
Celui-là, je l'ai tout de suite adopté et c'est l'un des seuls albums punks dont je ne me sois jamais lassé. Les choses avaient pourtant mal commencé, mon premier contact avec les Stranglers ayant eu lieu par l'intermédiaire de l'abominable "Always The Sun", à une époque où, victime des railleries de mes petits camarades, j'essayais de me débarasser de ma dépendance coupable aux disques de Madonna. Si l'on devait désigner le groupe le plus viril de tous les temps, le plus burné, l'anti-Queen, sûr qu'eux ne seraient pas très éloignés de la première marche du podium. La pochette, d'emblée, met les choses au point : on jurerait être dans le manoir de Parties de Chasse en Sologne (d'ailleurs sorti en salles le 29 août 1979 sous le nom de "La Grande Mouille (Chattes Mouillées)", il faut le savoir, ne serait-ce que pour mieux saisir l'allusion à peine voilée à "La Grande Bouffe" de Marco Ferreri), animaux empaillés et moustaches agricoles, ne manque que l'arrière-train de Marilyn Jess pour parfaire le décor. Pas de doute, les Stranglers ont eu une influence décisive sur Burd Tranbaree (de son vrai nom Claude-Bernard Aubert), l'homme qui, record inégalé et inégalable, dirigea dix fois les ébats de l'immense Brigitte Lahaie. Car les Stranglers étaient de gros dégueulasses, d'authentiques pervers sexuels que le roi des gros dégueulasses, Mick Jagger himself qualifia de "répugnants personnages" quand Pete Towshend préférait lui parler de "groupe dégoûtant". Une chose est sûre, la ballade la plus glauque de l'histoire, c'est eux : "Peaches", l'histoire d'un homme qui devient fou à force de mater les canons sur la plage, une histoire ma foi fort banale ("is she trying to get out of that clitoris ? Liberation of women that's what I preach"), un supplice de Tantale auquel tout homme honnête ne peut que compatir. Des gros cochons, ces étrangleurs, des gros gros cochons, leur libido communicative leur jouera d'alleurs de bien vilains tours, comme lors de ce mythique concert à Nice où le public saccagera absolument tout après que Cornwell et sa bande aient lâché sur la scène une bande de femelles totalement dévêtues. Bilan : 2 millions de francs de dégâts, interdiction de séjour en France et une autre chanson perverse pour immortaliser l'événément ("So nice in Nice"). Et pourtant en 1977, certains Stranglers devaient avoir bien besoin de Viagra, le batteur Jet Black affichant déjà 40 balais au compteur, ce qui en faisait un punk peu crédible. Mais Cornwell et JJ Burnel avaient de la testostérone pour 4. Hugh Cornwell, chanteur magnifique, voix grave et menaçante, phrasé loureedien et articulation philippelambertienne. Jean-Jacques Burnel, l'anti-lopette, expert en arts martiaux (il est d'ailleurs aujourd'hui prof de karaté) dont Sid Vicious fut un jour victime, collectionneur de motos Triumph , l'homme grâce à qui la basse n'est plus perçu comme un instrument inutile. Si les Stranglers étaient de vrais méchants, ils savaient aussi torcher des chansons et ils en torcheront d'ailleurs avec une égale constance jusqu'au début des années 80, l'album "Black And White" ("Nice'n Sleazy", une tuerie) me provoquant encore des érections à répétition. Histoire de faire chier leurs collègues punks, les Stranglers assumaient pleinement la comparaison avec les Doors, une drôle de comparaison, d'ailleurs, uniquement basée sur la présence de l'orgue obsédant de Dave Greenfield. Le temps que j'ai passé à ne pas aimer les Stranglers était une perte de temps (ça c'est ma phrase d'amour préférée, je la mets à toutes les sauces), voici donc ma seule résolution de l'année 2009 : réhabiliter les Stranglers, un vrai groupe de mâles comme on n'en fait plus.