jeudi 31 juillet 2008

KAS PRODUCT Try Out (1982)





Deux solutions pour se rafraîchir par ce temps orageux : fermer les volets ou écouter de la cold. N'ayant pas de volets, j'opte fort logiquement pour la deuxième solution. En fait, ça n'est pas vraiment de la cold, Kas Product, même si leur hymne le plus célèbre s'appelait génialement "So Young But So Cold", par ailleurs extraordinaire morceau. Kas Product, c'est très exactement le Suicide français. Sauf qu'en lieu et place du psychopathe Alan Vega, il y avait une bombe atomique, une véritable tigresse, bizarrement en liberté autorisée, répondant au nom mystérieux de Mona Soyoc (son vrai nom). Née aux Etats-Unis, d'origine argentine (comme Lucien Petit-Breton), elle atterrit, on se demande bien pourquoi, à Nancy, où elle rencontre Spatsz (pour le coup pas son vrai nom), infirmier psychiatrique de son état. Ensemble, ils forment donc Kas Product, duo électronique avec chant en anglais. En 1981, ils s'enferment durant tout le mois d'août, volets et portes closes selon la légende, dans une ferme de la campagne nancéenne et sortent donc cet OVNI, incroyablement original et novateur, et pourtant rempli à ras bord de tubes potentiels ("Never Come Back", "One Of The Kind", "So Young But So Cold", "Breakloose"...). Sur des rythmes ultra minimalistes, Mona sussurre ou hurle de véritables appels au sexe, le sommet étant atteint sur le brûlant "Pussy X", à laquelle peu de braguettes ont résisté depuis 25 ans. Les Anglais, hommes de goût, encenseront l'album ; les Français, trop occupés à découvrir Indochine, bien entendu, l'ignoreront. Dans notre pays bedonnant, l'utilisation de claviers et de boîtes à rythmes fera toujours de vous au mieux un homosexuel, au pire un nazi. C'est comme ça. Alors, après un deuxième album ("Try Out") presque aussi réussi, Kas Product jettera l'éponge et Spatsz retournera à ses cas psychiatriques, rare domaine où la France peut se targuer de rivaliser avec ses voisins.

lundi 28 juillet 2008

1910 : Octave Lapize, "le Frisé"


"Vous êtes des criminels ! On ne demande pas à des hommes de faire un effort pareil." C'est aussi pour cette phrase de légende que Lapize est resté célèbre. Phrase prononcée pendant la démentielle étape Luchon-Bayonne qui voyait les coureurs découvrir pour la première fois les Pyrénées. Et comme à l'époque on ne faisait pas les choses à moitié, les organisateurs ont jugé que pour découvrir ce massif montagneux, il ne fallait pas moins de 326 kms, en enchaînant les cols de Peyresourde, d'Aspin, du Tourmalet et de l'Aubisque. 14 heures sur le vélo pour le vainqueur, Lapize donc, 22 heures (!) pour le dernier classé. Une étape de malades, considérée comme l'une des plus dures de l'Histoire du Tour, où certains coureurs, fourches cassées, feront la descente de nuit avec le vélo sous le bras. Pour l'anecdote, il faut néanmoins retenir que le premier coureur à avoir escaladé le Tourmalet sans mettre pied à terre est Garrigou, cette même année. Le bon vieux Octave se distingue des précédents vainqueurs par l'absence de moustache, ce qui ne peut que le grandir, même si je lis ici ou là que cette petite pousse de poils juchée sur notre lèvre supérieure serait en train de dangereusement revenir à la mode. Au secours. Triple vainqueur de Paris-Roubaix (1909, 1910, 1911), Lapize n'allait pas faire de vieux os. Il périt, lui aussi, durant la Première Guerre Mondiale lors d'un combat aérien avec un avion allemand. Petit-Breton, Faber, Lapize : 3 vainqueurs du tour morts pendant la Grande Guerre. Ah oui, j'oubliais une anecdote sympa : ce Tour est aussi le premier à faire une victime, Hélière. Ironie du sort, son coeur lâche pendant la journée de repos, à Nice. Ces gens n'étaient décidément pas faits pour le repos.

