dimanche 25 janvier 2009

Comment laisser un message sur un blog

Le récent sondage sur le plus grand album punk de tous les temps, plébiscitant le premier Ramones, m'avait donné une première indication. Ce blog est essentiellement visité par des demeurés et je ne peux que m'en féliciter. Les divers commentaires laissés le sont le plus souvent par des anonymes dont je ne peux croire qu'ils souhaitent le rester, seule leur incompétence informatique peut justifier de tels agissements. Voici donc un petit mémo pour signer vos horreurs :
1) je clique sur "COMMENTAIRES" à l'aide de ma souris
2) je rédige mon commentaire à l'aide de mon clavier
3) je clique sur "Nom/URL", toujours à l'aide de ma souris
4) dans la rubrique "Nom" qui s'affiche comme par miracle je laisse un sobriquet de mon choix (exemples : rcl62, eagleofdeathmetal75, püdükü.fr)
5) je valide le tout en cliquant sur "publier commentaire"
Je vous remercie de votre attention et en profite pour vous présenter mes voeux à vous ainsi qu'à ceux qui vous sont chers.

TV PERSONALITIES Mummy Your Not Watching Me (1981)




S'il est bien une expression aussi galvaudée qu'irritante, c'est celle de groupe culte. Certains fous dangereux pourtant en liberté (mais pour combien de temps encore ?) n'hésitent pas à ranger derrière cette marotte des orchestres de ducasse tels que Therapy? (surtout ne pas oublier le point d'interrogation, sinon ils se vexent), Cinderella (sans point d'interrogation, le nom est suffisamment consternant) ou encore le Patti Smith Group. Tout d'abord, cela peut paraître une évidence mais un groupe culte ne fait pas de la musique de merde, ce qui exclut fatalement les trois exemples sus-cités. Inutile donc d'aller plus loin dans ce débat sans intérêt, aussi vain que surfait comme le dirait un cinéphile que je nommerai pas. Tous les disques des TVP's (Rêgle n°2 : le groupe culte est souvent affublé de diminutifs énervants : Joy, le Floyd, le Velvet...) sont merveilleux, toutes leurs chansons sont sidérantes de beauté, leurs quatre premiers albums sont indispensables à tout être humain (donc pas au fan de Therapy?). Fruit issu du cerveau malade de son leader Daniel J.Treacy - Daniel Darc, Daniel Johnston, Daniel Treacy, c'est décidé mon fils s'appellera Daniel -, les TVP's se font remarquer en 1978 dès leur premier single, le très caustique "Part Time Punks" qui brocarde les punks en carton («Ils écoutent leurs disques très fort et pogotent devant le miroir de leur chambre, mais seulement quand maman n'est pas là. Ils arrivent : ce sont les punks à temps partiel !»). Evidemment adoubés par John Peel, qui ceci dit adoubait à peu près n'importe quoi, ils font encore plus fort en 1980 avec un hommage au diamant fou, l'idole de Treacy : "I Know Where Syd Barrett Lives", une sorte de berceuse avec des petits bruits d'oiseaux qui n'aurait pas dépareillé sur "The Madcap Laughs". Archétype du groupe anglais, de l'Angleterre des Quality Streets et des maisons victoriennes, les TVP's sont un peu les Kinks des années 80. Mélodiste surdoué, Dan Treacy pond des ritournelles d'une incroyable simplicité, auxquelles il donne des noms surréalistes ("Liechtenstein Paintings", "Salvador Dali's Garden Party", "La Grande Illusion", "I Was A Mod Before You Was A Mod"...) qu'il prend plaisir à massacrer par des arrangements rachitiques (Rêgle n°3 : le groupe culte a peu d'argent). Comme pour les disques de Barrett ou de Johnston, le pathétique n'est jamais très loin, et à entendre les chefs d'oeuvre de cet homme que l'on sait en perdition, il est bien difficile de déterminer s'il faut rire ou pleurer. Parmi les destins brisés du rock, on connaissait les crucifiés, les suicidés, les morts-vivants (Barrett, Arthur Lee, Brian Wilson), les losers magnifiques, Daniel Treacy lui a inauguré une catégorie : les disparus. En proie à de sérieux problèmes d'héroïne, l'homme disparaît de la surface de la planète en 1998 pour ne redonner signe de vie qu'en 2004. Des rumeurs le disent malade, sans le sou, faisant la manche dans le métro londonien (Rêgle n°4 : plein d'histoires bizarres circulent sur le groupe culte). Sur ce deuxième album assez psyché figurent au moins quatre merveilles ( "Scream Quietly", "Liechtenstein Paintings", "Brian's Magic Car", "Magnificent Dreams") qui ne dispensent pas de l'achat du premier et parfait "And Don't the Kids Just Love It", de la compile d'inédits "They Could Have Been Bigger Than The Beatles" (Rêgle n° 5 : le groupe culte est prétentieux) et de "The Painted Word", considéré par Alan McGee comme le disque le plus émouvant jamais entendu, ex aequo avec ceux de Nick Drake. Amoureux des sixties (reprises de Creation, pochettes avec Twiggy et John Steed), OVNI total dans des années 80 qui ne juraient que par les paillettes et les synthés, les Television Personalities sortaient leurs disques sur leur propre label Whaam! (avec un point d'exclamation, presque comme Therapy?), mythique institution qui dut mettre la clé sous la porte en raison de l'homonymie trop frappante avec l'immonde boys band Wham de l'enculator en chef George Michael. Un tel talent ne pouvait laisser insensible Pink Floyd qui les invita sur leur tournée de 1980, tournée sabordée dès la première date lorsque Treacy ne trouva rien de plus malin que de révéler au public ébahi l'adresse top secrète de Syd Barrett. 11 ans plus tard, une deuxième chance leur fut offerte par Kurt Cobain (Rêgle n°6 : le groupe culte est apprécié des hommes de goût), qui voulait absolument en faire la première partie de Nirvana pendant la tournée anglaise de "Nevermind". Daniel Treacy ne comprenant pas bien l'intérêt ne donna pas suite. En tout cas aujourd'hui Daniel va mieux, on peut même gratuitement devenir son ami sur Facebook.

lundi 19 janvier 2009

THE BIRTHDAY PARTY The Birthday Party (1981)


