mardi 30 décembre 2008

1924 : Ottavio Bottecchia, le maçon du Frioul


Bottecchia est un mythe. Une légende, peut-être pas à la hauteur de celle de son illustre compatriote Fausto Coppi, mais en tout cas le premier coureur dont la fulgurance de la carrière épousa la tragédie que fut sa vie. Totalement inconnu, y compris dans son pays, lorsqu'il prit le départ du Tour 1923, Ottavio mit rapidement les choses au point en terminant deuxième de son premièr Tour. Un scepticisme largement basé sur le délit de sale gueule, son allure de paysan aux oreilles paraboliques ne laissant que peu de place au glamour. Les gens auraient pourtant du se méfier, car la taille de son nez et de ses oreilles n'avaient d'égales que la grosseur de ses parties génitales : réquisitionné pour combattre à la frontière autrichienne pendant la Grande Guerre, trois fois il fut fait prisonier, trois fois il s'échappa, les trois fois...à vélo ! Le vélo, un ustensile qu'il considère avant tout comme un simple moyen de locomotion et surtout pas la possibilité d'en faire un métier. De retour dans son Frioul natal (Nord-Est de Venise, pour les déficients en géographie), il s'épanouira donc dans la maçonnerie dont viendront l'extirper ces génies - on ne le dira jamais assez -, les frères Pélissier. Et en 1924, c'est le carnage. Bottecchia ne laisse rien à personne, il se promène dans les Pyrénées et chante en pédalant dans les Alpes. Il réalise une performance jusqu'alors inégalée, prendre le maillot jaune dès la première étape et ne plus le lâcher. Notre roi de la truelle met un point d'honneur à gagner la première et la dernière étape, reléguant le second au classement général final à 35' et le troisième à 1h35', atomisant tous ses autres adversaires dont Pélissier qui nous refait le coup du complot ("ce que nous ne ferions pas faire à des mulets, nous le faisons", "un jour viendra où l'on nous metttra du plomb dans les poches parce qu'on trouvera que Dieu a fait l'homme trop léger"). Si la richesse d'une vie fait de vous un homme respecté et admiré, seule la mort a le pouvoir de bâtir une légende : si Bottecchia était mort en maison de retraite ou d'un arrêt cardiaque en descendant ses poubelles, nul doute que beaucoup l'auraient oublié. Le 3 juin 1927, on le retrouve la tête en sang au bord de la route, il mourra douze jours plus tard. Une mort à l'âge de 33 ans, jamais élucidée qui laissera la place à de multiples théories : chute, malaise, assasinat des fascistes, de la famille assurée de toucher un agréable héritage, un paysan avouera même des années plus tard l'avoir assassiné parce qu'il était en train de lui voler du raisin. Ottavio n'avait de toute façon plus le coeur à rouler, en proie à de mystérieux tourments intérieurs, ce que le monde moderne appelle la dépression. Pour le reste, Ottavio, tout formidable coureur qu'il fût, est considéré par certains salisseurs de mémoire comme le précureur des coureurs modernes, de ceux qui sacrifient tout pour le Tour de France (Lemond, Indurain, Armstrong, ce genre de pourritures). Mieux vaut ne pas les écouter, la vérité est toujours plus moche que la légende.