THE BOBBY FULLER FOUR I Fought The Law (1966)





Ah, les idées reçues...Certains demeurés croient que le rugby est un sport viril, d'autres que la bière fait grossir, j'ai même entendu hier quelqu'un me raconter que les hommes de couleur (ce n'est pas le mot qu'il avait employé) ne pouvaient pas attraper de coups de soleil...Dans le même registre, et plus grave encore, il paraîtrait qu'il existe sur cette planète des gens pour croire que l'hymne "I Fought The Law" a été écrit par Clash ou les Dead Kennedys. Les caves...Bobby Fuller, le responsable de ce brûlot, connaîtra la gloire avec ce titre en 1965. D'une modestie à toute épreuve, et ne connaissant pas le doute, il déclare immédiatement : "Ce que je fais ? C'est la même musique que les Beatles essaient de jouer, mais sans y arriver." Le pire, c'est qu'il avait quasiment raison. Bon, ceci dit, si je vous parle de ce paysan texan, vous vous doutez bien que c'est surtout parce qu'il a mal fini. Et dans le genre je-ne-meurs-pas-comme-tout-le-monde, Bobby a fait fort. En dépit de sa tête de commis charcutier à qui l'on donnerait volontiers un petit pourboire en échange d'un bon steak hâché, Bobby avait deux passions à ne pas mettre en évidence sur un CV : le LSD et surtout, surtout, les putes. L'homme n'étant pas non plus très fin - avec sa Chevrolet Impala bleu métallisé, on le voyait, paraît-il, arriver d'assez loin - le proxo d'une de ces dames de joie, un jour, pensant qu'il allait lui dérober son plus bel article, décida de lui mettre les points sur les "i". Très gentiment, ce Monsieur demanda à Bobby d'avaler un grand verre d'essence, avant bien évidemment de foutre le feu à celui qu'on annonçait, à 22 ans, comme le nouveau Buddy Holly. Bon, sinon, l'album (si vous avez bien suivi l'histoire, vous avez compris qu'il n'y a pas de deuxième album de Bobby Fuller) est vraiment somptueux, très énergique avec de magnifiques mélodies ("Julie", "Never To Be Forgotten", "Fool of Love"). Mais, honnêtement, on s'en branle, non ?

dimanche 27 juillet 2008

1909 : François FABER, premier étranger vainqueur du Tour


Et voila ce gros lard de Faber. 1,78m, 91 kgs. Faber, surnommé "le Géant de Colombes", ce qui en dit long sur les canons physiques de l'époque. Avec mon mètre 77, j'eus donc été au début du siècle une sorte de surhomme, Vincent Gosselin et son mètre 93 une véritable attraction de fête foraine, succès garanti à la Foire du Trône. Bon, attention, respect pour Faber : ce Tour 1909 est réputé comme celui aux conditions climatiques les plus rudes de l'Histoire, disputé dans sa quasi-intégralité sous la pluie et dans un froid hivernal. Notre ami Luxembourgeois y gagne 5 étapes consécutives (record toujours en cours), soit 1622 kilomètres devant, de Roubaix à Nice...Une promenade de santé comme en n'en avait pas vue depuis Pottier pour cet ancien docker, qui avait pour habitude d'emporter et donc de manger douze côtelettes par étape. Il partage aussi avec le grand Pottier une fin de vie éminemment tragique. Dès la déclaration de la première Guerre Mondiale, il s'engage dans la Légion Etrangère où il fait montre de toute sa bravoure, c'est le moins que l'on puisse dire. C'est alors qu'il ramène seul et sans arme un camarade sur ses épaules qu'il est tué le 9 mai 1915, chez nous à Carency (Pas-de-Calais, quand je dis "chez nous", ça veut dire que c'est dans le 62, et pas ailleurs). Le matin même, il venait d'apprendre la naissance de sa fille. Hard.

MINOR THREAT Minor Threat (1981)




C'est toujours la même histoire quand la chaleur estivale est de retour. Soudain j'ai envie de manger du melon et de la tomate mozzarella, de boire du panaché, de re-re-arrêter de fumer, de faire 150 bornes à vélo par jour et de regarder tranquillement Les Sous-Doués en famille. Comme une curieuse envie de choses saines, quoi. Et du coup, fort logiquement, ça me donne aussi envie d'écouter du straight edge (ou straight fucking edge, comme le disent les puristes). Et comme il vaut toujours mieux s'adresser à Dieu qu'à ses Saints, on ressort les Tables de la Loi : le Minor Threat (pour les personnes de bon goût ayant choisi allemand première langue, j'informe que l'on prononce "maïnor swét"). C'est donc sur cet album ultra-violent (je défie qui que ce soit d'écouter "Seeing Red" ou "Bottled Violence", sans être en proie à des envies immédiates de meutre) mais très très écoutable, pour ne pas dire mélodique, que figure l'hymne "Straight Edge" ("I'm a person just like you but I've got better things to do than sit around and fuck my head") et sa petite soeur encore plus explicite "Out of Step" ("I don't smoke, I don't drink, I don't fuck, at least I can fucking think"). Bon, on peut trouver ce mode de vie ascétique, ridicule et excessif (deux adjectifs au demeurant tout à fait positifs), n'empêche que ça nous change un peu du rock'n roll way of life habituel, Jack Daniel's, groupies camées et grosses panses à bière. Et puis, Ian McKaye, quel homme tout de même...Non content de vendre ses disques moins cher qu'un américain merguez de chez Christine, celui-ci s'est encore fait remarquer récemment par son intégrité. Nike ayant copié pour une de ses campagnes américaines la pochette de ce premier album incandescent (vraiment, le mot est faible), Mr McKaye fit savoir par voie de presse qu'il s'insurgeait de voir son nom associé à cette multinationale. Nike, bien sûr, proposa des dollars, que McKaye leur proposa de se carrer dans le fion. "Non, non, donnez-nous des ballons de foot, ça ira, et vous irez vous-mêmes les distribuer aux gamins de toutes les écoles de Washington. Bien sûr, vous détruisez toutes les affiches que vous avez faites". La classe.