Avant de devenir cet intrigant crooner gothique pour femmes au foyer, puis – horreur - de se mettre à écrire des livres, Nick Cave faisait du rock’n roll. La rapide évocation de sa carrière sur wikipedia résume l’ampleur du désastre en un seul adjectif : pluridisciplinaire. Le mot est lâché. Comme David Bowie ou Brian Eno, Nick Cave fait partie de ces gens (très) doués mais (très) fatigants qui, sans cesse, éprouvent le besoin de se renouveler et de découvrir de nouveaux univeeeeeeers. Alors que par définition, ce qu'on demande aux gens qu'on aime (la maman, la soeur, les Ramones, je crois que je n'ai oublié personne), c'est qu'ils ne changent pas. Non content de publier d’affreux recueils de poèmes prétentieux sur la maison d’édition d’Henry Rollins (Henry Rollins, poésie, cherchez l’intrus), Nicolas s’est lancé dans le cinéma dit indépendant (traduire par irregardable) mais aussi dans l’aide humanitaire aux tsunamistes, tout en poursuivant cahin-caha sa carrière au sein des Bad Seeds, épaulé dans sa tâche par le Grand Corps Malade allemand, Blixa Bargeld (Einstürzende Neubauten). Faites lui croiser la route de Cyril Lignac et l’homme se mettra à la gastronomie, improvisez un rendez vous surprise avec Yan Caz et il enregistrera illico un disque de covers de Georges Brassens. Même Kylie Minogue, dont le QI tendrait pourtant vers moins l’infini, est sortie toute chamboulée de sa rencontre avec l’Homme en Noir (d’ailleurs fan de Johnny Cash), avouant qu’il l’avait réellement bonifiée tout en signalant qu’il lui avait tout de même été difficile de « lâcher la bride à (son) moi profond, pour être totalement sincère dans (sa) musique ». On ne s’étrangle pas. Je n’ai jamais réussi à écouter un album des Bad Seeds (ai-je seulement essayé ?), y compris les pseudos chefs d’œuvre que seraient « Murder Ballads », "The Good Son" ou « Henry’s Dreams », faire le marathon de Paris me semble moins fatiguant. Mais avant d’être pris de fascination pour Berlin et Lautréamont, Nick Cave faisait de la musique qui sentait sous les bras, en bon bouseux d’Australien qu’il aurait dû rester. Bizarrement signé sur le très arty label des Cocteau Twins, 4AD, Birthday Party balançait une sorte de blues très sale et férocement insane, accompagné par la basse monstrueuse du sosie officiel de Victor Lanoux (Tracy Pew) et les guitares dissonantes de Rowland S.Howard et Mick Harvey. Nick Cave, alors, n’essayait pas de moduler comme Elvis ou d’être plus viril que Johnny Cash, il se contentait de chanter comme un mongolien, idée géniale reprise plus tard par David Yow, le trisomique en chef de Scratch Acid puis de Jesus Lizard. « Release the Bats » (et ses célèbres “popopopopo”), « Blast Off », « The Friend Catcher » (et ses célèbres “hihan hihan”), Mr Clarinet (les incantations “marry me oh marry me ») et « Happy Birthday » (où Cave se met carrément à aboyer de manière très articulée des « wouf wouf wouf » !) semblent réellement interprétées par un pensionnaire de Centre d’Aide par le Travail, ce qui est finalement trop rare dans le rock. Par la suite Birthday Party sortira deux autres albums, tout aussi dérangés mais plus difficiles d’accès (c’est-à-dire un peu chiants), « Prayers On Fire » et « Junkyard ». Cette chronique est aussi et surtout l’occasion de rappeler que l’Australie est une grande terre de rock’n roll et de blues cradingue, qui outre AC/DC, les stoogiens Radio Birdman et les merveilleux Saints, aura engendré un groupe méconnu mais terriblement sauvage, sur lequel on reviendra forcément un jour : les Scientists.

dimanche 18 janvier 2009

1925 : Bottecchia, le doublé

Eugène Christophe réparant sa fourche dans la forge de Sainte-Marie-de-Campan en 1913 (dessin de Paul Ordner, seul témoignage de la scène)
Coincée en plein milieu de l'entre deux-guerres, 1925 ne semble pas être une année à forte portée historique. Et pourtant, il s'en est passé des choses...Tandis qu'Hitler rédige tranquillement Mein Kampf et que Charlie Chaplin réalise La Ruée vers l'or, deux de nos plus grands artistes voient le jour, responsables à tout jamais de ma passion indéfectible pour le septième Art : Pierre Cuq alias Pierre Mondy (inoubliable interprète du sergent-chef Chaudard bien sûr, mais aussi de Bibi Kenavec dans Vos Gueules les Mouettes, de Tonton Georges dans Le Beaujolais Nouveau est Arrivé mais surtout, surtout, d'Amédée Gonflard dans Signé Furax) et André Darricau plus connu sous le sobriquet de Darry Cowl (L'Abominable Homme des Douanes, Un Martien à Paris, Poussez pas Grand-Père dans les Cactus, Y a Un Os dans la Moulinette, Arrête ton Char Bidasse !, Mon Curé chez les Thaïlandaises, n'en jetez plus !). Grand cru donc que 1925, où les Français sont de toute évidence plus préoccupés à copuler qu'a faire de la bicyclette. Je précise que je ne lance pas des phrases en l'air et que toutes mes affirmations reposent sur des données chiffrées de l'INSEE, désormais partenaire officiel de ce blog. Il faudra ainsi attendre 1946 pour que le nombre de naissances dépasse ce sommet de 1925, année de la libido. Ainsi, pendant que Monsieur et Madame Bobet mettent au monde un petit Louison, Bottecchia poursuit sa promenade de santé, à peine contrariée par un pénible luxembourgeois dont on reparlera. Les français sont inexistants, probablement éreintés par leurs prouesses nuptiales. Pas un gaulois dans les dix premiers, pour la première fois dans l'Histoire du Tour, l'honneur étant sauvé par un quadragénaire toujours vert, le mythique Eugène Christophe. Immense Christophe, déja présent sur le Tour 1906, légendaire réparateur de sa fourche brisée dans la forge de Sainte-Marie-de-Campan (1913), premier porteur du maillot jaune (1919), vainqueur moral des tours 1913 et 1919, idole du public français qui pour lui seul répondit à une souscription du journal L'Auto afin de venir en aide à ce loser magnifique. Quand Pélissier confiait aux journalistes qu'on traitait les coureurs comme des animaux, lui répondait qu'il faisait le plus beau métier du monde, une manière de relativiser qui n'était pas du goût de tous les coureurs. Mais Gégéne se foutait de la gloire comme de ses premières soquettes, tout juste se permit-il une fantaisie, des siècles plus tard, en 1970, le jour de ses funérailles : être enterré avec son maillot jaune. Si personne, en réponse à cet article, ne laisse un commentaire d'hommage à ce grand coureur je me verrai alors dans l'obligation de consacrer mon prochain billet à un champion de cricket gallois ou à mon repas de samedi soir au Buffalo Grill de Cucq. Vous voici prévenus.

samedi 17 janvier 2009

LES THUGS Still Hungry Still Angry (1989)




"Et plus que l'air marin, la douceur angevine" ("Heureux, qui comme Ulysse, a fait un beau voyage", Joachim du Bellay, 1558). Les gens qui lisent plus de deux livres par an connaissent par coeur cette ode à la Cité du Maine-et-Loire. Angers. Son château fort, son équipe de foot merdique emmenée par Philippe Judas Brunel (l'un des rares humains a avoir osé faire le voyage Lens-Lille dans ce sens), ses célébrités incontournables parmi lesquelles Edgar Cointreau, Steve Savidan ou encore Patrick Hernandez. Croyons Du Bellay sur parole, Angers était probablement douce à vivre au XVIème siècle, mais à la lecture du casting sus-cité (auquel le rédacteur de cet article, par pudeur aura omis d'ajouter Daniel Gélin, Mickaël Pagis ou les affreux La Phaze) le lecteur est forcé d'admettre que tout s'est largement gâté depuis. Heureusement, il y avait les Thugs, le plus grand groupe né dans l'hexagone, l'un des rares à ne pas nous avoir couverts de honte à l'étranger, le seul que j'ai vu plus d'une fois en concert. Fans des Sonics (être fan des Sonics dans les années 80, ce n'est pas rien), des Ramones et surtout des Buzzcocks, les Thugs (pitié, prononcez teugz) se forment en 83 en pleine vague alternative française. Une vraie histoire de famille, puisque trois des quatre membres du groupe sont des frères (des vrais, pas comme les Ramones) : les Sourice (je n'ai pas dit les Pourice). A leur apogée, c'est-à-dire tout au long de leur carrière sans aucune faute de goût, les Thugs ont mis tous les gens biens de la planète à leurs pieds : Jello Biafra (qui les signera sur Alternative Tentacles), Steve Albini (qui produira "Strike", l'album de 1996), Kurt Cobain ("As Happy As Possible" sorti chez Sub Pop) et bien d'autres. Car ces angevins avaient une classe folle, une véritable anomalie dans le paysage musical français, créateurs d'une musique à nulle autre comparable, toute en fureur contenue. Spécialistes des morceaux commençant comme des ballades et terminant en tornades sonores (le tétanisant "The Hedge Hogs", "Square of Lights" à en pleurer), les Thugs ne lésinaient jamais ni sur la mélodie ni sur l'énergie. Ce qui les mettaient d'emblée au dessus de la mêlée des intellos bruitistes (pénibles Sonic Youth) et des purs hardcoreux (abominables Suicidal Tendencies). L'incroyable originalité du groupe reposait bien sûr sur la performance dantesque du batteur Christophe, qui tout en martyrisant ses peaux comme pas un, nous gratifiait de choeurs quasi-spectoriens, ces "whoooo ooooooooooh" permanents tentant de passer au dessus du tir nourri de guitares et qui donnaient à chaque chanson un côté homérique, comme une bataille à gagner coûte que coûte. C'est d'ailleurs l'impression que m'ont laissés les concerts des Thugs : un groupe sans look (si, pardon, le chanteur est le sosie de Woody "mauvais" Allen), sans jeu de scène particulier, mais dont la violence et la foi de la musique ne donnaient qu'une seule envie, celle de rester clouer au mur, espérant être épargné par le massacre. "Still Hungry Still Angry" est leur deuxième album, probablement le plus grand album de hardcore/noise mélodique jamais enregistré, référence ultime à l'aune duquel peu de groupes américains peuvent se mesurer. Comme dans le cochon, tout est bon chez les Thugs, des premiers maxis ("Dirty White Race", "Electric Troubles") aux albums plus noise ("I.A.B.F", "As Happy As Possible"). Une musique fière, qui (mise en garde) écoutée au casque peut rendre littéralement fou. Les grands psychopathes, comme moi, adorent les listes. Voici donc mon "Top 15 (impossible de s'arrêter à 10) des chansons des Thugs qu'aucun groupe américain (ni anglais ni tchétchène) n'a jamais réussi à surpasser" :

