samedi 22 novembre 2008

THE RED CRAYOLA The Parable Of Arable Land (1967)


Quand ils veulent faire les malins, les Bobos - un mot super bobo inventé par les bobos eux-mêmes, exact synonyme de nombriliste élitiste pédant, ce que je serais d'ailleurs tout à fait si j'avais plus d'argent - disent volontiers d'un disque qu'il est culte, légendaire et surtout, surtout, difficile d'accès. J'ai même lu une fois qu'il fallait appréhender certains disques "au travers d'un prisme musical différent, reflet d'un univers aussi riche que complexe mais néanmoins populaire". Vive la branlette. Dans le genre culte, ce disque-là peut faire très très peur. Sorti en 1967 par d'authentiques malades texans vivant plus ou moins en communauté (bonjour le bruit et les odeurs, comme dirait Jacquot) , compagnons de label des non moins malades Thirteenth Floor Elevators, nos amis kolkhoziens autodécrivent leur musique comme "une forme libre de freakout". Ce qui d'emblée laisse augurer les pires improvisations de Grateful Dead, les concours d'onanisme électrique de l'insupportable Frank Zappa ou n'importe quel groupe de hippies moustachus avec des voix de brebis. En plus, il n'y a que 6 morceaux, ça c'est jamais très bon, c'est même souvent très mauvais. Un bon point tout de même, à la lecture de la pochette (si, si, ça existe encore les pochettes) on découvre que le leader a un prénom de sauce pommes-frites : Mayo Thompson. Bon, en fait ce disque est extraordinaire. Un sommet de psychédélisme, mais qui ferait plutôt penser au psychédélisme anglais de Barrett qu'au psychédélisme ricain. Disque ultra ultra planant, contenant au moins 3 chansons terrifiantes, "Hurricane Fighter Plane", "Transparent Radiation" et "Pink Stainless Stain", disque qui n'a absolument pas vieilli, probablement en raison de la voix traînante et sexy de Mayo, accompagné sur certains titres par le futur interné psychiatrique Roky Erickson. Passées les introductions volontairement cacophoniques et systématiquement pénibles, on atteint ma foi assez vite l'orgasme, particulièrement violent sur le mirifique "Transparent Radiation". Groupe repris par des groupes fort différents mais invariablement excellents, des ultra violents Dwarves aux ultra lents Galaxie 500, en passant par les ultra débiles Cramps et bien sûr les ultra drogués Spacemen 3, Red Crayola continue à sortir des disques aujourd'hui, que j'imagine en revanche assez dépourvus d'intérêt, sans que je n'aie pour autant envie de me justifier. Mais rien que pour ce disque incroyable - incroyable parce que vraiment sans équivalent - Mayo et ses Familiar Ugly ("les laiderons bien connus") méritaient 100 fois la Légion d'Honneur, que notre beau pays n'a pas hésité à décerner à Vangelis ou Enrico Macias.

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GARAGE, SWEET GARAGE

Encore des affreux garagistes...