lundi 21 juillet 2008

1908: Lucien Petit-Breton, le doublé


Pas grand chose à dire sur ce Tour 1908, je n'arrive décidément pas à accrocher au personnage Petit-Breton, décrit partout comme un coureur régulier, intelligent, méticuleux et polyvalent, c'est-à-dire la plus belle somme de qualificatifs rabat-joie jamais vue dans une phrase de langue française. Une sorte de coureur moderne avant l'heure, que ce Petit-Breton. Parfait gestionnaire, il annonce au soir de sa victoire que ce sera son dernier Tour et qu'il se consacrera désormais à son commerce de province, à l'instar du Sergent Chef Chaudard de la Septième Compagnie. Comme Greg Lemond, il couchait lui aussi avec son vélo, de peur qu'on lui fasse bobo pendant la nuit. Tellement avant-gardiste qu'il est déja soupçonné de dopage : "On a dit que je devais mes victoires à la drogue. Permettez moi de démentir ce bruit absurde", déclare-t-il à L'Auto. "L'Argentin", comme on le surnommait en raison de son passé de groom à Buenos-Aires, profitera néanmoins moins longtemps de son commerce que Pierre Mondy de sa quincaillerie de Vesoul : il périt tragiquement sur le front en 1917 des suites d'une collision entre son automobile et un cheval. Ce jour-là, l'aurait mieux fait de prendre son vélo.

MARKUS !!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!

"C'est bien beau les Sudistes qui boivent du Ricard, mais nous on a un syphon qui balle une pinte de 50cl en 4"39" (Guillaume Destombes)

Dont acte. Re-voici donc pour le plaisir des yeux, l'un des plus grands exploits sportifs de ces 10 dernières années. 2 ans déjà...

dimanche 20 juillet 2008

JOHNNY THUNDERS Hurt Me (1983)







Et dire que la jeunsesse dépravée d'aujourd'hui fantasme sur Pete Doherty et ses auto-destructions sur-médiatisées...Attention, voici le punk d'entre les punks, à faire passer Sid Vicious et Keith Richards pour les gendres parfaits. Johnny Thunders, de son vrai nom Johnny Genzale, fils d'immigrés siciliens. Guitariste des New York Dolls dès l'âge de 18 ans, leader des Heartbreakers, auteur de l'hymne "Born to(o) Lo(o)se" et bien sûr héroïnomane notoire. L'archétype du beautiful loser, ce dont il se serait probablement bien passé. Après le chef d'oeuvre "L.A.M.F" ("Like A Mother Fucker") enregistré avec ses compagnons de défonce, l'homme entame une carrière solo d'où l'on retient généralement "So Alone", magnifique mais trop propre à mon goût. Echoué sur le label parisien NEW ROSE du grand Patrick Mathé (ex-HEC, si, si), véritable cimetière de légendes en perdition (Saints, Cramps, Sky Saxon, Roky Erickson...), Johnny Tonnerre enregistre seul avec sa guitare sèche ce "Hurt Me". De sa voix presque féminine, il rend hommage à ses idoles (Stones, Dylan, Buddy Holly...) tout en livrant des compositions personnelles à se taper le cul par terre ("Ask Me No Question", "She's So Strange", "Too Much Too Soon", "Hurt Me"...). Je vais aller loin, mais j'ose : je préfère cet album aux deux albums solo de Barrett, dont il reste très proche dans l'esprit, toujours à hésiter entre folie et tendresse, quelques "fuck" savamment distillés apportant un début de réponse. Thunders est mort en 1991, officiellement d'overdose, mais son corps avait été dépouillé de ses papiers et de son argent. Je sais que certains d'entre vous aiment perdre leur temps à regarder des films, chez eux ou au cinéma, sachez que Johnny y joue son propre rôle dans un fim français de Patrick Grandperret, "Mona et Moi" (1989). Je suis prêt à faire mon retour au cinéma, dix-huit ans après, pour voir la bête de visu.

