Mes récentes chroniques d'albums poppy m'ayant valu moult lettres d'insultes ("Crass, pédé, on va te marave ta face de rat à coups de nunchaku ", "les Pastels ? et pourquoi pas les Schmitts ?", "retourne faire de la bicyclette, grosse brêle", ce genre d'amabilités), j'ai décidé de durcir le ton et de mettre l'espace d'un instant entre parenthèses mes accointances avec les musiques efféminées. Attention, le monstre. J'avais acheté ce disque lorsqu'il était sorti en 1992 (ça fait toujours bien de dire ça), chez Black & Noir à Bordeaux, sur les conseils de l'excellent mais néanmoins chevelu vendeur, qui me l'avait vendu comme la chose la plus puissante depuis Little Boy. Et il n'avait pas menti, le poilu. Chant hurlé, mais vraiment hurlé, pas beuglé, rien de guttural là-dedans, changements de rythme incessants, rythmique tribale, et bizarrement des mélodies qui se dégagent de ce magma sonore. "No", "Numb", "Dig The Hole", "Captain Is Dead", "Premonition", sont probalement ce que j'ai entendu à la fois de plus violent et de plus intense. Ces tueurs étaient originaires de Saint-Louis, produits bien évidemment par le dangereux Steve Albini, et jouaient en trio. Rangés tantôt dans la noise, tantôt dans le jazzcore aux côtés des poètes Victims Family ou No Means No, tantôt dans le math rock (le rock mathématique, si, il paraît que ça existe) dont ils seraient les précurseurs. En même temps, être le précurseur d'un mouvement totalement inconnu, l'intérêt et la gloire n'en sont pas bien grands. Apparemment, Nick Sakes, l'hurleur en chef avait recruté deux étudiants en jazz (étudiant en jazz, sans déconner, de qui se moque-t-on ?) pour assurer la rythmique et c'est probablement ce qui donne un côté unique à cette musique de fin du monde. Je dis ça, moi j'en sais rien, j'y connais rien en instruments, je sais depuis peu différencier une basse d'une guitare, mais je sais depuis longtemps séparer le bon grain de l'ivraie. Le légendaire magazine US Alternative Press, qui s'y connaît en brutalité, a élu cet album comme le plus violent des années 90, décennie pourtant riche en atrocités en tous genres. Et le plus incroyable, c'est que "Dig Out The Switch" est sorti sur un minuscule label...français, aujourd'hui disparu : Intellectual Convulsion. J'ai retrouvé cet album en vinyle l'année dernière, ce fut le plus beau jour de l'année 2007. Maintenant, une question se pose : pourquoi crie-t-il si fort ? Pourquoi a-t-il si mal ? L’aurait-on obligé à visionner en boucle les conférences de presse de Jacques Santini ? Les performances scéniques de Ségolène Royal ? Un DVD des plus belles actions de Didier Deschamps ? Le mystère reste entier.
lundi 24 novembre 2008
samedi 22 novembre 2008
1919 : Firmin Lambot, l'attentiste
La guerre a été longue, c'est entendu, mais je ne vais tout de même pas attendre mes 40 ans pour vous parler du Tour 1919. Un tour disputé dans un paysage d'apocalypse, sur des routes d'ordinaire déjà fort approximatives, mais désormais défoncées par les obus boches, à faire passer la Chaussée Brunehaut pour l'Autoroute du Soleil. C'est un petit contingent de coureurs hors de forme (ils avaient curieusement d'autres préoccupations que la bicyclette entre 1914 et 1918) qui s'élance de Paris : 68 surhommes, bientôt plus que 42 à l'issue d'une première étape disons euh...caillouteuse. Un Tour où l'on découvre un duo de frangins détestés de tout le peloton pour leur arrogance et leur classe : les Pélissier. L'aîné, Henri, futur vainqueur du Tour 1923, vaut le détour. Considéré comme un rebelle, perpétuellement en guerre avec les organisateurs, prenant un plaisir assumé à provoquer verbalement ses rivaux, l'homme est rapidement victime d'une coalition, qui n'hésite pas à l'attaquer même (et surtout) quand il pisse au bord de la route. Un pur branleur, qui s'arrête boire sa bière bien tranquillement dans un café, à 5 kms de l'arrivée de la quatrième étape, avant d'abandonner le lendemain sur ces mots célèbres : "le Tour est un truc de mercenaires, les Pélissier sont des hommes libres" ou encore "c'est un Tour de chevaux de trait, je suis un pur-sang". Classe. Au quotidien, l'homme n'était pas simple non plus, et la fin de sa (courte) vie