1923 : Henri Pélissier, enfin la France


La France attendait ça depuis 1912, une éternité, les gens devenaient fous, le Belge était devenu l'objet de tous les ressentiments, on en oubliait presque les Boches et le Chemin des Dames. Que devrions-nous penser, nous qui jouions encore aux Playmobil et découvrions les prémices du développement de notre pilosité pubienne lors de la dernière victoire du Blaireau, en 1985 ? Mais bon, en ce temps-là, la France avait de vrais champions (Alavoine, Christophe, Barthélémy, les Pélissier) qui avaient surtout joué de malchance depuis 10 ans. Là où une victoire dans le Tour de Sylvain Chavanel relève de la science-fiction la plus folle (à moins d'une gigantesque pendémie mondiale épargnant uniquement le département de la Vienne), nos arrières grands-pères étaient eux légitimement en droit d'espérer. Ce Tour fut difficile : 15 étapes, la plus courte de 260 kms, la plus longue de 482 kms (Les Sables d'Olonne-Bayonne, vous imaginez ?). Pélissier, je vous en ai déja parlé, c'était ce grand homme qui traitait publiquement ses collègues de (Daniel) percherons, qui insultait Henri Desgrange et qui finira assassiné par une mijaurée qui n'aimait pas les armes blanches qu'aimait à manier Riton. Henri Desgrange ne pouvait pas le blairer non plus cet homme nonchalant, arrogant et stylé, aux jambes de lévrier et à la langue de vipère. Irrité par ses abandons répétés lors des Tours précédents, irrité aussi par ses justifications ultra prétentieuses ("j'ai de l'argent et une situation qui me dispensent d'entreprendre des tâches aussi lourdes", déclare-t-il après son abandon lors du Tour 1920), Desgrange est catégorique : "le Tour de France lui est, non pas musculairement mais moralement, interdit, et puis quelle nervosité de jolie femme !" C'est peut-être de se faire traiter ainsi de tapette qui a motivé Pélissier, lui qui remporta tout de même deux fois Paris-Roubaix. Il décida donc de survoler les Alpes, l'étape du Galibier restant un moment fort de l'histoire du Tour, lorsqu'il franchit la ligne d'arrivée main dans la main avec son frère, Francis, fidèle compagnon d'arme. Accueilli au Parc des Princes par une foule hystérique, il désigna avec l'intelligence qui le caractérisait son successeur, son coéquipier, tout comme Franck Ribéry maçon de formation : Ottavio Bottecchia.

dimanche 28 décembre 2008

Q 65 Revolution (1966)


Comme souvent, ne pas se fier à la pochette. Les troubadours grassouillets et barbichus qui posent si fièrement, vestes de velours et lunettes Darry Cowl en avant, sont responsables d'une des musiques les plus rigoureusement obscènes et violentes de toutes les sixties. De vrais malades, originaires non pas de Londres, du Texas ou de l'Ohio, mais de l'autre pays du fromage : les Pays-Bas. Heureusement, contrairement à leurs collègues garagistes brésiliens Os Mutantes, ils avaient la bonne idée de ne pas chanter dans leur horrible langue natale, cet abscons et nauséeux mélange d'allemand et de chti. A l'heure où Wouter Otto Levenbach alias Dave (a-ton idée de prendre un pseudo quand on a un nom aussi génial ?) préparait son premier concours de l'Eurovision avec sa délicieuse ritournelle "Niets Gaat Zo Snel", ces gros bataves décidaient de faire du Pretty Things, en plus violent. Si un jour vous vous retrouviez par le plus grand des hasards à tenter d'expliquer à un Inuit ou à un Martien ce qu'est le garage, voici la réponse la plus adaptée : "I Got Nightmares". Plus encore que "Pushin' Too Hard", "Psycho" ou "Rosalyn", 2 minutes 28 secondes de totale sauvagerie. Une véritable tornade, un tsunami que les Indonésiens ne peuvent que se réjouir d'avoir évité. Il faut l'entendre pour le croire, vraiment, cette intro dévastatrice, la voix hargneuse de Willem Bieler ponctuant chacune de ses phrases de "aaaaaarrrrrgggggghhh", tout ici ne donne qu'une envie : casser tout ce qui se trouve à portée de pied ou de main. Auparavant ces vilains pas beaux du tout avaient enregistré un 45 tours aujourd'hui introuvable, le paraît-il très teigneux "You're the Victor" (hommage à Victor Lanoux ? Victor Pecci ? no one knows). Si le reste de l'album n'atteint pas toujours ce sommet de bestialité (au pays du fromage, on a aussi tendance à se droguer), si l'on a droit à une 2000ème reprise du "I'm a Man" de Bo Diddley, "The Life I Live", "Summerthoughts in a Field of Weed" ou "Down at the Bottom" valent leur pesant de Seeds ou de Sonics. Pas de video d'eux sur Youtube, juste des covers ou des concerts de reformation que je me refuse à voir. Déjà qu'ils étaient gras en 66...