"Many people love me, many people hate me - there's nobody in between. That's the way I prefer it." (Johnny Thunders)
"I wouldn't change a thing - except my bank balance. " (Johnny Thunders)
"You can give me this, you can give me that, it's not enough" (Johnny Thunders)

X-MAL DEUTSCHLAND Fetisch (1983)



Si les Ricains n'étaient pas là, nous ne le savons que trop bien, nous serions tous en Germanie. Ce qui, on l'imagine, ne doit pas être drôle tous les jours. Une enfance bercée par les sussurements rauques de Mutti, vous déclamant au creux de l'oreille de son haleine fétide "Bruder Jacob, schläfst du noch ?" plutôt que notre Frère Jacques national (assurément un truc à faire des cauchemars jusqu'à la fin des ses jours) ; une adolescence rythmée par les exploits béhémedoublevisés d'Horst Tappert plutôt que par ceux de Jean-Claude Bouillon (ndlr :"Les Brigades du Tigre", pour ceux qui n'ont pas la télé) ; un dépucelage accompli selon toute vraisemblance en compagnie d'une blonde aux seins laiteux et bâtie comme Sébastien Chabal, la barbe en moins (quoique). Bref, beaucoup de vilaines choses à traîner toute sa vie comme un boulet. Mais ce serait aussi : 4 étoiles sur le maillot de foot (puisque nous serions une colonie, nous garderions notre titre de 1998), orgasme culinaire quotidien au petit-déjeûner grâce aux saucisses de Francfort, pardon de Frankfürt, un Michel Sardou probablement oublié puisqu'envoyé dans les mines de sel de Bochum voir si l'herbe y est plus verte. Et puis, aussi, au lieu de nous trémousser stupidement sur les paroles ineptes d'Indochine, nous aurions pu faire apprécier notre déhanché félin sur les rythmes robotiques de "Der Mussolini" de DAF. Nos grands frères nous auraient transmis en héritage le kraut rock de Can, Neu!, Popol Vuh, Ash Ra Tempel, Faust ou Amon Düül, en lieu et place des refrains pré-pubères de Téléphone ou des pantalonnades de Martin Circus. Les moustachus ne porteraient pas des débardeurs de Johnny Hallyday (dont je reconnais malgré tout qu'ils peuvent être particulièrement seyants sur certains ventres bedonnants) mais des T-shirts de Kraftwerk. Et puis, surtout, surtout, nous ne serions pas si nombreux à être passés à côté de ce groupe extraordinaire : X-Mal Deutschland. Groupe 100% féminin, signé sur le cultissime label 4AD, emmené par la grande prêtresse Anja Huwe, dont les miaulements de chatte en chaleur feraient passer Liz Fraser des Cocteau Twins (leurs collègues de label) pour une tuberculeuse moribonde. Bien entendu, il y a le chant en allemand, la langue de l'Amour comme chacun le sait, tout à fait appropriée pour dire des choses aussi guillerettes que "ta souffrance est mon plaisir" ("Deine Qual ist meine Lust") ou encore "je te frappe le visage et je ris je ris je ris" ("Ich schlage deinen Kopf und ich lache lache lache"). Et oui, la teutonne est rude.

1907 : Lucien Petit-Breton, l"Argentin"


Les historiens sont unanimes. Si Pottier n'avait pas décidé de mettre fin à ses jours en cette matinée glaciale de janvier 1907, il n'aurait fait qu'une bouchée de ce Tour qui empruntait pour la première fois le massif de la Chartreuse en passant par le terrible Col de Porte. Un coureur survola ce Tour, Emile Georget, déja vainqueur quelques semaines plus tôt de Paris-Hesdin, course désormais mythique puisqu'elle fut empruntée un siècle plus tard par les plus beaux fleurons de l'International Beer and Bike Federation. Mais Georget fut déclassé pour une sombre histoire d'emprunt de bicyclette poinçonnée, histoire probablement passionnante mais à laquelle je n'ai absolument rien compris. Bon, bref, beau Tour de merde que ce Tour 1907, remporté au final par Lucien Mazan, dit Petit-Breton, patronyme qu'il adopta, vous, l'aurez compris, ni en raison de ses origines alsaciennes, ni en raison de son grand gabarit. Jamais pu blairer les Bretons, t'façon, moi.

samedi 19 juillet 2008

1905 : Louis Trousselier, "Trou-Trou"


Le punk, c'est bien, s'agirait pas de délaisser pour autant la Grande Boucle. Retour en 1905, qui découvre pour la première fois la montagne avec le Ballon d'Alsace, que survole Pottier le magnifique. Ce Tour est surtout marqué par le "semeur de clous", une brute épaisse qui eut l'idée de génie de jeter 125 kilos de clous, savamment répartis tout au long des 650 kilomètres que constituèrent les deux premières étapes. Douze heures après que le vainqueur eût franchi la ligne, on vit encore arriver des coureurs... Personne ne sera épargné, la palme revenant au malheureux Jean-Baptiste Dortignacq, futur troisième de l'épreuve, qui creva quinze fois (!) entre Nancy et Besançon. Rappelons qu'aucune assistance n'était alors autorisée et que les coureurs devaient réparer eux-mêmes... C'est donc l'ami Trousselier qui remporta ce Tour, personnage peu connu mais éminemment fantasque : il gaspilla ses 25000 francs de gains en divers paris dans la nuit qui suivit se victoire. "Peu me chaut, je gagnerai d'autres courses", clama-t-il à la cantonnade, imbibé. Ce serait pas ça, par hasard, le panache ?