fait penser à celle de René Pottier voire Sid Vicious. Sa première femme, Léonie, décide de jeter l'éponge en 1933 en se tirant une balle dans la tête. Riton ne tarde pas à retrouver chaussure à son pied en la personne de la charmante Camille Tharault, de vingt ans sa cadette, tant qu'à faire...Mais à force de se faire taillader le visage au couteau, celle-ci commence à perdre un peu les pédales - si je puis dire - et le 1er mai 1935, elle bute Pélissier, de six coups de revolver, pour être bien sûre qu'il y reste. Brrrrrrr. Bon, pour le reste, 1919, c'est la création du Maillot Jaune, créé lors de l'étape Grenoble-Genève, et porté pour la première fois et pour l'éternité par Eugène Christophe, unanimement considéré comme le coureur le plus malheureux de l'Histoire du Tour, loin devant Poulidor. Tellement malchanceux encore que le magazine L'Auto lancera pour lui une souscription à l'issue du Tour. Ils seront 11 coureurs à boucler cette boucherie de 5560 kilomètres, dont la dantesque Metz-Dunkerque, avant-dernière étape de 468 kms, remportée par le vainqueur après 21 heures de course et fatale à Cri-Cri le Vieux Gaulois. Un Tour que j'aurais peut-être pu gagner au vu de sa moyenne (24 km/h, le plus lent de toute l'Histoire), si seulement j'avais eu la chance de naître à la fin du XIXème siècle. Mais c'est bien connu le Tour est une épreuve qui se joue à 11 et où les Belges finissent toujours par gagner. Et Lambot, à force de lambiner finit par l'emporter.
THE RED CRAYOLA The Parable Of Arable Land (1967)
Quand ils veulent faire les malins, les Bobos - un mot super bobo inventé par les bobos eux-mêmes, exact synonyme de nombriliste élitiste pédant, ce que je serais d'ailleurs tout à fait si j'avais plus d'argent - disent volontiers d'un disque qu'il est culte, légendaire et surtout, surtout, difficile d'accès. J'ai même lu une fois qu'il fallait appréhender certains disques "au travers d'un prisme musical différent, reflet d'un univers aussi riche que complexe mais néanmoins populaire". Vive la branlette. Dans le genre culte, ce disque-là peut faire très très peur. Sorti en 1967 par d'authentiques malades texans vivant plus ou moins en communauté (bonjour le bruit et les odeurs, comme dirait Jacquot) , compagnons de label des non moins malades Thirteenth Floor Elevators, nos amis kolkhoziens autodécrivent leur musique comme "une forme libre de freakout". Ce qui d'emblée laisse augurer les pires improvisations de Grateful Dead, les concours d'onanisme électrique de l'insupportable Frank Zappa ou n'importe quel groupe de hippies moustachus avec des voix de brebis. En plus, il n'y a que 6 morceaux, ça c'est jamais très bon, c'est même souvent très mauvais. Un bon point tout de même, à la lecture de la pochette (si, si, ça existe encore les pochettes) on découvre que le leader a un prénom de sauce pommes-frites : Mayo Thompson. Bon, en fait ce disque est extraordinaire. Un sommet de psychédélisme, mais qui ferait plutôt penser au psychédélisme anglais de Barrett qu'au psychédélisme ricain. Disque ultra ultra planant, contenant au moins 3 chansons terrifiantes, "Hurricane Fighter Plane", "Transparent Radiation" et "Pink Stainless Stain", disque qui n'a absolument pas vieilli, probablement en raison de la voix traînante et sexy de Mayo, accompagné sur certains titres par le futur interné psychiatrique Roky Erickson. Passées les introductions volontairement cacophoniques et systématiquement pénibles, on atteint ma foi assez vite l'orgasme, particulièrement violent sur le mirifique "Transparent Radiation". Groupe repris par des groupes fort différents mais invariablement excellents, des ultra violents Dwarves aux ultra lents Galaxie 500, en passant par les ultra débiles Cramps et bien sûr les ultra drogués Spacemen 3, Red Crayola continue à sortir des disques aujourd'hui, que j'imagine en revanche assez dépourvus d'intérêt, sans que je n'aie pour autant envie de me justifier. Mais rien que pour ce disque incroyable - incroyable parce que vraiment sans équivalent - Mayo et ses Familiar Ugly ("les laiderons bien connus") méritaient 100 fois la Légion d'Honneur, que notre beau pays n'a pas hésité à décerner à Vangelis ou Enrico Macias.