Gregory ISAACS Cool Ruler (1978)


En général, je n'aime pas trop le reggae. Trop lent, trop mou, trop de cuivres à la con, trop black quoi. Mais il faut parfois savoir forcer sa nature, ce n'est pas parce qu'on n'aime pas le surimi qu'on n'aime pas les fruits de mer. Gregory Isaacs est un cas. L'homme est un vrai badboy, il a expérimenté les prisons jamaïcaines pour détention d'armes à feu, de cocaïne, détournement d'argent de temps en temps. Plus fort que Charles Pasqua et Patrick Balkany réunis, Mr Gregory a aussi une bien plus jolie voix que le premier et plus d'élégance que le second. Surnommé Hitler - ça commence à faire beaucoup - en raison de son comportement plus qu'autoritaire avec les musiciens, il ne dédaigne pas non plus, à l'instar du Sergent Champy, s'adonner à une autre de ses passions : la strangulation. Superstar du reggae, chacun de ses concerts déclenche inévitablement des inondations dans les petites culottes jamaïcaines, certains racontent même avoir été témoins visuels et olfactifs de rivières de cyprine déferlant des Blue Mountains, provoquant dans les années soixante-dix les plus grandes crues que les Caraïbes aient connues. Car Gregory Isaacs est un lover, une sorte de Léonard Cohen antillais, si l'on peut dire. Voix suave et nonchalante, jamais forcée, un peu à la manière de Sam Cooke, l'homme nous raconte tout au long de cet album sublime des histoires de rateaux et de rendez-vous manqués. Jamais infecté par les cuivres dégoulinants bobmarleysques, son rock steady est ultra dépouillé, tout juste martelé par la rythmique implaquable de Sly & Robbie et un orgue vraiment dégoulinant, lui. La face A est carrément à tomber et devant l'enchaînement "Native Woman" / "John Public" / "Party In The Slum" / "Uncle Joe", les gens sensibles risqueront à tout moment l'accident vasculaire cérébral. Remède imparable aux troubles de l'érection et à la sécheresse vaginale, ce disque donne envie d'acheter tous les albums de sa discographie plus que pléthorique, l'homme étant capable d'enregistrer 6 albums en deux ans. Enfin de la musique qui donne envie de se trémousser, et pas seulement pour accéder au bar. Quand j'y repense, les gloussements "woooo-ahhhhhh-ahhhhhhh" sur "John Public"....Gregory Isaacs, sex toy de l'année 2009.

dimanche 21 décembre 2008

1922 : Firmin Lambot, le doublé


Lambot a remporté le tour le plus difficile de l'Histoire, celui de 1919 : 5560 kilomètres, le froid, la neige, l'après-guerre, les routes pourries, onze rescapés, une vraie boucherie. Lambot est toujours le plus vieux vainqueur d'un Tour de France a 36 ans et 4 mois, c'est-à-dire à quelques jours près l'âge de Vincent Gosselin (c'est tout de suite plus parlant). Lambot était le genre de mec, qui en guise de vacances, à 60 balais passés, décidait de (re)faire le Tour de France, en tandem avec sa femme. Et tout le monde s'en branle. Pas plus tard qu'avant-hier soir, j'ai encore du supporter de la part de certains de mes compatriotes l'apologie du rugby, ce sport si fin qui dessine des corps si parfaits, son état d'esprit hors du commun, ce sens du dévouement et de l'abnégation quand bien même personne n'a encore rien compris aux rêgles de ce jeu (?) étrange. Bref, là où le monde entier semble y voir une version moderne de la mythologie grecque, moi désolé je persiste à n'y déceler qu'un empilement de gros lards aux oreilles décollées. Conseil aux célibataires : pour épater la femme de votre vie, un bon gros plaquage vaudra toujours mieux que faire Paris-Moscou-Paris à vélo, c'est maintenant pour moi l'évidence. Constat aussi triste que cruel : de même qu'il y aura toujours des gens pour retourner à la Koenigsbier après avoir goûté à la Leffe de Noël, il y aura aussi toujours des gens insensibles à la beauté de la bicyclette, cette activité "où toutes les fonctions naturelles, hormis la reproduction sont appelées à jouer un rôle", comme le disait Antoine Blondin. Grand homme ce Blondin, surdoué de l'écriture comme de la bouteille, qui disait avec tout autant de clairvoyance : "toutes les femmes sont fatales, on commence par leur devoir la vie, elles finissent par causer notre perte". Ceci dit, pour revenir au Tour 1922, Lambot n'était pas très glamour : un Belge méticuleux et rigoureux, même si c'est tout de même moins rare qu'un informaticien rigolo, on ne comprend pas bien, ça fait un peu tâche, quoi. Le grand homme de l'époque, que l'on ne s'y trompe pas, c'était Jean Alavoine. Un roubaisien montagnard qui gagnera cette année-là les trois étapes des Pyrénées, mais pas le Tour par la faute de 46 crevaisons, 15 sauts de chaîne et le Galibier gravi sous les trombes d'eau. Un truc à décourager le plus vaillant des rugbymen, mais assurément insuffisant pour convaincre une admiratrice des Barbarians. Alavoine, qui mourra sur son vélo, à l'âge de 55 ans, lors d'une compétition de vétérans, comme ça pour le fun. Il en faut de l'alcool, pour supporter certaines conversations, croyez-moi. A vous donner envie de rétablir la peine de mort sur-le-champ.