PETITE LECON D'APERO A L'ATTENTION DES GENERATIONS FUTURES



C'est le weekend, il fait chaud, le soleil donne de l'or intelligent, c'est le moment de se détendre après une semaine harrassante. Réclamée à cor et à cri, re-voici donc la video d'Eric, un collègue de l'International Ricard & Bike Federation, qui nous donne une petite leçon d'apéro, avé l'accent. Notez que comme tous les bons professionnels, il n'oublie pas de s'alimenter. Merci, jeune homme, Dieu vous bénisse.

GLOIRE A SYD BARRETT


TRIBUTE TO SYD BARRETT
Music by the Television Personalities -
"I Know Where Syd Barrett Lives" (1980)

CRASS The Feeding of The 5000 (1978)







CRASS... Groupe mythique à plus d'un titre, mais dont peux d'entre nous peuvent se targuer d'avoir réussi à écouter un de leurs albums en entier. Si un adjectif devait résumer ce collectif anglais, plus reconnu pour son attitude que pour son apport musical, ce serait : couillu. Crass refusait à ses débuts d'être payé pour jouer, puis acceptait une misère dans le but de "rendre la musique au peuple", ce que Fugazi ferait bien plus tard. Crass ne pouvait supporter d'être distribué par une maison de disque "normale", major ou indépendante : Crass sortit donc ses disques sur son propre label, Crass Records. Crass ne pouvait pas blairer Thatcher, ils furent les seuls à l'avoir attaquée frontalement, dans leur 45T "How Does It Feel To Be The Mother Of A Thousand Dead ?", véritable bombe qui fit véritablement chanceler Miss Maggie, à tel point que le sujet fut abordé à la Chambre des Communes anglaise, équivalent de notre Parlement. Les Crasseux ne respectaient rien et surtout pas les autres punks, Clash en tête, traîné dans la boue tout au long du fameux "Banned From The Roxy". Ils n'étaient pas non plus des rednecks, et refusaient l'alcool et le cannabis, créant une forme de mouvement straightedge anglais, bien évidemment très peu suivi dans un pays où la beuverie est érigée au rang d'art majeur (quel grand peuple, décidément, ces Brittons...). Toutes les références des disques de Crass se terminent par 1984, marquant un compte à rebours jusqu'à cette année fatidique, à laquelle ils avaient depuis 1978 décidés de se séparer. Et puis, bien sûr, il y a le graphisme CRASS, pompé par une quantité de groupes punks. Auto-affublés de noms ridicules (Joy de Vivre, Steve Ignorant, Penny Rimbaud, Eve Libertine...), ces gens faisaient quand même globalement une musique insupportable (attention, en réunion il convient de soutenir que CRASS, c'est absolument génial et qu'il faut vraiment être un sale connard pour ne pas apprécier cette musique d'avant-garde totalement inspirée), ce premier album, où figurent quelques tubes (hi, hi), faisant figure d'exception dans leur carrière. Néanmoins, il convient bien évidemment de tous les avoir, ne serait-ce que pour effrayer quelque collègue de passage dans votre appartement (conseil : mettre bien en évidence sur votre cheminée ou sur votre plus belle étagère "Penis Envy" et "Christ : The Album" - effet garanti) ou votre vieille mémé particulièrement collante ce jour. Vivant en communauté reclus dans sa ferme de l'Essex, Crass n'aura pas apporté que des bonnes choses à cette planète : les crusts, les punks à chiens, ces insultes permanentes au bon goût vestimentaire et à l'hygiène corporelle, c'est un peu eux, aussi. Dernière curiosité : Crass tirait ce nom génial de la chanson de David Bowie "Ziggy Stardust" ("The kids were just crass").