vendredi 21 novembre 2008
Critique de la faculté de tacler
Les ailes de pigeon, les coups du foulards, les sombreros, les petits, les moyens et les grands ponts, c'est mignon, mais bon, quitte à voir des beaux gestes autant regarder du basket. On pourra me raconter ce qu'on veut, les plus belles actions dans le foot, c'est quand même quand les joueurs n'ont pas le ballon. Les crachats dans la gueule, les tacles les deux pieds décollés, les pugilats, les arbitres martyrisés, les tibias fracturés, ça on en veut et on en redemande. Cette superbe video achévera de convaincre les personnes insensibles à la beauté de la brutalité. Où l'on aura encore la confirmation que l'Angleterre est le plus beau pays du monde, un pays où les attaquants font des gestes qui feraient passer Cyril Rool pour un timide efféminé. Même Ole-Gunnar (plus joli prénom du monde) Solskjaer s'y met...
jeudi 20 novembre 2008
1914 : Philippe Thys, le doublé avant la boucherie
Pour la deuxième année consécutive, le Tour retourne au classement général par temps (par opposition au classement général par points, cher à l’IBBF) et innove en franchissant les Pyrénées avant les Alpes. Promenade de santé pour le basset – ainsi surnommé en raison de sa position sur la selle, très proche de celle du Saint-Loupois Arnaud « the vampire » Davenne – qui connaît tout de même une frayeur pas loin de Dunkerque, non en raison des visages hideux des autochtones, mais à la suite d’un bris de fourche. N’est pas Eugene Christophe qui veut, et Thys n’est pas homme à se compliquer la vie : au lieu de chercher une forge, pas con, il cherche un magasin de vélo, qu’il finit invariablement par trouver. Il repart un quart d’heure plus tard et n’héritera que d’une pénalité minimale d’une heure, qui lui permettra de remporter le Tour par la marge lilliputienne de 1mn 49. Un Tour sans grande anecdote mais pas anecdotique pour autant, dernier moment de quiétude avant l’horrible carnage de la Première Guerre Mondiale. Deux jours après c’est la mobilisation générale et le cyclisme français y paiera un lourd tribut, les Boches ayant eux l’intelligence de ne pas envoyer leurs champions au front. Trois anciens vainqueurs laisseront leur peau dans l’immonde bourbier. Petit-Breton trouvera moyen d’avoir un accident de voiture dans les tranchées, Faber se fera vaporiser par un boulet teuton alors qu’il ramenait un camarade blessé sur ses épaules, Lapize (triple vainqueur de Paris-Roubaix tout de même) sera désintégré en combat aérien. 50 autres coureurs du Tour, plus ou moins (in)connus périront. Il faudra attendre 1919 pour voir un autre Tour de France, amputé de bon nombre de ses champions.
mercredi 19 novembre 2008
1913 : Philippe Thys, le basset

C'est vraiment lui le plus fort : Philippe Thys, les footeux s'en rappellent bien, de ce fameux latéral gauche, champion de France avec l'OM de JPP. Et bien 75 ans avant, l'homme avait réussi à gagner le Tour 1913, considéré par Bobby Chapatte himself comme le plus riche de l'Histoire. Thys, premier coureur à gagner 3 fois le Tour (après il faudra attendre Louison Bobet). Bon, allons-y tout de go, cette victoire est encore un hold-up, digne des Grecs de l'Euro 2004, de Colette Besson aux Jeux de Mexico ou encore de Jamel Debbouze avec Melissa Theuriau en 2006. Car c'est bien connu, la victoire ne sourit jamais aux audacieux, mais toujours au moins malchanceux. Et en matière de scoumoune, Eugène Christophe fut servi, ce 9 juillet 1913, jour où il entra à tout jamais dans la légende. Leader au sommet de l'Aubisque, "le Vieux Gaulois" casse alors sa fourche à la suite d'une collision avec un automobiliste fortement alcoolisé. Pas bégueule, Eugène décide de partir à la recherche d'une forge, qu'il finira par trouver 15 kilomètres plus bas (vous avez déjà marché pendant 2 heures avec un vélo sous le bras ?), dans un village désormais célèbre : Sainte-Marie de Campan. Volontiers poète, l'homme en entrant dans la forge, sort alors une réplique digne de Bernard Blier dans Les Tontons Flingueurs : "vous avez du tube de 22 ?" Et Eugène de limer, marteler, chauffer, tordre sa fourche (je précise qu'en ces temps préhistoriques, le poste de soudure n'existait pas) sous les regards cruels des commissaires chargés de vérifier qu'il ne reçoit pas d'aide extérieure. Il repartira et franchira la ligne 3h50 après Thys, perdant toute chance de gagner l'épreuve, mais s'assurant une gloire éternelle. Le plus incroyable, c'est que le même incident lui arrivera lors du Tour 1919, à deux journées de l'arrivée, alors qu'il était leader, puis en 1922 dans la descente du Galibier alors qu'il allait prendre le maillot jaune. Poissard, Eugène. Il se murmure même que la chanson de Pink Floyd "Careful with that axe Eugene" est un hommage déguisé au Gaulois de Malakoff. Un vieux Gaulois vaillant qui remporta le dantesque Milan-San Remo de 1910 couru sous 30 centimètres de neige et que terminèrent 4 coureurs !!!! Et attention les yeux, ça, personne ne le sait : Eugène Christophe est le premier porteur du Maillot Jaune de l'Histoire du Tour (le maillot fut créé en 1919 par Henri Desgrange). Bon, donc, sinon, c'est Philippe le Belge qui gagna ce Tour.