samedi 13 décembre 2008

HARMONIA Deluxe (1975)


Redde Caesari quae sunt Caesaris. L'homme qui m'a initié, non pas à la sexualité mais au Krautrock ("le rock choucroute"), n'est ni Julian Cope ni Horst Hrubesch, mais un intermittent du spectacle, de ces privilégiés au statut totalement scandaleux (je fais semblant de travailler pendant 3 mois, je suis indemnisé pendant 8 mois). Son nom, je n'ai pas peur de le réveler à la face du monde, il a d'ailleurs déjà été cité sur ce blog : Marc-Antoine Mulliez, sénégalais d'adoption. En place pour la présentation des équipes : numéro 1, Michael Rother (ex-Neu!) ; numéro 2, Hans-Joachim Roedelius (ex-Cluster) ; numéro 3 : Dieter Moebius (ex-Cluster) ; numéro 4 : Mani Neumeier (ex-Guru Guru). La crème de la crème de la Kosmische Musik, cette géniale musique créée à la fin des années 60 et au début des années 70 par les fils et petits-fils de nazis. J'aime beaucoup Amon Duul II, je vénére Neu ! et j'entre en transes quand j'écoute Can, mais quand j'entends Harmonia, je vois carrément la Vierge. Attention, à première vue ou plutôt à première écoute, cette musique d'ascenseur peut faire penser à Jean-Michel Jarre. Mais Jean-Michel, il a pour moi un triple problème : il s'appelle Jean-Michel (et non Hans-Michael), il est né à Lyon (et pas à Düsseldorf) et il a épousé cette pouf d'Anne Parillaud (c'est pas moi qui l'ait forcé). Parce qu'il faut être honnête, Jean-Michel Jarre, c'est largement aussi génial que Tangerine Dream : Equinoxe, j'ai forcément un peu honte de l'avouer, ça me fout autant la chair de poule que Les Corons repris par le Kop de Bollaert (on arrête de rire quand je parle de Saint-Felix). De la musique qui vous donne envie de vous regarder dans votre glace de salle de bains avec des lunettes de soleil en vous imaginant qu'on vient de vous décerner un Prix Nobel. Et puis JMJ n'est pas un neuneu : l'homme a été formé par Pierre Henry et Stockhausen, a écrit les paroles des Mots Bleus et de Senorita (de Où sont les femmes ? de Patrick Juvet, aussi), a couché avec la viscontienne Charlotte Rampling pendant 20 ans, sans compter que son papa a écrit la musique de Lawrence d'Arabie et de Docteur Jivago. Tout le monde ne peut pas en dire autant. J'ose : Jean-Michel Jarre est l'inventeur du krautrock français. C'est un mouvement un peu compliqué du reste, ce rock allemand : entre les adeptes des longues plages atmosphériques (Tangerine Dream), les folkeux acides (Popol Vuh, Ash Ra Tempel), les robotiques (Neu !, La Düsseldorf, Kraftwerk), les fous furieux (Amon Duul II), les inclassables (Can, Faust), pas facile de s'y retrouver. Harmonia est à ranger clairement dans la catégorie des robotiques, le terme exact à employer si l'on veut vraiment faire le malin étant Motorik. Une musique incomparable, psychédélique, à la fois apaisante et répétitive, mais bizarrement plutôt joyeuse. Comme sur le premier morceau, le phénoménal Immer Wieder, où l'on a le curieux sentiment d'entendre des zombies heureux de reprendre en choeur les seules paroles de l'album "Immer wieder rauf und runter, einmal drauf und einmal drunter, immer wieder hun und her, kreuz und quer mal leicht mal schwer". Le tout sur fond de synthéthiseurs préhistoriques, accompagné des guitares agressives de Rother et d'une batterie métronomique. Une musique jamais ennuyeuse, comme pourrait le laisser craindre la longueur de certains morceaux, jamais préténtieuse non plus. Bref, le krautrock n'est pas une musique élitiste d'intellos, le verso de la pochette ultra débilos démontrant même qu'en Allemagne aussi on sait rigoler : on n'est pas chez Yes, Genesis ou Led Zeppelin. Et sur ce disque, l'un de mes morceaux préférés de tous les temps, tous styles confondus : Notre Dame, véritable cathédrale du krautrock, le morceau que j'exige dès aujourd'hui que l'on passe à mon enterrement. Un album sublime, méconnu, qui constitue peut être la meilleure clé d'entrée pour ce mouvement aussi fascinant qu'accessible. A mettre bien en évidence sur la cheminée du salon, à côté des chefs d'oeuvre insurpassables du plus grand groupe allemand du monde : Can.

