'est la création du Maillot Jaune, créé lors de l'étape Grenoble-Genève, et porté pour la première fois et pour l'éternité par Eugène Christophe, unanimement considéré comme le coureur le plus malheureux de l'Histoire du Tour, loin devant Poulidor. Tellement malchanceux encore que le magazine L'Auto lancera pour lui une souscription à l'issue du Tour. Ils seront 11 coureurs à boucler cette boucherie de 5560 kilomètres, dont la dantesque Metz-Dunkerque, avant-dernière étape de 468 kms, remportée par le vainqueur après 21 heures de course et fatale à Cri-Cri le Vieux Gaulois. Un Tour que j'aurais peut-être pu gagner au vu de sa moyenne (24 km/h, le plus lent de toute l'Histoire), si seulement j'avais eu la chance de naître à la fin du XIXème siècle. Mais c'est bien connu le Tour est une épreuve qui se joue à 11 et où les Belges finissent toujours par gagner. Et Lambot, à force de lambiner finit par l'emporter.
samedi 22 novembre 2008
1919 : Firmin Lambot, l'attentiste
La guerre a été longue, c'est entendu, mais je ne vais tout de même pas attendre mes 40 ans pour vous parler du Tour 1919. Un tour disputé dans un paysage d'apocalypse, sur des routes d'ordinaire déjà fort approximatives, mais désormais défoncées par les obus boches, à faire passer la Chaussée Brunehaut pour l'Autoroute du Soleil. C'est un petit contingent de coureurs hors de forme (ils avaient curieusement d'autres préoccupations que la bicyclette entre 1914 et 1918) qui s'élance de Paris : 68 surhommes, bientôt plus que 42 à l'issue d'une première étape disons euh...caillouteuse. Un Tour où l'on découvre un duo de frangins détestés de tout le peloton pour leur arrogance et leur classe : les Pélissier. L'aîné, Henri, futur vainqueur du Tour 1923, vaut le détour. Considéré comme un rebelle, perpétuellement en guerre avec les organisateurs, prenant un plaisir assumé à provoquer verbalement ses rivaux, l'homme est rapidement victime d'une coalition, qui n'hésite pas à l'attaquer même (et surtout) quand il pisse au bord de la route. Un pur branleur, qui s'arrête boire sa bière bien tranquillement dans un café, à 5 kms de l'arrivée de la quatrième étape, avant d'abandonner le lendemain sur ces mots célèbres : "le Tour est un truc de mercenaires, les Pélissier sont des hommes libres" ou encore "c'est un Tour de chevaux de trait, je suis un pur-sang". Classe. Au quotidien, l'homme n'était pas simple non plus, et la fin de sa (courte) vie fait penser à celle de René Pottier voire Sid Vicious. Sa première femme, Léonie, décide de jeter l'éponge en 1933 en se tirant une balle dans la tête. Riton ne tarde pas à retrouver chaussure à son pied en la personne de la charmante Camille Tharault, de vingt ans sa cadette, tant qu'à faire...Mais à force de se faire taillader le visage au couteau, celle-ci commence à perdre un peu les pédales - si je puis dire - et le 1er mai 1935, elle bute Pélissier, de six coups de revolver, pour être bien sûre qu'il y reste. Brrrrrrr. Bon, pour le reste, 1919, c'est la création du Maillot Jaune, créé lors de l'étape Grenoble-Genève, et porté pour la première fois et pour l'éternité par Eugène Christophe, unanimement considéré comme le coureur le plus malheureux de l'Histoire du Tour, loin devant Poulidor. Tellement malchanceux encore que le magazine L'Auto lancera pour lui une souscription à l'issue du Tour. Ils seront 11 coureurs à boucler cette boucherie de 5560 kilomètres, dont la dantesque Metz-Dunkerque, avant-dernière étape de 468 kms, remportée par le vainqueur après 21 heures de course et fatale à Cri-Cri le Vieux Gaulois. Un Tour que j'aurais peut-être pu gagner au vu de sa moyenne (24 km/h, le plus lent de toute l'Histoire), si seulement j'avais eu la chance de naître à la fin du XIXème siècle. Mais c'est bien connu le Tour est une épreuve qui se joue à 11 et où les Belges finissent toujours par gagner. Et Lambot, à force de lambiner finit par l'emporter.
Inscription à :
Publier les commentaires (Atom)
GARAGE, SWEET GARAGE
Encore des affreux garagistes...
1 commentaire:
Quelle classe ce Riton Pélissier !
Quant à l'étape Dunkerque-Metz, ça fait rêver...
Enregistrer un commentaire