1) Little Kiddy
2) Square of Lights
3) Birds of Ill Omen
4) Birthday (Why Didn't You Come For My...)
5) Your Kind of Freedom
6) The Hedge Hogs
7) Biking
8) I Love You So
9) Inside Room
10) See You Soon
11) And He Kept On Whistling
12) Good Friends
13) Is It The Right Way ?
14) Papapapa
15) Ad Men

dimanche 11 janvier 2009

THE STRANGLERS Rattus Norvegicus (1977)


Celui-là, je l'ai tout de suite adopté et c'est l'un des seuls albums punks dont je ne me sois jamais lassé. Les choses avaient pourtant mal commencé, mon premier contact avec les Stranglers ayant eu lieu par l'intermédiaire de l'abominable "Always The Sun", à une époque où, victime des railleries de mes petits camarades, j'essayais de me débarasser de ma dépendance coupable aux disques de Madonna. Si l'on devait désigner le groupe le plus viril de tous les temps, le plus burné, l'anti-Queen, sûr qu'eux ne seraient pas très éloignés de la première marche du podium. La pochette, d'emblée, met les choses au point : on jurerait être dans le manoir de Parties de Chasse en Sologne (d'ailleurs sorti en salles le 29 août 1979 sous le nom de "La Grande Mouille (Chattes Mouillées)", il faut le savoir, ne serait-ce que pour mieux saisir l'allusion à peine voilée à "La Grande Bouffe" de Marco Ferreri), animaux empaillés et moustaches agricoles, ne manque que l'arrière-train de Marilyn Jess pour parfaire le décor. Pas de doute, les Stranglers ont eu une influence décisive sur Burd Tranbaree (de son vrai nom Claude-Bernard Aubert), l'homme qui, record inégalé et inégalable, dirigea dix fois les ébats de l'immense Brigitte Lahaie. Car les Stranglers étaient de gros dégueulasses, d'authentiques pervers sexuels que le roi des gros dégueulasses, Mick Jagger himself qualifia de "répugnants personnages" quand Pete Towshend préférait lui parler de "groupe dégoûtant". Une chose est sûre, la ballade la plus glauque de l'histoire, c'est eux : "Peaches", l'histoire d'un homme qui devient fou à force de mater les canons sur la plage, une histoire ma foi fort banale ("is she trying to get out of that clitoris ? Liberation of women that's what I preach"), un supplice de Tantale auquel tout homme honnête ne peut que compatir. Des gros cochons, ces étrangleurs, des gros gros cochons, leur libido communicative leur jouera d'alleurs de bien vilains tours, comme lors de ce mythique concert à Nice où le public saccagera absolument tout après que Cornwell et sa bande aient lâché sur la scène une bande de femelles totalement dévêtues. Bilan : 2 millions de francs de dégâts, interdiction de séjour en France et une autre chanson perverse pour immortaliser l'événément ("So nice in Nice"). Et pourtant en 1977, certains Stranglers devaient avoir bien besoin de Viagra, le batteur Jet Black affichant déjà 40 balais au compteur, ce qui en faisait un punk peu crédible. Mais Cornwell et JJ Burnel avaient de la testostérone pour 4. Hugh Cornwell, chanteur magnifique, voix grave et menaçante, phrasé loureedien et articulation philippelambertienne. Jean-Jacques Burnel, l'anti-lopette, expert en arts martiaux (il est d'ailleurs aujourd'hui prof de karaté) dont Sid Vicious fut un jour victime, collectionneur de motos Triumph , l'homme grâce à qui la basse n'est plus perçu comme un instrument inutile. Si les Stranglers étaient de vrais méchants, ils savaient aussi torcher des chansons et ils en torcheront d'ailleurs avec une égale constance jusqu'au début des années 80, l'album "Black And White" ("Nice'n Sleazy", une tuerie) me provoquant encore des érections à répétition. Histoire de faire chier leurs collègues punks, les Stranglers assumaient pleinement la comparaison avec les Doors, une drôle de comparaison, d'ailleurs, uniquement basée sur la présence de l'orgue obsédant de Dave Greenfield. Le temps que j'ai passé à ne pas aimer les Stranglers était une perte de temps (ça c'est ma phrase d'amour préférée, je la mets à toutes les sauces), voici donc ma seule résolution de l'année 2009 : réhabiliter les Stranglers, un vrai groupe de mâles comme on n'en fait plus.

lundi 5 janvier 2009

GALAXIE 500 Today (1988)




C'est vraiment le genre de groupe que j'aimerais détester. Le rock'n roll vidé de toute son énergie, un groupe d'intellectuels né sur les bancs d'Harvard, une voix asexuée totalement dénuée d'émotion, une musique d'une telle lenteur que leurs principaux rejetons prendront le nom de Low ("I Could Live In Hope", bon disque) ou Codeine. Le nom du groupe pourrait évoquer les Spacemen 3, je crois bien d'ailleurs que j'avais acheté ce disque dans l'espoir de découvrir leurs clones, mais non, rien de tout ça : Galaxie 500 est le nom d'un modèle de véhicule Ford en vogue dans les années 60. Pour comprendre la démarche de ces grands comiques, il faut donc imaginer un groupe français portant le nom de Fuego ou Méhari. La musique de ce trio (avec une femme à la basse, quelle idée...), pas facile à décrire, oscille entre un Velvet Underground (surtout celui du troisième album) dont le chanteur chanterait faux, et les Modern Lovers emmenés par un Jonathan Richman dépressif. Beaucoup de guitares claires, une batterie rachitique, un harmonica débile, et la voix très particulière de Dean Wareham, le tout produit par le non moins étrange Kramer (ex-Butthole Surfers). Un disque d'hiver, une musique de lendemain de fête, brumeuse, minimaliste, qui peut aussi faire penser à Slint, que certains ont rangé dans la catégorie la plus absurde jamais inventée : le slowcore. Le caractère hypnotique et répétitif de certaines chansons peut néanmoins faire atteindre une forme de transe étrange, particulièrement sur "Don't Let Our Youth Go To Waste" (reprise des Modern Lovers) ou "Tugboat" (voir la video). Les textes, très inspirés de la fraîcheur de Jonathan Richman justement, donnent envie d'apprendre l'anglais et contiennent la plus belle déclaration d'amour jamais faite à une femme: "je veux rester au lit avec toi jusqu'à ce qu'il soit l'heure d'aller boire un coup". C'est un très beau disque, je ne vois pas d'autre adjectif : un très beau disque avec 9 très belles chansons. Un groupe qui semble n'avoir laissé aucune autre trace que celle de ses 3 albums, un groupe même pas culte, un groupe tranquille, sans histoire ni macchabée dans le placard. De très dignes héritiers des Modern Lovers. Et puis des disques qui reposent après trois jours de cuite et qui apaisent quand on a vu un peu trop d'idiots dans sa journée, il en faut aussi. Pour une fois, on peut se fier la pochette : fans de Kyuss, fuyez !

