samedi 17 janvier 2009

LES THUGS Still Hungry Still Angry (1989)




"Et plus que l'air marin, la douceur angevine" ("Heureux, qui comme Ulysse, a fait un beau voyage", Joachim du Bellay, 1558). Les gens qui lisent plus de deux livres par an connaissent par coeur cette ode à la Cité du Maine-et-Loire. Angers. Son château fort, son équipe de foot merdique emmenée par Philippe Judas Brunel (l'un des rares humains a avoir osé faire le voyage Lens-Lille dans ce sens), ses célébrités incontournables parmi lesquelles Edgar Cointreau, Steve Savidan ou encore Patrick Hernandez. Croyons Du Bellay sur parole, Angers était probablement douce à vivre au XVIème siècle, mais à la lecture du casting sus-cité (auquel le rédacteur de cet article, par pudeur aura omis d'ajouter Daniel Gélin, Mickaël Pagis ou les affreux La Phaze) le lecteur est forcé d'admettre que tout s'est largement gâté depuis. Heureusement, il y avait les Thugs, le plus grand groupe né dans l'hexagone, l'un des rares à ne pas nous avoir couverts de honte à l'étranger, le seul que j'ai vu plus d'une fois en concert. Fans des Sonics (être fan des Sonics dans les années 80, ce n'est pas rien), des Ramones et surtout des Buzzcocks, les Thugs (pitié, prononcez teugz) se forment en 83 en pleine vague alternative française. Une vraie histoire de famille, puisque trois des quatre membres du groupe sont des frères (des vrais, pas comme les Ramones) : les Sourice (je n'ai pas dit les Pourice). A leur apogée, c'est-à-dire tout au long de leur carrière sans aucune faute de goût, les Thugs ont mis tous les gens biens de la planète à leurs pieds : Jello Biafra (qui les signera sur Alternative Tentacles), Steve Albini (qui produira "Strike", l'album de 1996), Kurt Cobain ("As Happy As Possible" sorti chez Sub Pop) et bien d'autres. Car ces angevins avaient une classe folle, une véritable anomalie dans le paysage musical français, créateurs d'une musique à nulle autre comparable, toute en fureur contenue. Spécialistes des morceaux commençant comme des ballades et terminant en tornades sonores (le tétanisant "The Hedge Hogs", "Square of Lights" à en pleurer), les Thugs ne lésinaient jamais ni sur la mélodie ni sur l'énergie. Ce qui les mettaient d'emblée au dessus de la mêlée des intellos bruitistes (pénibles Sonic Youth) et des purs hardcoreux (abominables Suicidal Tendencies). L'incroyable originalité du groupe reposait bien sûr sur la performance dantesque du batteur Christophe, qui tout en martyrisant ses peaux comme pas un, nous gratifiait de choeurs quasi-spectoriens, ces "whoooo ooooooooooh" permanents tentant de passer au dessus du tir nourri de guitares et qui donnaient à chaque chanson un côté homérique, comme une bataille à gagner coûte que coûte. C'est d'ailleurs l'impression que m'ont laissés les concerts des Thugs : un groupe sans look (si, pardon, le chanteur est le sosie de Woody "mauvais" Allen), sans jeu de scène particulier, mais dont la violence et la foi de la musique ne donnaient qu'une seule envie, celle de rester clouer au mur, espérant être épargné par le massacre. "Still Hungry Still Angry" est leur deuxième album, probablement le plus grand album de hardcore/noise mélodique jamais enregistré, référence ultime à l'aune duquel peu de groupes américains peuvent se mesurer. Comme dans le cochon, tout est bon chez les Thugs, des premiers maxis ("Dirty White Race", "Electric Troubles") aux albums plus noise ("I.A.B.F", "As Happy As Possible"). Une musique fière, qui (mise en garde) écoutée au casque peut rendre littéralement fou. Les grands psychopathes, comme moi, adorent les listes. Voici donc mon "Top 15 (impossible de s'arrêter à 10) des chansons des Thugs qu'aucun groupe américain (ni anglais ni tchétchène) n'a jamais réussi à surpasser" :

1) Little Kiddy
2) Square of Lights
3) Birds of Ill Omen
4) Birthday (Why Didn't You Come For My...)
5) Your Kind of Freedom
6) The Hedge Hogs
7) Biking
8) I Love You So
9) Inside Room
10) See You Soon
11) And He Kept On Whistling
12) Good Friends
13) Is It The Right Way ?
14) Papapapa
15) Ad Men

5 commentaires:

Anonyme a dit…

Leurs concerts commençaient toujours par " Bonjour on s'appelle les Thugs, on vient d'Angers"...et boum pied au plancher.

Anonyme a dit…

"probablement le plus grand album de hardcore/noise mélodique jamais enregistré" :
tu déconnes pipo, c'est loin derrière tous les albums de therapy? le plus grand groupe de punk rock du monde de tous les temps

Anonyme a dit…

Y a vraiment des comiques sur ce blog. Therapy, la vache, je me rappelais même plus qu'ils avaient existé...

Anonyme a dit…

T'as oublié Ullrich Ramé et Doudou (manager des Thugs et accessoirement producteur de Placebo, White Stripes)!

Anonyme a dit…

je suis en train de réécouter ce groupe. La grosse grosse classe.

GARAGE, SWEET GARAGE

Encore des affreux garagistes...