1921 : Léon Scieur, la Locomotive de Namur


La Grande Guerre est finie depuis trois ans, l'état des routes s'est arrangé, Henri Desgrange constate même avec étonnement qu'Armentières et Bailleul commencent à ressembler à des villes. C'est dire si ça s'est amélioré. Les Belges raflent tout depuis 1912 mais cette année le favori est français : Honoré Barthélémy. Détail non négligeable, l'homme prend le départ cette année alourdi d'un oeil de verre, conséquence d'une chute à Aix-en-Provence l'année précédente qui le vit voir d'un peu trop près un silex bien pointu. Ce qui ne l'empêcha pas de terminer premier français du Tour 1920, en parcourant les 2000 kilomètres restants le guidon retourné (son dos étant également bousillé), et borgne donc. Poursuivi par les silex, l'homme ne remportera bien évidemment jamais le Tour, réalisant en 1921 sa meilleure performance (3ème, pas si mal pour un Cotorep) malgré onze crevaisons. C'est donc encore un Belge, Léon Scieur, qui va en profiter. Il ne faut pas généraliser : tous les Belges ne sont pas des cannibales ni des pédophiles, Léon est même plutôt un brave, à ranger dans la catégorie chevaux de trait. Les Scieur n'étant pas non plus les Rotschild, Léon se paie son premier vélo à 22 ans, l'âge auquel la plupart d'entre nous ont abandonné une carrière cycliste parfois prometteuse. Et puis comme Papa et Maman Scieur (pleure pas bébé Bonheur) ont tendance à tiser un peu, petit Léon fait de la bicyclette en cachette, ce qui n'est pas sans nous rappeler l'histoire de l'enfant de putain numéro 2 (tout le monde connaît le numéro 1), Floyd Landis. Scieur avait un mental de Viet Cong , il fera notamment partie des 10 rescapés de l'horrible Tour 1919 mais aussi une force de Cosaque : après sa retraite, il embrassa la passionnante carrière de marchand de charbons où, plus fort que Jean Gabin dans La Bête Humaine, il avait pour habitude de décharger 80 tonnes de charbon par jour (à la pelle). On a le droit d'y croire. C'est lors de l'étape Metz-Dunkerque qu'il construisit sa légende, où il dut 300 kilomètres durant transporter sur le dos sa roue arrière brisée après avoir changé de matériel (c'était la règle : on devait ramener à l'arrivée la preuve de l'élément brisé, sinon c'est trop facile ). Les dents du pignon lui lacérèrent le dos, il en garda paraît-il des séquelles jusqu'à sa mort en 1969. Si ce Tour 1921 fut comme son prédecesseur peu animé, il convient de ne pas banaliser les exploits de ces "Forçats de la Route", comme les appelaient le grand Albert Londres : l'étape Cherbourg-Brest par exemple faisait 406 kms - il y en avait des plus longues -, le départ en était donné à 2 heures du matin, le dernier coureur arriverait à 23h30... Bref, à cette époque, c'était l'Iron Man tous les jours. Et dire que pendant que vous lisez cet article, on nous bassine avec le Vendée Globe, ces petits bateaux qui vont sur l'eau et tout ça...

vendredi 12 décembre 2008

THE CREATION We Are Paintermen (1967)