mardi 30 décembre 2008

1924 : Ottavio Bottecchia, le maçon du Frioul


Bottecchia est un mythe. Une légende, peut-être pas à la hauteur de celle de son illustre compatriote Fausto Coppi, mais en tout cas le premier coureur dont la fulgurance de la carrière épousa la tragédie que fut sa vie. Totalement inconnu, y compris dans son pays, lorsqu'il prit le départ du Tour 1923, Ottavio mit rapidement les choses au point en terminant deuxième de son premièr Tour. Un scepticisme largement basé sur le délit de sale gueule, son allure de paysan aux oreilles paraboliques ne laissant que peu de place au glamour. Les gens auraient pourtant du se méfier, car la taille de son nez et de ses oreilles n'avaient d'égales que la grosseur de ses parties génitales : réquisitionné pour combattre à la frontière autrichienne pendant la Grande Guerre, trois fois il fut fait prisonier, trois fois il s'échappa, les trois fois...à vélo ! Le vélo, un ustensile qu'il considère avant tout comme un simple moyen de locomotion et surtout pas la possibilité d'en faire un métier. De retour dans son Frioul natal (Nord-Est de Venise, pour les déficients en géographie), il s'épanouira donc dans la maçonnerie dont viendront l'extirper ces génies - on ne le dira jamais assez -, les frères Pélissier. Et en 1924, c'est le carnage. Bottecchia ne laisse rien à personne, il se promène dans les Pyrénées et chante en pédalant dans les Alpes. Il réalise une performance jusqu'alors inégalée, prendre le maillot jaune dès la première étape et ne plus le lâcher. Notre roi de la truelle met un point d'honneur à gagner la première et la dernière étape, reléguant le second au classement général final à 35' et le troisième à 1h35', atomisant tous ses autres adversaires dont Pélissier qui nous refait le coup du complot ("ce que nous ne ferions pas faire à des mulets, nous le faisons", "un jour viendra où l'on nous metttra du plomb dans les poches parce qu'on trouvera que Dieu a fait l'homme trop léger"). Si la richesse d'une vie fait de vous un homme respecté et admiré, seule la mort a le pouvoir de bâtir une légende : si Bottecchia était mort en maison de retraite ou d'un arrêt cardiaque en descendant ses poubelles, nul doute que beaucoup l'auraient oublié. Le 3 juin 1927, on le retrouve la tête en sang au bord de la route, il mourra douze jours plus tard. Une mort à l'âge de 33 ans, jamais élucidée qui laissera la place à de multiples théories : chute, malaise, assasinat des fascistes, de la famille assurée de toucher un agréable héritage, un paysan avouera même des années plus tard l'avoir assassiné parce qu'il était en train de lui voler du raisin. Ottavio n'avait de toute façon plus le coeur à rouler, en proie à de mystérieux tourments intérieurs, ce que le monde moderne appelle la dépression. Pour le reste, Ottavio, tout formidable coureur qu'il fût, est considéré par certains salisseurs de mémoire comme le précureur des coureurs modernes, de ceux qui sacrifient tout pour le Tour de France (Lemond, Indurain, Armstrong, ce genre de pourritures). Mieux vaut ne pas les écouter, la vérité est toujours plus moche que la légende.

1923 : Henri Pélissier, enfin la France


La France attendait ça depuis 1912, une éternité, les gens devenaient fous, le Belge était devenu l'objet de tous les ressentiments, on en oubliait presque les Boches et le Chemin des Dames. Que devrions-nous penser, nous qui jouions encore aux Playmobil et découvrions les prémices du développement de notre pilosité pubienne lors de la dernière victoire du Blaireau, en 1985 ? Mais bon, en ce temps-là, la France avait de vrais champions (Alavoine, Christophe, Barthélémy, les Pélissier) qui avaient surtout joué de malchance depuis 10 ans. Là où une victoire dans le Tour de Sylvain Chavanel relève de la science-fiction la plus folle (à moins d'une gigantesque pendémie mondiale épargnant uniquement le département de la Vienne), nos arrières grands-pères étaient eux légitimement en droit d'espérer. Ce Tour fut difficile : 15 étapes, la plus courte de 260 kms, la plus longue de 482 kms (Les Sables d'Olonne-Bayonne, vous imaginez ?). Pélissier, je vous en ai déja parlé, c'était ce grand homme qui traitait publiquement ses collègues de (Daniel) percherons, qui insultait Henri Desgrange et qui finira assassiné par une mijaurée qui n'aimait pas les armes blanches qu'aimait à manier Riton. Henri Desgrange ne pouvait pas le blairer non plus cet homme nonchalant, arrogant et stylé, aux jambes de lévrier et à la langue de vipère. Irrité par ses abandons répétés lors des Tours précédents, irrité aussi par ses justifications ultra prétentieuses ("j'ai de l'argent et une situation qui me dispensent d'entreprendre des tâches aussi lourdes", déclare-t-il après son abandon lors du Tour 1920), Desgrange est catégorique : "le Tour de France lui est, non pas musculairement mais moralement, interdit, et puis quelle nervosité de jolie femme !" C'est peut-être de se faire traiter ainsi de tapette qui a motivé Pélissier, lui qui remporta tout de même deux fois Paris-Roubaix. Il décida donc de survoler les Alpes, l'étape du Galibier restant un moment fort de l'histoire du Tour, lorsqu'il franchit la ligne d'arrivée main dans la main avec son frère, Francis, fidèle compagnon d'arme. Accueilli au Parc des Princes par une foule hystérique, il désigna avec l'intelligence qui le caractérisait son successeur, son coéquipier, tout comme Franck Ribéry maçon de formation : Ottavio Bottecchia.

dimanche 28 décembre 2008

Q 65 Revolution (1966)


Comme souvent, ne pas se fier à la pochette. Les troubadours grassouillets et barbichus qui posent si fièrement, vestes de velours et lunettes Darry Cowl en avant, sont responsables d'une des musiques les plus rigoureusement obscènes et violentes de toutes les sixties. De vrais malades, originaires non pas de Londres, du Texas ou de l'Ohio, mais de l'autre pays du fromage : les Pays-Bas. Heureusement, contrairement à leurs collègues garagistes brésiliens Os Mutantes, ils avaient la bonne idée de ne pas chanter dans leur horrible langue natale, cet abscons et nauséeux mélange d'allemand et de chti. A l'heure où Wouter Otto Levenbach alias Dave (a-ton idée de prendre un pseudo quand on a un nom aussi génial ?) préparait son premier concours de l'Eurovision avec sa délicieuse ritournelle "Niets Gaat Zo Snel", ces gros bataves décidaient de faire du Pretty Things, en plus violent. Si un jour vous vous retrouviez par le plus grand des hasards à tenter d'expliquer à un Inuit ou à un Martien ce qu'est le garage, voici la réponse la plus adaptée : "I Got Nightmares". Plus encore que "Pushin' Too Hard", "Psycho" ou "Rosalyn", 2 minutes 28 secondes de totale sauvagerie. Une véritable tornade, un tsunami que les Indonésiens ne peuvent que se réjouir d'avoir évité. Il faut l'entendre pour le croire, vraiment, cette intro dévastatrice, la voix hargneuse de Willem Bieler ponctuant chacune de ses phrases de "aaaaaarrrrrgggggghhh", tout ici ne donne qu'une envie : casser tout ce qui se trouve à portée de pied ou de main. Auparavant ces vilains pas beaux du tout avaient enregistré un 45 tours aujourd'hui introuvable, le paraît-il très teigneux "You're the Victor" (hommage à Victor Lanoux ? Victor Pecci ? no one knows). Si le reste de l'album n'atteint pas toujours ce sommet de bestialité (au pays du fromage, on a aussi tendance à se droguer), si l'on a droit à une 2000ème reprise du "I'm a Man" de Bo Diddley, "The Life I Live", "Summerthoughts in a Field of Weed" ou "Down at the Bottom" valent leur pesant de Seeds ou de Sonics. Pas de video d'eux sur Youtube, juste des covers ou des concerts de reformation que je me refuse à voir. Déjà qu'ils étaient gras en 66...