THE PASTELS Up For A Bit With The Pastels (1987)
De retour d'une effrayante formation "Gestion des conduites addictives", j'ai appris que je n'étais ni un ivrogne ni un poivrot ni un soulaud, mais un dipsomane. C'est-à-dire une sorte de psychopathe qui choisit d'occulter totalement l'effet gustatif au profit du seul effet psycho-actif, en ingurgitant à peu près n'importe quoi. Pourquoi pas, certains collectionnent bien les timbres. J'ai également découvert lors de ce séminaire pour fonctionnaires un ouvrage que je n'ai pas encore lu, mais dont le titre laisse présager la découverte de la Bible ultime du loser : "Comment réussir à échouer" par Paul Waztlawick. Ce qui m'a inévitablement donné envie de réécouter les Pastels, tant un groupe aura mis aussi peu d'atouts de son côté pour conquérir le grand public. Un suicide commercial organisé par le cerveau de la bande, le génial Stephen Pastel, look Peter Crouch et humour Monty Python. Petit best of des déclarations du gringalet scottish : "notre groupe est une sorte de collision laide de tout un tas de styles", "Londres est vraiment un endroit formidable, cette ville a purifié le reste du pays, tous les connards, les branleurs, les carrièristes, les groupes nuls viennent y vivre, nous laissant en paix à l'extérieur", "notre prochain clip sera génial, on y verra beaucoup ma collection de légumes en plastique", etc, etc. Fan irréductible des Ramones, toujours un signe de bon goût, il a nommé sa maison de disques "53rd & 3rd" dont chaque référence commence par AGARR (As Good As Ramones Records). Et couronnement de tout, et c'est bien là le charme incroyable de ce groupe : l'homme ne sait pas chanter, et n'a jamais eu l'intention d'apprendre. Un vrai punk, quoi, une sorte de Jonathan Richman rosbeef, doué pour les mélodies énergiques et désinvoltes, qui tuent en ayant l'air de rien, comme dirait Bertrand C. Pour les historiens, il est tout de même de bon ton de savoir que les Pastels sont considérés comme les inventeurs du shoegazing, ce mouvement globalement insupportable, mais dont deux groupes géniaux au moins ont su émerger : Jesus & Mary Chain (écossais, eux aussi) et My Bloody Valentine. Et les Pastels, donc. Au moins 4 chansons extraordinaires sur ce disque, qui dans un monde parfait auraient tous été numéro 1 en lieu et place de "When Will I Be Famous" de BROS en 1987 : "Ride" (d'où le groupe du même nom...), "Crawl Babies", "Address Book", "Baby Honey". Stephen Pastel étant une pure feignasse (que de qualités, décidément), la discographie des Pastels se résume à 4 albums en 23 années d'existence. "Sittin' Pretty", l'album de 89 est presque aussi bon (écouter la chanson "Zooom" et se mordre les testicules de bonheur), les autres je les ai pas, mais il serait fort surprenant que ces Glaswegiens se soient transformés en clones de Motorhead ou de Slipknot. Les Pastels, c'est un peu des TV Personalities non drogués. Il s'en passait des choses, finalement, dans les années 80.
Inscription à :
Commentaires (Atom)
GARAGE, SWEET GARAGE
Encore des affreux garagistes...