Attention, photo réalisée sans trucage ni l’aide de Marcel Béliveau. Je suis bien l’heureux possesseur de « We Are Paintermen » de Creation, en vinyle. Selon un recensement récent, nous serions même 74 en France (trois de moins de 40 ans) à détenir les deux uniques albums originaux allemands de ce cultissime groupe mod. Une sorte de Graal du collectionneur, le Golgotha de la rareté sixties, un truc paraît-il à gâcher les nuits de Vincent Palmer ou du grand Nicolas Ungemuth, à en rendre Marc-Antoine Mulliez méchant. Après l’avoir trouvé la vie semble s’arrêter. Certes l’état n’est pas nickel - le teuton n’étant pas si soigneux qu’on le dit -, son précédent propriétaire ayant eu la prodigieuse idée d’écrire au Bic avec ses sales pattes de sale Schleu sur le verso de la pochette, sans oublier de la saupoudrer çà et là de tâches de gras. Tant pis. On le sait, pendant les années 60, dans la perfide Albion, le niveau était relevé : une Ligue des Champions très dense (Beatles, Rolling Stones, Kinks, Who et surtout les terrifiants Pretty Things) et une Ligue 1 presque du même tonneau (Troggs, Animals, Small Faces, Yardbirds, Zombies…). Les Creation, eux, étaient les leaders de la Ligue 2, ce qui n’est pas si mal et les place de facto et ad vitam aeternam (ça plait toujours les locutions latines) beaucoup plus haut que Radiohead et Coldplay. C’est un des mystères de l’Histoire du Rock, on ne sait pas bien pourquoi les Creation n’ont pas enregistré d’album dans leur pays. Que la France n’ait pas voulu d’eux n’est guère surprenant (le niveau était très relevé en France aussi avec Richard Anthony, les Chaussettes Noires et Danyel Gérard), mais que pour seules terres d’asile ils n’aient trouvé que l’Allemagne et la Suède donne un peu envie de régurgiter. D’autant que, chose rare pour des Anglais, ces gugusses n’étaient pas si laids, ils étaient même plutôt beaux et fort élégants, si tant est que l’on apprécie les chemises à jabot et les coiffures de Playmobil. Nettement moins affreux par exemple que les Who, dont ils étaient très proches musicalement. Ils échoueront donc chez Hit-ton, curieux label de Francfort - où contrairement aux idées reçues on ne fait pas que des saucisses -, qui n’hésite pas à éditer à la fois les Kinks, des chants bavarois et des valses viennoises (avec de délicieuses teutonnes aux seins lourds légèrement dévêtues en couve, histoire d’attirer le masturbateur de moins de 50 ans, cette catégorie socio-professionnelle à ne pas négliger). Quand on parle de Creation, on évoque systématiquement son guitariste Eddie Philips, le premier humain à avoir joué de la guitare en utilisant un archet, des siècles donc avant l’ésotérique Jimmy Page. La video jointe le montre d’ailleurs en pleine action. Un drôle d’idée, aussi naturelle que jouer d’un violon avec un médiator ou manger du riz basmati avec des baguettes. Les Creation aimaient donc bien faire les malins, avec des slogans aussi prétentieux qu'incompréhensibles du genre « our music is red with purple flashes »... Ce qu’il faut surtout retenir de Creation à vrai dire, c’est ce terrifiant morceau, l’un des plus grands singles des sixties, du niveau de "My Generation" ou "Wild Thing", repris plus tard par les immenses Television Personalities : « Making Time ». Son intro bestiale et la voix hargneuse de Kenny Pickett, aucun lien de parenté avec le chauffard Nelson Piquet ni même avec Wilson Pickett. Une vraie tuerie, entourée sur cet album par d’autres étranges morceaux comme le sauvagement psyché « Through My Eyes », mais aussi par d'inévitables bouses dont les groupes sixties étaient coutumiers (une énième reprise d'"Hey Joe" et de "Like A Rolling Stone", ça intéresse quelqu'un ?). Est-ce donc raisonnable de dépenser une centaine d’euros pour acquérir cet album ? Definitely. Les Creation connaîtront la gloire dans les seventies lorsque les crépus Boney M reprendront « Painter Man », puis lorsqu’Alan McGee donnera à son label le nom de Creation (Jesus & Mary Chain, My Bloody Valentine, Oasis, Libertines…). Cruelle pirouette, Pickett terminera sa carrière comme roadie de Led Zeppelin. La vie ne fait décidément pas de cadeau.

mercredi 10 décembre 2008

1920 : Philippe Thys, le triplé


Alors, le Tour 1920, c'est :
1) Philippe THYS (Belgique)
2) Hector HEUSGHEM (Belgique)
3) Firmin LAMBOT (Belgique)
4) Léon SCIEUR (Belgique)
5) Emile MASSON (Belgique)
6) Louis HEUSGHEM (Belgique)
7) Jean ROSSIUS (Belgique)

Cet article s'inscrit dans le cadre de ma nouvelle politique de communication : moins d'allusions, plus d'informations.