Gregory ISAACS Cool Ruler (1978)


En général, je n'aime pas trop le reggae. Trop lent, trop mou, trop de cuivres à la con, trop black quoi. Mais il faut parfois savoir forcer sa nature, ce n'est pas parce qu'on n'aime pas le surimi qu'on n'aime pas les fruits de mer. Gregory Isaacs est un cas. L'homme est un vrai badboy, il a expérimenté les prisons jamaïcaines pour détention d'armes à feu, de cocaïne, détournement d'argent de temps en temps. Plus fort que Charles Pasqua et Patrick Balkany réunis, Mr Gregory a aussi une bien plus jolie voix que le premier et plus d'élégance que le second. Surnommé Hitler - ça commence à faire beaucoup - en raison de son comportement plus qu'autoritaire avec les musiciens, il ne dédaigne pas non plus, à l'instar du Sergent Champy, s'adonner à une autre de ses passions : la strangulation. Superstar du reggae, chacun de ses concerts déclenche inévitablement des inondations dans les petites culottes jamaïcaines, certains racontent même avoir été témoins visuels et olfactifs de rivières de cyprine déferlant des Blue Mountains, provoquant dans les années soixante-dix les plus grandes crues que les Caraïbes aient connues. Car Gregory Isaacs est un lover, une sorte de Léonard Cohen antillais, si l'on peut dire. Voix suave et nonchalante, jamais forcée, un peu à la manière de Sam Cooke, l'homme nous raconte tout au long de cet album sublime des histoires de rateaux et de rendez-vous manqués. Jamais infecté par les cuivres dégoulinants bobmarleysques, son rock steady est ultra dépouillé, tout juste martelé par la rythmique implaquable de Sly & Robbie et un orgue vraiment dégoulinant, lui. La face A est carrément à tomber et devant l'enchaînement "Native Woman" / "John Public" / "Party In The Slum" / "Uncle Joe", les gens sensibles risqueront à tout moment l'accident vasculaire cérébral. Remède imparable aux troubles de l'érection et à la sécheresse vaginale, ce disque donne envie d'acheter tous les albums de sa discographie plus que pléthorique, l'homme étant capable d'enregistrer 6 albums en deux ans. Enfin de la musique qui donne envie de se trémousser, et pas seulement pour accéder au bar. Quand j'y repense, les gloussements "woooo-ahhhhhh-ahhhhhhh" sur "John Public"....Gregory Isaacs, sex toy de l'année 2009.

dimanche 21 décembre 2008

1922 : Firmin Lambot, le doublé


Lambot a remporté le tour le plus difficile de l'Histoire, celui de 1919 : 5560 kilomètres, le froid, la neige, l'après-guerre, les routes pourries, onze rescapés, une vraie boucherie. Lambot est toujours le plus vieux vainqueur d'un Tour de France a 36 ans et 4 mois, c'est-à-dire à quelques jours près l'âge de Vincent Gosselin (c'est tout de suite plus parlant). Lambot était le genre de mec, qui en guise de vacances, à 60 balais passés, décidait de (re)faire le Tour de France, en tandem avec sa femme. Et tout le monde s'en branle. Pas plus tard qu'avant-hier soir, j'ai encore du supporter de la part de certains de mes compatriotes l'apologie du rugby, ce sport si fin qui dessine des corps si parfaits, son état d'esprit hors du commun, ce sens du dévouement et de l'abnégation quand bien même personne n'a encore rien compris aux rêgles de ce jeu (?) étrange. Bref, là où le monde entier semble y voir une version moderne de la mythologie grecque, moi désolé je persiste à n'y déceler qu'un empilement de gros lards aux oreilles décollées. Conseil aux célibataires : pour épater la femme de votre vie, un bon gros plaquage vaudra toujours mieux que faire Paris-Moscou-Paris à vélo, c'est maintenant pour moi l'évidence. Constat aussi triste que cruel : de même qu'il y aura toujours des gens pour retourner à la Koenigsbier après avoir goûté à la Leffe de Noël, il y aura aussi toujours des gens insensibles à la beauté de la bicyclette, cette activité "où toutes les fonctions naturelles, hormis la reproduction sont appelées à jouer un rôle", comme le disait Antoine Blondin. Grand homme ce Blondin, surdoué de l'écriture comme de la bouteille, qui disait avec tout autant de clairvoyance : "toutes les femmes sont fatales, on commence par leur devoir la vie, elles finissent par causer notre perte". Ceci dit, pour revenir au Tour 1922, Lambot n'était pas très glamour : un Belge méticuleux et rigoureux, même si c'est tout de même moins rare qu'un informaticien rigolo, on ne comprend pas bien, ça fait un peu tâche, quoi. Le grand homme de l'époque, que l'on ne s'y trompe pas, c'était Jean Alavoine. Un roubaisien montagnard qui gagnera cette année-là les trois étapes des Pyrénées, mais pas le Tour par la faute de 46 crevaisons, 15 sauts de chaîne et le Galibier gravi sous les trombes d'eau. Un truc à décourager le plus vaillant des rugbymen, mais assurément insuffisant pour convaincre une admiratrice des Barbarians. Alavoine, qui mourra sur son vélo, à l'âge de 55 ans, lors d'une compétition de vétérans, comme ça pour le fun. Il en faut de l'alcool, pour supporter certaines conversations, croyez-moi. A vous donner envie de rétablir la peine de mort sur-le-champ.

samedi 13 décembre 2008

HARMONIA Deluxe (1975)


Redde Caesari quae sunt Caesaris. L'homme qui m'a initié, non pas à la sexualité mais au Krautrock ("le rock choucroute"), n'est ni Julian Cope ni Horst Hrubesch, mais un intermittent du spectacle, de ces privilégiés au statut totalement scandaleux (je fais semblant de travailler pendant 3 mois, je suis indemnisé pendant 8 mois). Son nom, je n'ai pas peur de le réveler à la face du monde, il a d'ailleurs déjà été cité sur ce blog : Marc-Antoine Mulliez, sénégalais d'adoption. En place pour la présentation des équipes : numéro 1, Michael Rother (ex-Neu!) ; numéro 2, Hans-Joachim Roedelius (ex-Cluster) ; numéro 3 : Dieter Moebius (ex-Cluster) ; numéro 4 : Mani Neumeier (ex-Guru Guru). La crème de la crème de la Kosmische Musik, cette géniale musique créée à la fin des années 60 et au début des années 70 par les fils et petits-fils de nazis. J'aime beaucoup Amon Duul II, je vénére Neu ! et j'entre en transes quand j'écoute Can, mais quand j'entends Harmonia, je vois carrément la Vierge. Attention, à première vue ou plutôt à première écoute, cette musique d'ascenseur peut faire penser à Jean-Michel Jarre. Mais Jean-Michel, il a pour moi un triple problème : il s'appelle Jean-Michel (et non Hans-Michael), il est né à Lyon (et pas à Düsseldorf) et il a épousé cette pouf d'Anne Parillaud (c'est pas moi qui l'ait forcé). Parce qu'il faut être honnête, Jean-Michel Jarre, c'est largement aussi génial que Tangerine Dream : Equinoxe, j'ai forcément un peu honte de l'avouer, ça me fout autant la chair de poule que Les Corons repris par le Kop de Bollaert (on arrête de rire quand je parle de Saint-Felix). De la musique qui vous donne envie de vous regarder dans votre glace de salle de bains avec des lunettes de soleil en vous imaginant qu'on vient de vous décerner un Prix Nobel. Et puis JMJ n'est pas un neuneu : l'homme a été formé par Pierre Henry et Stockhausen, a écrit les paroles des Mots Bleus et de Senorita (de Où sont les femmes ? de Patrick Juvet, aussi), a couché avec la viscontienne Charlotte Rampling pendant 20 ans, sans compter que son papa a écrit la musique de Lawrence d'Arabie et de Docteur Jivago. Tout le monde ne peut pas en dire autant. J'ose : Jean-Michel Jarre est l'inventeur du krautrock français. C'est un mouvement un peu compliqué du reste, ce rock allemand : entre les adeptes des longues plages atmosphériques (Tangerine Dream), les folkeux acides (Popol Vuh, Ash Ra Tempel), les robotiques (Neu !, La Düsseldorf, Kraftwerk), les fous furieux (Amon Duul II), les inclassables (Can, Faust), pas facile de s'y retrouver. Harmonia est à ranger clairement dans la catégorie des robotiques, le terme exact à employer si l'on veut vraiment faire le malin étant Motorik. Une musique incomparable, psychédélique, à la fois apaisante et répétitive, mais bizarrement plutôt joyeuse. Comme sur le premier morceau, le phénoménal Immer Wieder, où l'on a le curieux sentiment d'entendre des zombies heureux de reprendre en choeur les seules paroles de l'album "Immer wieder rauf und runter, einmal drauf und einmal drunter, immer wieder hun und her, kreuz und quer mal leicht mal schwer". Le tout sur fond de synthéthiseurs préhistoriques, accompagné des guitares agressives de Rother et d'une batterie métronomique. Une musique jamais ennuyeuse, comme pourrait le laisser craindre la longueur de certains morceaux, jamais préténtieuse non plus. Bref, le krautrock n'est pas une musique élitiste d'intellos, le verso de la pochette ultra débilos démontrant même qu'en Allemagne aussi on sait rigoler : on n'est pas chez Yes, Genesis ou Led Zeppelin. Et sur ce disque, l'un de mes morceaux préférés de tous les temps, tous styles confondus : Notre Dame, véritable cathédrale du krautrock, le morceau que j'exige dès aujourd'hui que l'on passe à mon enterrement. Un album sublime, méconnu, qui constitue peut être la meilleure clé d'entrée pour ce mouvement aussi fascinant qu'accessible. A mettre bien en évidence sur la cheminée du salon, à côté des chefs d'oeuvre insurpassables du plus grand groupe allemand du monde : Can.