jeudi 17 juillet 2008

Robert Brasillach, la mort en face


Après les chroniques de disques, le Tour de France, l’apologie de la bière bue en quantité industrielle, voici les écrivains collaborationnistes. D’aucuns diront que je m’égare un peu…Robert Brasillach…Le rédacteur en chef de Je Suis Partout, l’hebdomadaire antisémite, haineux, aux idées (?) bien dégagées autour des oreilles. Mais Brasillach, c’est d’abord un magnifique poète et écrivain, facile d’accès et épris d’un romantisme adolescent et jusqu’au-boutiste. Presque punk, quoi. J’ai lu « Comme le temps passe », roman à en chialer, que son auteur décrit simplement comme « le roman de la jeunesse qui fuit et qui renaît tour à tour, en même temps que celui de deux êtres qui peuvent se chercher, se perdre, se retrouver, sans jamais cesser d’être faits l’un pour l’autre ». Il paraît que les Poèmes de Fresnes, ceux écrits pendant son emprisonnement, sont fort jolis, aussi : « je ne sais le temps qui nous reste promis, Mais qu’importe le temps quand on a des amis ». Homosexuel, Brasillach n’en était pas pour autant une lopette, et c’est lui qui se livrera à la Police, après l’arrestation de sa mère. L’histoire de cet homme brillant et décrit, y compris par De Gaulle, comme extrêmement cultivé, c’est l’histoire d’un homme qui s’est trompé en souhaitant jusqu’au bout la victoire de l’Allemagne, et qui fut exécuté à l’âge de 35 ans alors qu’il n’avait ni commis, ni commandité le moindre crime, n’était ni homme politique, ni militaire. Un homme qui s’est égaré dans une période extrêmement trouble, et que personne ne peut juger, et surtout pas nos grands-parents, ces pseudo-résistants de l’an 44. Bon sujet philosophique à discuter autour d'un verre en compagnie de Jérôme Danel : est-on coupable de mal penser ? Son procès est resté légendaire, cinq heures durant lesquelles Brasillach essaiera non pas de sauver sa tête, mais sa vérité, à coup de répliques à la fois percutantes et poètiques : "nous sommes quelques Français de réflexion à avoir couché avec l'Allemagne et le souvenir nous en restera doux." A l’heure du verdict, entendant l’annonce de la peine capitale, une voix anonyme s’élève du public «c’est une honte ». Et Brasillach de répondre : « non, c’est un honneur ». En dépit d’une pétition signée par des gens tels que Camus, Mauriac, Claudel, Colette, Valéry, le Général tint bon, argumentant ainsi en toute décontraction : « S’il a été fusillé, c’est que lui, j’estimais le devoir à la France. Cela ne s’explique pas. » Un peu glauque, cet article, non ? Non.
« L’histoire est écrite par les vainqueurs » (Robert Brasillach)

mercredi 16 juillet 2008

GERMS (GI)


Tout le monde ici connaît l'histoire de Darby Crash, non ? Je vous la raconte quand même. Sorte de Sid Vicious californien, en plus autodestructeur (si,si, c'est possible), l'animal eut rapidement l'intention de mettre fin à ses jours laborieux. Convaincu qu'il vaut mieux être une légende morte qu'un vivant anonyme, ce qui tout bien réfléchi n'est pas si idiot, il décida donc de programmer son suicide et en avertit les journaux locaux. L'homme étant du genre à tenir ses engagements, il périt donc d'overdose le 7 décembre 1980, à l'âge canonique de 22 ans. Darby allait donc devenir une star. Mais non, un débile mental eut l'idée géniale de flinguer John Lennon le même jour, ce qui on s'en doute, fit passer la mort de Darby au second plan. Il rejoignait ainsi au paradis des losers son frère ainé, lui aussi mort d'overdose, non programmée celle-ci. Les autres Germs n'étaient pas des baltringues non plus : Pat Smear, le futur Nirvana, en fut le guitariste, et on pourrait ainsi facilement établir le raccourci qu'il est mauvais pour un chanteur d'avoir Pat Smear à ses côtés...Musicalement, si l'on peut dire, les Microbes proposent du punk ultra sauvage (je n'ai pas dit du hardcore, nous sommes en 1979 mes roudoudous), braillé par un chanteur surexcité, vomissant des textes incompréhensibles y compris par les anglophiles accomplis. Génial, quoi. "Media Blitz", "Let's Pretend", "Communist Eyes", "Lexicon Devil" et surtout "Forming" sont des classiques impérissables du punk US. Pour les trisomiques appréciant les disques live pendant lesquels le chanteur passe la moitié de son temps à insulter le public, je recommande également vivement le "Live at the Whisky". Je rembourse les éventuels déçus.
"We must bleed we must bleed we must bleed" (We Must Bleed, Germs)