Sinon, 1920, c'est l'année du droit de vote pour les femmes aux Etats-Unis (quelle ânerie...) et de l'inhumation du Soldat Inconnu sous l'Arc de Triomphe (voir parenthèse précédente). Désolé, je suis un peu grippé (je crois que j'ai la grippe, je veux dire).


mardi 9 décembre 2008

MAGAZINE Real Life (1978)





Ils sont légion les groupes à n'avoir pas mis tous les atouts de leur côté pour rencontrer le grand public, dans la grande déchetterie de l'histoire du rock. Mais, eux, je me demande s'ils ne décrochent pas le pompon. Nom de groupe nul à traire (Magazine, et pourquoi pas Téléphone ou Television tant qu'on y est ?), pochettes invariablement immondes probablement conçues par un CAT de la banlieue de Manchester (très proches de mes oeuvres de 6ème réalisées sous la houlette de Mr Pierru) et casting à faire passer les Freaks de Tod Browning pour des produits de l'agence Elite. En guise de frontman, une sorte de mutant, fruit de l'accouplement illégitime entre Michel Houellebecq et le mime Marceau ; à la batterie un sosie de Yohan Demont sous-alimenté et/ou silicosé ; à la basse un clone d'Harlem Désir période Touche Pas à Mon Pote (sa meilleure période, ceci dit) ; le beau gosse du groupe étant condamné à jouer de l'instrument le plus inutile du monde, juste derrière le tuba : le saxophone. Bref, en 1978 comme aujourd'hui, on ne vient pas à Magazine sur un coup de foudre. On y vient pour son leader, Howard Devoto (nom sur la carte vitale : Howard Trafford), fondateur des merveilleux Buzzcocks, auteur du mythique EP "Spiral Scratch" et des bombes à neutrons que sont "Boredom", "Breakdown" et "Fast Cars". A son look de médecin légiste slovène, Devoto ajoute une totale absence de flair comme de volonté. Il quitte donc ses petits camarades Buzzcocks en mars 1977, dans le but de reprendre de brillantes études qu'il abandonne bien évidemment en septembre de la même année pour fonder la bête en question : Magazine. Devoto, qui est déjà un vieillard en 1978 à l'aune des standards du punk (26 ans) est aussi un homme très cultivé, qui en plus d'avoir lu tout Dostoïevski et A La Recherche du Temps Perdu (les personnes ayant lu deux pages de Proust apprécieront la performance) maîtrise aussi son Petit Stooges illustré. "Anyone interessed in the Velvet Underground, please contact me", telle était la petite annonce placée par Devoto au mur de son collège, annonce à l'initiative de sa rencontre avec Pete Shelley. Voila qui vous classe un homme. Magazine ne ressemble pas du tout aux Buzzcocks, à l'exception des deux chefs d'oeuvre "Shot By Both Sides" et "The Light Pours Out Of Me", co-écrits par Shelley. Difficile à décrire, ce groupe qui arrive à me faire aimer les claviers et le saxo. Souvent comparé à Roxy Music - ce qui est censé être un compliment, mais moi désolé Roxy Music, ça me reste toujours un peu sur le bide, Brian Eno ou pas - en raison de la présence de l'ignoble instrument sus-cité, l'album a paraît-il eu une influence traumatisante sur Joy Division (là, c'est franchement un compliment). Bon, bref, c'est un album génial, mon album de new wave préféré (en incluant PIL, Wire et XTC), c'est un peu comme le welsch complet / frites, le pot'je vleesch ou la clope, ça a l'air dégueu mais dès qu'on met le nez dedans on s'en sort plus. Si, il y a un truc évident quand même : Devoto, outre sa voix mi-torturée mi-constipée, avait aussi un sens inné de la formule, des slogans pour T-shirts à chaque phrase. Petit florilège, comme dirait Patrick Sébastien : "parfois j'oublie que je suis censé t'aimer", "tu m'aimes parce que tu as peur", "regarde ce que la peur a fait à mon corps", "tu peux te toucher quand tu le souhaites" ou encore le délicieux "je te droguerai et te baiserai sur le permafrost"...Pitié, n'en jetez plus...Mon ordinateur étant un import soviétique, je n'ai pas le son mais la vision de la vidéo ci-dessus n'appelle qu'un seul constat : Devoto fait très très peur.