1921 : Léon Scieur, la Locomotive de Namur


La Grande Guerre est finie depuis trois ans, l'état des routes s'est arrangé, Henri Desgrange constate même avec étonnement qu'Armentières et Bailleul commencent à ressembler à des villes. C'est dire si ça s'est amélioré. Les Belges raflent tout depuis 1912 mais cette année le favori est français : Honoré Barthélémy. Détail non négligeable, l'homme prend le départ cette année alourdi d'un oeil de verre, conséquence d'une chute à Aix-en-Provence l'année précédente qui le vit voir d'un peu trop près un silex bien pointu. Ce qui ne l'empêcha pas de terminer premier français du Tour 1920, en parcourant les 2000 kilomètres restants le guidon retourné (son dos étant également bousillé), et borgne donc. Poursuivi par les silex, l'homme ne remportera bien évidemment jamais le Tour, réalisant en 1921 sa meilleure performance (3ème, pas si mal pour un Cotorep) malgré onze crevaisons. C'est donc encore un Belge, Léon Scieur, qui va en profiter. Il ne faut pas généraliser : tous les Belges ne sont pas des cannibales ni des pédophiles, Léon est même plutôt un brave, à ranger dans la catégorie chevaux de trait. Les Scieur n'étant pas non plus les Rotschild, Léon se paie son premier vélo à 22 ans, l'âge auquel la plupart d'entre nous ont abandonné une carrière cycliste parfois prometteuse. Et puis comme Papa et Maman Scieur (pleure pas bébé Bonheur) ont tendance à tiser un peu, petit Léon fait de la bicyclette en cachette, ce qui n'est pas sans nous rappeler l'histoire de l'enfant de putain numéro 2 (tout le monde connaît le numéro 1), Floyd Landis. Scieur avait un mental de Viet Cong , il fera notamment partie des 10 rescapés de l'horrible Tour 1919 mais aussi une force de Cosaque : après sa retraite, il embrassa la passionnante carrière de marchand de charbons où, plus fort que Jean Gabin dans La Bête Humaine, il avait pour habitude de décharger 80 tonnes de charbon par jour (à la pelle). On a le droit d'y croire. C'est lors de l'étape Metz-Dunkerque qu'il construisit sa légende, où il dut 300 kilomètres durant transporter sur le dos sa roue arrière brisée après avoir changé de matériel (c'était la règle : on devait ramener à l'arrivée la preuve de l'élément brisé, sinon c'est trop facile ). Les dents du pignon lui lacérèrent le dos, il en garda paraît-il des séquelles jusqu'à sa mort en 1969. Si ce Tour 1921 fut comme son prédecesseur peu animé, il convient de ne pas banaliser les exploits de ces "Forçats de la Route", comme les appelaient le grand Albert Londres : l'étape Cherbourg-Brest par exemple faisait 406 kms - il y en avait des plus longues -, le départ en était donné à 2 heures du matin, le dernier coureur arriverait à 23h30... Bref, à cette époque, c'était l'Iron Man tous les jours. Et dire que pendant que vous lisez cet article, on nous bassine avec le Vendée Globe, ces petits bateaux qui vont sur l'eau et tout ça...

vendredi 12 décembre 2008

THE CREATION We Are Paintermen (1967)



Attention, photo réalisée sans trucage ni l’aide de Marcel Béliveau. Je suis bien l’heureux possesseur de « We Are Paintermen » de Creation, en vinyle. Selon un recensement récent, nous serions même 74 en France (trois de moins de 40 ans) à détenir les deux uniques albums originaux allemands de ce cultissime groupe mod. Une sorte de Graal du collectionneur, le Golgotha de la rareté sixties, un truc paraît-il à gâcher les nuits de Vincent Palmer ou du grand Nicolas Ungemuth, à en rendre Marc-Antoine Mulliez méchant. Après l’avoir trouvé la vie semble s’arrêter. Certes l’état n’est pas nickel - le teuton n’étant pas si soigneux qu’on le dit -, son précédent propriétaire ayant eu la prodigieuse idée d’écrire au Bic avec ses sales pattes de sale Schleu sur le verso de la pochette, sans oublier de la saupoudrer çà et là de tâches de gras. Tant pis. On le sait, pendant les années 60, dans la perfide Albion, le niveau était relevé : une Ligue des Champions très dense (Beatles, Rolling Stones, Kinks, Who et surtout les terrifiants Pretty Things) et une Ligue 1 presque du même tonneau (Troggs, Animals, Small Faces, Yardbirds, Zombies…). Les Creation, eux, étaient les leaders de la Ligue 2, ce qui n’est pas si mal et les place de facto et ad vitam aeternam (ça plait toujours les locutions latines) beaucoup plus haut que Radiohead et Coldplay. C’est un des mystères de l’Histoire du Rock, on ne sait pas bien pourquoi les Creation n’ont pas enregistré d’album dans leur pays. Que la France n’ait pas voulu d’eux n’est guère surprenant (le niveau était très relevé en France aussi avec Richard Anthony, les Chaussettes Noires et Danyel Gérard), mais que pour seules terres d’asile ils n’aient trouvé que l’Allemagne et la Suède donne un peu envie de régurgiter. D’autant que, chose rare pour des Anglais, ces gugusses n’étaient pas si laids, ils étaient même plutôt beaux et fort élégants, si tant est que l’on apprécie les chemises à jabot et les coiffures de Playmobil. Nettement moins affreux par exemple que les Who, dont ils étaient très proches musicalement. Ils échoueront donc chez Hit-ton, curieux label de Francfort - où contrairement aux idées reçues on ne fait pas que des saucisses -, qui n’hésite pas à éditer à la fois les Kinks, des chants bavarois et des valses viennoises (avec de délicieuses teutonnes aux seins lourds légèrement dévêtues en couve, histoire d’attirer le masturbateur de moins de 50 ans, cette catégorie socio-professionnelle à ne pas négliger). Quand on parle de Creation, on évoque systématiquement son guitariste Eddie Philips, le premier humain à avoir joué de la guitare en utilisant un archet, des siècles donc avant l’ésotérique Jimmy Page. La video jointe le montre d’ailleurs en pleine action. Un drôle d’idée, aussi naturelle que jouer d’un violon avec un médiator ou manger du riz basmati avec des baguettes. Les Creation aimaient donc bien faire les malins, avec des slogans aussi prétentieux qu'incompréhensibles du genre « our music is red with purple flashes »... Ce qu’il faut surtout retenir de Creation à vrai dire, c’est ce terrifiant morceau, l’un des plus grands singles des sixties, du niveau de "My Generation" ou "Wild Thing", repris plus tard par les immenses Television Personalities : « Making Time ». Son intro bestiale et la voix hargneuse de Kenny Pickett, aucun lien de parenté avec le chauffard Nelson Piquet ni même avec Wilson Pickett. Une vraie tuerie, entourée sur cet album par d’autres étranges morceaux comme le sauvagement psyché « Through My Eyes », mais aussi par d'inévitables bouses dont les groupes sixties étaient coutumiers (une énième reprise d'"Hey Joe" et de "Like A Rolling Stone", ça intéresse quelqu'un ?). Est-ce donc raisonnable de dépenser une centaine d’euros pour acquérir cet album ? Definitely. Les Creation connaîtront la gloire dans les seventies lorsque les crépus Boney M reprendront « Painter Man », puis lorsqu’Alan McGee donnera à son label le nom de Creation (Jesus & Mary Chain, My Bloody Valentine, Oasis, Libertines…). Cruelle pirouette, Pickett terminera sa carrière comme roadie de Led Zeppelin. La vie ne fait décidément pas de cadeau.