1906 : René Pottier, le suicidé


Le Tour 1905 de Trousselier attendra. Car voici l’Homme. René Pottier. L’idole du Sergent Champy. Le premier grimpeur de l’Histoire du Tour. Un cador, un surhomme comme notre époque édulcorée ne peut plus en produire. Celui qui franchît en tête le tout premier col, le Ballon d’Alsace, à vingt kilomètres heures de moyenne, sur une monture dont même ma grand-mère, pourtant peu à cheval sur l’esthétisme, ne voudrait pas pour aller chercher le pain. Et avec ça, toujours élégant, le René. Petit bonnet blanc de pâtissier et moustache finement ciselée, à en faire blêmir le Commissaire Valentin. Programmé pour gagner une kyrielle de ce qu’on n’appelait pas encore La Grande Boucle, il devra se contenter de celui-là, ce petit Tour de 4500 kilomètres, 76 partants, 14 classés…Car Néné, dur au mal sur son vélocipède, avait le cœur fragile. Brisé par un chagrin d’amour, il se pendit l’année suivante, dans son garage, au crochet où il suspendait jusqu’alors son vélo. Il était plus facile pour lui de franchir les montagnes que de surmonter une peine amoureuse. Une stèle porte son nom, au sommet du Ballon d’Alsace évidemment, et voici bien à ma connaissance la seule et unique raison d’aller foutre les pieds dans l’Est de la France. J’en entends encore une me raconter, pas plus tard que la semaine dernière, que les cyclistes ne sont que des bourrins, avec des QI de garçons coiffeurs et des regards de bovins…La prochaine fois, je la gifle. On ne traite pas ainsi impunément René Pottier, ce Ian Curtis du vélo.

1904 : Henri Cornet, plus jeune vainqueur de l'Histoire du Tour


Non, non, je ne compte pas m'arrêter là. Vous allez tous les avoir, tous les Tours, même les plus pourris, ceux de Thierry Lance Armstrong comme celui de Pink Floyd Landis. Celui-là, les ancêtres sont unanimes, c'est bel et bien le plus étrange de l’Histoire. Indéniablement en tout cas celui disputé dans l’ambiance la plus exécrable. A Nîmes et Saint-Etienne, les spectateurs avinés ne trouvent rien de mieux que d’agresser physiquement les coureurs afin de favoriser leurs protégés. Certains coureurs, légitimement éreintés par cette boucherie organisée, fraudent en prenant le train ! Faut dire que certains d'entre eux n'étaient pas de toute première fraîcheur, l'illustre Henri Paret affichant même 50 balais au compteur. A l’arrivée, c’est Maurice Garin qui remporte le Tour et qui croit donc avoir fait le doublé. Mais quelques mois plus tard, l’ancêtre de la Fédération Française de Cyclisme (l’Union Vélocipédique de France, toujours intéressant à replacer lors d'un apéro), disqualifie les 4 premiers et déclare vainqueur sur tapis vert un illustre inconnu, qui le restera d’ailleurs toute sa vie : Henri Cornet, petit jeunot de 19 ans. L’UVF, alors, ne joue pas à la dînette puisque Lucien Pothier (à ne pas confondre avec le légendaire René Pottier dont on reparlera bientôt), l’un de ceux qui préférait la voie ferrée à la bicyclette, est suspendu à vie…Henri Desgrange, le mythique organisateur, jure que l'on ne l'y reprendra plus et que ce Tour sera le dernier. Loin d'être un idiot, il reviendra bien sûr sur sa décision. Pour la petite histoire, sachez que notre fameux Riton Cornet était natif de Desvres. Nous pouvons donc le clamer haut et fort : les deux premiers vainqueurs du Tour sont des 62.

lundi 14 juillet 2008

1903 : Maurice Garin, le "bouledogue blanc"



Quand on passe une partie de son weekend avec Anthony Ferla, forcément ça donne envie de parler vélo. Commençons donc par le commencement avec le premier Tour, remporté par le Lensois Maurice Garin, italien naturalisé français en 1901. Rien de tel que des chiffres pour apprécier la performance incroyable de ces forçats : 6 étapes (dont 4 de plus de 400 kms, genre Paris-Lyon, Marseille-Toulouse, Nantes-Paris...), certaines durant plus de 18 heures, 5 départs de nuit sur 6, 26 km/h de moyenne quand même, le vingtième du clasement général final pointé à 62 h (!) du vainqueur...Et caetera, et caetera. Point intéressant du réglement : "l'épreuve se court sans entraîneurs, ni soigneurs d'aucune sorte, ni suiveurs". Bon, certains hésitent encore à faire Paris-Nice ?