dimanche 7 décembre 2008

BUZZCOCKS Singles Going Steady (1980)






La Terre entière maintenant connaît les Buzzcocks, canonisés à juste titre (posthume) pour l'ensemble de leur oeuvre fulgurante. A quoi donc peut bien servir de parler d'un disque que tous les gens dignes d'intérêt, sans exception aucune, connaissent par c(h)oeur ? Comme à la femme de sa vie, de lui rappeler combien on l'aime et tout ce qu'on lui doit, et que toutes ces infidélités au final n'aménent qu'un seul constat : elle seule compte. Les Buzzcocks, des petits hommes simples du Nord, habillés comme des Deschiens mais plus lettrés que Bernard Pivot et Jean d'Ormesson réunis. Quand d'aucuns chantaient l'anarchie et la haine, eux ne juraient que par l'autonomie et l'amour. Pas de provocation, pas de look, pas de scandale, juste des paroles tristes à pleurer jouées sur un rythme enjoué. Une vraie musique d'adolescence faite par des adolescents avec des préoccupations d'adolescents, à destination des adolescents d'alors et des adultes d'aujourd'hui. Bien plus rock'n roll en ce sens que les Sex Pistols et Clash, dont les hymnes pseudo politiques ne peuvent aujourd'hui que faire rire ou rougir. Amour, sexe, ennui, les trois seules préoccupations des Buzzcocks. Rien à foutre des Etats-Unis, de la guerre froide, des Sandinistes ou des congés payés. A un journaliste qui l'interrogeait sur les chiffres terribles du chômage à Manchester, Diggle répondait d'un air sévère et inspiré : "Oh, je trouve ça formidable". Et puis la musique...Sur cette compile, sont réunis les singles sortis entre 1977 et 1979. Citons les tous : "Orgasm Addict", "What Do I Get ?", "I Don't Mind", "Love You More", "Ever Fallen In Love ?", "Promises", Everybody's Happy Nowadays", "Harmony In My Head", "Whatever Happened To ?", "Oh Shit !", "Autonomy", "Noise Annoys", "Just Lust", "Lipstick", "Why Can't I Touch It ?", "Something's Gone Wrong Again". Une vraie machine à tubes, sortis à un rythme plus éffréné encore que les pépites sixties des Beatles ou des Kinks, en parallèle des trois albums fabuleux enregistrés en 1 an et demi. "Nous avions conscience de jouer deux fois plus vite que quiconque", et c'est vrai qu'aucun groupe punk de l'époque ne soutient la comparaison, surtout pas les Clash et leur rockab'/ragga de ducasse. Comme du jour de l'assassinat de Kennedy ou des attentats du 11 septembre, on se rappelle de ce qu'on faisait le jour où l'on a découvert "Fast Cars", "Boredom" ou "Nostalgia" (moi, par exemple, je faisais un baby foot avec Arnaud Davenne, Thibaut Petit et Bobby Tomczak au Renouveau de Montreuil-sur-mer). Le groupe qui le premier (le seul ?) a su concilier hargne, vitesse et mélodie. Avec des pochettes toujours classieuses, véritables petites oeuvres d'art réalisées avec trois francs six sous. Victime des problèmes d'héroïne de Pete Shelley, le groupe se séparera en 1981, avant de renaître régulièrement dans les années 90, sans John Maher le batteur surdoué, qui se consacre désormais définitivement à sa passion de toujours : le tuning sur Volkswagen (http://www.johnmaherracing.co.uk/). Une soixantaine de chansons pour l'éternité, Tables de la Loi de la powerpop, compagnons de notre quotidien morose ou joyeux, sur laquelle les Smiths feront une carrière complète.

"Les Buzzcocks étaient le groupe. J'aimais leur côté intellectuel, propre. J'ai toujours méprisé les gens qui se sentent obligés de se rouler dans leur propre vomi pour faire admettre qu'ils sont dans un groupe et jouent très fort." (Morrissey)

" Des chansons d'amour jouées à deux cents à l'heure, quelle idée formidable ! Tout le monde devrait posséder leurs singles." (Noel Gallagher)

GARAGE, SWEET GARAGE

Encore des affreux garagistes...