mercredi 10 décembre 2008

1920 : Philippe Thys, le triplé


Alors, le Tour 1920, c'est :
1) Philippe THYS (Belgique)
2) Hector HEUSGHEM (Belgique)
3) Firmin LAMBOT (Belgique)
4) Léon SCIEUR (Belgique)
5) Emile MASSON (Belgique)
6) Louis HEUSGHEM (Belgique)
7) Jean ROSSIUS (Belgique)

Cet article s'inscrit dans le cadre de ma nouvelle politique de communication : moins d'allusions, plus d'informations.

Sinon, 1920, c'est l'année du droit de vote pour les femmes aux Etats-Unis (quelle ânerie...) et de l'inhumation du Soldat Inconnu sous l'Arc de Triomphe (voir parenthèse précédente). Désolé, je suis un peu grippé (je crois que j'ai la grippe, je veux dire).


mardi 9 décembre 2008

MAGAZINE Real Life (1978)





Ils sont légion les groupes à n'avoir pas mis tous les atouts de leur côté pour rencontrer le grand public, dans la grande déchetterie de l'histoire du rock. Mais, eux, je me demande s'ils ne décrochent pas le pompon. Nom de groupe nul à traire (Magazine, et pourquoi pas Téléphone ou Television tant qu'on y est ?), pochettes invariablement immondes probablement conçues par un CAT de la banlieue de Manchester (très proches de mes oeuvres de 6ème réalisées sous la houlette de Mr Pierru) et casting à faire passer les Freaks de Tod Browning pour des produits de l'agence Elite. En guise de frontman, une sorte de mutant, fruit de l'accouplement illégitime entre Michel Houellebecq et le mime Marceau ; à la batterie un sosie de Yohan Demont sous-alimenté et/ou silicosé ; à la basse un clone d'Harlem Désir période Touche Pas à Mon Pote (sa meilleure période, ceci dit) ; le beau gosse du groupe étant condamné à jouer de l'instrument le plus inutile du monde, juste derrière le tuba : le saxophone. Bref, en 1978 comme aujourd'hui, on ne vient pas à Magazine sur un coup de foudre. On y vient pour son leader, Howard Devoto (nom sur la carte vitale : Howard Trafford), fondateur des merveilleux Buzzcocks, auteur du mythique EP "Spiral Scratch" et des bombes à neutrons que sont "Boredom", "Breakdown" et "Fast Cars". A son look de médecin légiste slovène, Devoto ajoute une totale absence de flair comme de volonté. Il quitte donc ses petits camarades Buzzcocks en mars 1977, dans le but de reprendre de brillantes études qu'il abandonne bien évidemment en septembre de la même année pour fonder la bête en question : Magazine. Devoto, qui est déjà un vieillard en 1978 à l'aune des standards du punk (26 ans) est aussi un homme très cultivé, qui en plus d'avoir lu tout Dostoïevski et A La Recherche du Temps Perdu (les personnes ayant lu deux pages de Proust apprécieront la performance) maîtrise aussi son Petit Stooges illustré. "Anyone interessed in the Velvet Underground, please contact me", telle était la petite annonce placée par Devoto au mur de son collège, annonce à l'initiative de sa rencontre avec Pete Shelley. Voila qui vous classe un homme. Magazine ne ressemble pas du tout aux Buzzcocks, à l'exception des deux chefs d'oeuvre "Shot By Both Sides" et "The Light Pours Out Of Me", co-écrits par Shelley. Difficile à décrire, ce groupe qui arrive à me faire aimer les claviers et le saxo. Souvent comparé à Roxy Music - ce qui est censé être un compliment, mais moi désolé Roxy Music, ça me reste toujours un peu sur le bide, Brian Eno ou pas - en raison de la présence de l'ignoble instrument sus-cité, l'album a paraît-il eu une influence traumatisante sur Joy Division (là, c'est franchement un compliment). Bon, bref, c'est un album génial, mon album de new wave préféré (en incluant PIL, Wire et XTC), c'est un peu comme le welsch complet / frites, le pot'je vleesch ou la clope, ça a l'air dégueu mais dès qu'on met le nez dedans on s'en sort plus. Si, il y a un truc évident quand même : Devoto, outre sa voix mi-torturée mi-constipée, avait aussi un sens inné de la formule, des slogans pour T-shirts à chaque phrase. Petit florilège, comme dirait Patrick Sébastien : "parfois j'oublie que je suis censé t'aimer", "tu m'aimes parce que tu as peur", "regarde ce que la peur a fait à mon corps", "tu peux te toucher quand tu le souhaites" ou encore le délicieux "je te droguerai et te baiserai sur le permafrost"...Pitié, n'en jetez plus...Mon ordinateur étant un import soviétique, je n'ai pas le son mais la vision de la vidéo ci-dessus n'appelle qu'un seul constat : Devoto fait très très peur.

dimanche 7 décembre 2008

BUZZCOCKS Singles Going Steady (1980)






La Terre entière maintenant connaît les Buzzcocks, canonisés à juste titre (posthume) pour l'ensemble de leur oeuvre fulgurante. A quoi donc peut bien servir de parler d'un disque que tous les gens dignes d'intérêt, sans exception aucune, connaissent par c(h)oeur ? Comme à la femme de sa vie, de lui rappeler combien on l'aime et tout ce qu'on lui doit, et que toutes ces infidélités au final n'aménent qu'un seul constat : elle seule compte. Les Buzzcocks, des petits hommes simples du Nord, habillés comme des Deschiens mais plus lettrés que Bernard Pivot et Jean d'Ormesson réunis. Quand d'aucuns chantaient l'anarchie et la haine, eux ne juraient que par l'autonomie et l'amour. Pas de provocation, pas de look, pas de scandale, juste des paroles tristes à pleurer jouées sur un rythme enjoué. Une vraie musique d'adolescence faite par des adolescents avec des préoccupations d'adolescents, à destination des adolescents d'alors et des adultes d'aujourd'hui. Bien plus rock'n roll en ce sens que les Sex Pistols et Clash, dont les hymnes pseudo politiques ne peuvent aujourd'hui que faire rire ou rougir. Amour, sexe, ennui, les trois seules préoccupations des Buzzcocks. Rien à foutre des Etats-Unis, de la guerre froide, des Sandinistes ou des congés payés. A un journaliste qui l'interrogeait sur les chiffres terribles du chômage à Manchester, Diggle répondait d'un air sévère et inspiré : "Oh, je trouve ça formidable". Et puis la musique...Sur cette compile, sont réunis les singles sortis entre 1977 et 1979. Citons les tous : "Orgasm Addict", "What Do I Get ?", "I Don't Mind", "Love You More", "Ever Fallen In Love ?", "Promises", Everybody's Happy Nowadays", "Harmony In My Head", "Whatever Happened To ?", "Oh Shit !", "Autonomy", "Noise Annoys", "Just Lust", "Lipstick", "Why Can't I Touch It ?", "Something's Gone Wrong Again". Une vraie machine à tubes, sortis à un rythme plus éffréné encore que les pépites sixties des Beatles ou des Kinks, en parallèle des trois albums fabuleux enregistrés en 1 an et demi. "Nous avions conscience de jouer deux fois plus vite que quiconque", et c'est vrai qu'aucun groupe punk de l'époque ne soutient la comparaison, surtout pas les Clash et leur rockab'/ragga de ducasse. Comme du jour de l'assassinat de Kennedy ou des attentats du 11 septembre, on se rappelle de ce qu'on faisait le jour où l'on a découvert "Fast Cars", "Boredom" ou "Nostalgia" (moi, par exemple, je faisais un baby foot avec Arnaud Davenne, Thibaut Petit et Bobby Tomczak au Renouveau de Montreuil-sur-mer). Le groupe qui le premier (le seul ?) a su concilier hargne, vitesse et mélodie. Avec des pochettes toujours classieuses, véritables petites oeuvres d'art réalisées avec trois francs six sous. Victime des problèmes d'héroïne de Pete Shelley, le groupe se séparera en 1981, avant de renaître régulièrement dans les années 90, sans John Maher le batteur surdoué, qui se consacre désormais définitivement à sa passion de toujours : le tuning sur Volkswagen (http://www.johnmaherracing.co.uk/). Une soixantaine de chansons pour l'éternité, Tables de la Loi de la powerpop, compagnons de notre quotidien morose ou joyeux, sur laquelle les Smiths feront une carrière complète.