Garden Party du 14 juillet : bière à foison et idées en pagaille





Rendez-vous désormais incontournable dans la saison IBBF, la Garden Party saint-loupoise, une fois encore n'a pas déçu. C'est entouré de charmantes créatures que nous avons festoyé et ripaillé, savourant la désormais célèbre salade de pâtes au pesto. Jean-Emile, le redoutable voisin de nos hôtes d'un soir, nous fit profiter de sa gouaille légendaire, mais plus étonnant, de sa large culture générale. Nous savons désormais que le tric trac est l'ancêtre du jacquet, mais également qu'une cavité buccale n'est autre qu'une bouche. Nos cavités, elles, ont été mises à rude contribution, il en effet bon de rappeler à certains rabats-joie qu'un fût de 50 litres est l'équivalent de 8 packs de 24. D'autant que l'absence du syphon MAM nous a de toute évidence largement pénalisé. La traditionnelle partie de football sur terrain en pente fut aussi l'occasion pour Anthony Ferla de rappeler qu'il était l'un des joueurs les plus doués de sa génération. Nous sommes également aujourd'hui en mesure d'annoncer que l'IBBF renaîtra officiellement de ses cendres en septembre, une course en Ile-de-France est d'ores et déjà en préparation. Et que dire de ce projet pour l'été 2009 : Paris-Nice à vélo, accompagnés des filles que nous nous engageons à loger dans des sites classés, avec réfrigérateurs bondés et piscines à bulles. Cool, non ?

samedi 12 juillet 2008

LES CORONADOS N'Importe Quoi (1982)


Bon, nous sommes d'accord : le rock français, c'est comme le cinéma allemand ou la gastronomie anglaise. Une hérésie. A t-on idée de chanter le flamenco en serbo-croate ? L'opéra en portugais ? Mais, voila, de temps en temps, en fouillant sous la vase, on découvre une ou deux pépites. Et même, parfois un chef d'oeuvre absolu. Le grand, grand truc des Coronados, c'était la voix du chanteur : un peu comme si Johnny Rotten ou Liam Gallagher essayaient de prendre des intonations à la Daniel Darc. Un mélange d'agressivité et de dandysme très étrange et assez unique. La musique ? Du garage, pur et dur. En somme, les Coronados, c'était les Dogs en mille fois mieux, ce qui n'est pas peu dire. Les Coronados, aussi, n'étaient pas des blaireaux, ils s'étaient rencontrés en Maths Sup, moi j'aime assez les gens qui ont fait des études. Didier Wampas, qui lui aussi est un homme hautement respectable, ne rate jamais une occasion de rappeler à qui veut bien l'entendre qu'il s'est mis au rock'n roll après avoir vu un concert dantesque des Coronados, qui sur scène étaient parait-il d'une sauvagerie inégalée. Mais aucune trace, même sur youtube, de leurs exploits. Par contre, mon épouse me signale que leurs deux albums ont été réédités en CD, accompagnés des mythiques premiers 45T. Comment ça c'est difficile à trouver ? Mais le bonheur, ça se mérite, Madame.
"Plus rien ne l'attire, tout le monde le sait, j'ai tout mon temps pour la voir changer. Bientôt mon tour, bientôt mon jour, juste retour." (Revanche, les Coronados)

mercredi 2 juillet 2008

GUN CLUB Miami (1982)


Jeffrey Lee Pierce avait du sang indien. Jeffrey Lee Pierce était président du fan club de Blondie. Jeffrey Lee Pierce était beau comme un Dieu. A la fin de sa vie, il déclarait dans un éclair de lucidité : "quand j'étais jeune, je ressemblais à Marlon Brando jeune. Maintenant que je suis vieux, je ressemble à Marlon Brando vieux". Sauf que Jeffrey Lee Pierce est mort à 38 ans. Le premier album, "The Fire of Love", est rempli de chansons d'amour punk, mélange des Cramps et de Buddy Holly, hurlées de sa voix de dément ("She's Like Heroin to Me", "For the Love of Ivy") et mériterait à lui seul une entrée au Larousse (en lieu et place de certaines grosses burnes francophones, Georges Brassens, Charles Trénet ou encore Jacques Brel). Mais, alors "Miami"...Ballades pour rouler en 4X4 ("Watermelon Man"), chansons pour tuer sa maman ("Sleeping in Blood City"), pour étriper l'amant de sa femme ("Bad Indian"), et toujours dans une ambiance de vaudou des marécages. Bertrand Cantat, grand chanteur, reconnaissait avoir tout piqué au style vocal de notre illuminé. Sauf que Jeffrey Lee ne s'appelait pas Bertrand, mais Jeffrey Lee. Sauf que Jeffrey Lee ne tombait jamais dans les rimes barbeliviennes ni les jeux de mots pourris à la Gainsbourg. Non, il n'y allait pas par 4 chemins : "je vais creuser ma propre tombe et je tuerai tous ceux qui m'ont fait du mal, je vais m'acheter un gun aussi long que mon bras et je les mettrai dedans". Et puis, Jeffrey n'a pas fait de mal à machin bidule Trintignant : il est mort de cirrhose du foie, témoignage non pas d'un laisser-aller, mais plutôt expression d'une formidable envie de vivre étrangère à trop de nos zombies de congénères. Pochette sublime, disque parfait, celui que j'écoute le plus souvent. Vais boire une chope.

GARAGE, SWEET GARAGE

Encore des affreux garagistes...