"Les Buzzcocks étaient le groupe. J'aimais leur côté intellectuel, propre. J'ai toujours méprisé les gens qui se sentent obligés de se rouler dans leur propre vomi pour faire admettre qu'ils sont dans un groupe et jouent très fort." (Morrissey)

" Des chansons d'amour jouées à deux cents à l'heure, quelle idée formidable ! Tout le monde devrait posséder leurs singles." (Noel Gallagher)

lundi 24 novembre 2008

DAZZLING KILLMEN Dig Out the Switch (1992)


Mes récentes chroniques d'albums poppy m'ayant valu moult lettres d'insultes ("Crass, pédé, on va te marave ta face de rat à coups de nunchaku ", "les Pastels ? et pourquoi pas les Schmitts ?", "retourne faire de la bicyclette, grosse brêle", ce genre d'amabilités), j'ai décidé de durcir le ton et de mettre l'espace d'un instant entre parenthèses mes accointances avec les musiques efféminées. Attention, le monstre. J'avais acheté ce disque lorsqu'il était sorti en 1992 (ça fait toujours bien de dire ça), chez Black & Noir à Bordeaux, sur les conseils de l'excellent mais néanmoins chevelu vendeur, qui me l'avait vendu comme la chose la plus puissante depuis Little Boy. Et il n'avait pas menti, le poilu. Chant hurlé, mais vraiment hurlé, pas beuglé, rien de guttural là-dedans, changements de rythme incessants, rythmique tribale, et bizarrement des mélodies qui se dégagent de ce magma sonore. "No", "Numb", "Dig The Hole", "Captain Is Dead", "Premonition", sont probalement ce que j'ai entendu à la fois de plus violent et de plus intense. Ces tueurs étaient originaires de Saint-Louis, produits bien évidemment par le dangereux Steve Albini, et jouaient en trio. Rangés tantôt dans la noise, tantôt dans le jazzcore aux côtés des poètes Victims Family ou No Means No, tantôt dans le math rock (le rock mathématique, si, il paraît que ça existe) dont ils seraient les précurseurs. En même temps, être le précurseur d'un mouvement totalement inconnu, l'intérêt et la gloire n'en sont pas bien grands. Apparemment, Nick Sakes, l'hurleur en chef avait recruté deux étudiants en jazz (étudiant en jazz, sans déconner, de qui se moque-t-on ?) pour assurer la rythmique et c'est probablement ce qui donne un côté unique à cette musique de fin du monde. Je dis ça, moi j'en sais rien, j'y connais rien en instruments, je sais depuis peu différencier une basse d'une guitare, mais je sais depuis longtemps séparer le bon grain de l'ivraie. Le légendaire magazine US Alternative Press, qui s'y connaît en brutalité, a élu cet album comme le plus violent des années 90, décennie pourtant riche en atrocités en tous genres. Et le plus incroyable, c'est que "Dig Out The Switch" est sorti sur un minuscule label...français, aujourd'hui disparu : Intellectual Convulsion. J'ai retrouvé cet album en vinyle l'année dernière, ce fut le plus beau jour de l'année 2007. Maintenant, une question se pose : pourquoi crie-t-il si fort ? Pourquoi a-t-il si mal ? L’aurait-on obligé à visionner en boucle les conférences de presse de Jacques Santini ? Les performances scéniques de Ségolène Royal ? Un DVD des plus belles actions de Didier Deschamps ? Le mystère reste entier.

samedi 22 novembre 2008

1919 : Firmin Lambot, l'attentiste

Henri Pélissier, avant de se faire dessouder


La guerre a été longue, c'est entendu, mais je ne vais tout de même pas attendre mes 40 ans pour vous parler du Tour 1919. Un tour disputé dans un paysage d'apocalypse, sur des routes d'ordinaire déjà fort approximatives, mais désormais défoncées par les obus boches, à faire passer la Chaussée Brunehaut pour l'Autoroute du Soleil. C'est un petit contingent de coureurs hors de forme (ils avaient curieusement d'autres préoccupations que la bicyclette entre 1914 et 1918) qui s'élance de Paris : 68 surhommes, bientôt plus que 42 à l'issue d'une première étape disons euh...caillouteuse. Un Tour où l'on découvre un duo de frangins détestés de tout le peloton pour leur arrogance et leur classe : les Pélissier. L'aîné, Henri, futur vainqueur du Tour 1923, vaut le détour. Considéré comme un rebelle, perpétuellement en guerre avec les organisateurs, prenant un plaisir assumé à provoquer verbalement ses rivaux, l'homme est rapidement victime d'une coalition, qui n'hésite pas à l'attaquer même (et surtout) quand il pisse au bord de la route. Un pur branleur, qui s'arrête boire sa bière bien tranquillement dans un café, à 5 kms de l'arrivée de la quatrième étape, avant d'abandonner le lendemain sur ces mots célèbres : "le Tour est un truc de mercenaires, les Pélissier sont des hommes libres" ou encore "c'est un Tour de chevaux de trait, je suis un pur-sang". Classe. Au quotidien, l'homme n'était pas simple non plus, et la fin de sa (courte) vie fait penser à celle de René Pottier voire Sid Vicious. Sa première femme, Léonie, décide de jeter l'éponge en 1933 en se tirant une balle dans la tête. Riton ne tarde pas à retrouver chaussure à son pied en la personne de la charmante Camille Tharault, de vingt ans sa cadette, tant qu'à faire...Mais à force de se faire taillader le visage au couteau, celle-ci commence à perdre un peu les pédales - si je puis dire - et le 1er mai 1935, elle bute Pélissier, de six coups de revolver, pour être bien sûre qu'il y reste. Brrrrrrr. Bon, pour le reste, 1919, c'est la création du Maillot Jaune, créé lors de l'étape Grenoble-Genève, et porté pour la première fois et pour l'éternité par Eugène Christophe, unanimement considéré comme le coureur le plus malheureux de l'Histoire du Tour, loin devant Poulidor. Tellement malchanceux encore que le magazine L'Auto lancera pour lui une souscription à l'issue du Tour. Ils seront 11 coureurs à boucler cette boucherie de 5560 kilomètres, dont la dantesque Metz-Dunkerque, avant-dernière étape de 468 kms, remportée par le vainqueur après 21 heures de course et fatale à Cri-Cri le Vieux Gaulois. Un Tour que j'aurais peut-être pu gagner au vu de sa moyenne (24 km/h, le plus lent de toute l'Histoire), si seulement j'avais eu la chance de naître à la fin du XIXème siècle. Mais c'est bien connu le Tour est une épreuve qui se joue à 11 et où les Belges finissent toujours par gagner. Et Lambot, à force de lambiner finit par l'emporter.

GARAGE, SWEET GARAGE

Encore des affreux garagistes...