dimanche 25 janvier 2009

Comment laisser un message sur un blog

Le récent sondage sur le plus grand album punk de tous les temps, plébiscitant le premier Ramones, m'avait donné une première indication. Ce blog est essentiellement visité par des demeurés et je ne peux que m'en féliciter. Les divers commentaires laissés le sont le plus souvent par des anonymes dont je ne peux croire qu'ils souhaitent le rester, seule leur incompétence informatique peut justifier de tels agissements. Voici donc un petit mémo pour signer vos horreurs :
1) je clique sur "COMMENTAIRES" à l'aide de ma souris
2) je rédige mon commentaire à l'aide de mon clavier
3) je clique sur "Nom/URL", toujours à l'aide de ma souris
4) dans la rubrique "Nom" qui s'affiche comme par miracle je laisse un sobriquet de mon choix (exemples : rcl62, eagleofdeathmetal75, püdükü.fr)
5) je valide le tout en cliquant sur "publier commentaire"
Je vous remercie de votre attention et en profite pour vous présenter mes voeux à vous ainsi qu'à ceux qui vous sont chers.

TV PERSONALITIES Mummy Your Not Watching Me (1981)




S'il est bien une expression aussi galvaudée qu'irritante, c'est celle de groupe culte. Certains fous dangereux pourtant en liberté (mais pour combien de temps encore ?) n'hésitent pas à ranger derrière cette marotte des orchestres de ducasse tels que Therapy? (surtout ne pas oublier le point d'interrogation, sinon ils se vexent), Cinderella (sans point d'interrogation, le nom est suffisamment consternant) ou encore le Patti Smith Group. Tout d'abord, cela peut paraître une évidence mais un groupe culte ne fait pas de la musique de merde, ce qui exclut fatalement les trois exemples sus-cités. Inutile donc d'aller plus loin dans ce débat sans intérêt, aussi vain que surfait comme le dirait un cinéphile que je nommerai pas. Tous les disques des TVP's (Rêgle n°2 : le groupe culte est souvent affublé de diminutifs énervants : Joy, le Floyd, le Velvet...) sont merveilleux, toutes leurs chansons sont sidérantes de beauté, leurs quatre premiers albums sont indispensables à tout être humain (donc pas au fan de Therapy?). Fruit issu du cerveau malade de son leader Daniel J.Treacy - Daniel Darc, Daniel Johnston, Daniel Treacy, c'est décidé mon fils s'appellera Daniel -, les TVP's se font remarquer en 1978 dès leur premier single, le très caustique "Part Time Punks" qui brocarde les punks en carton («Ils écoutent leurs disques très fort et pogotent devant le miroir de leur chambre, mais seulement quand maman n'est pas là. Ils arrivent : ce sont les punks à temps partiel !»). Evidemment adoubés par John Peel, qui ceci dit adoubait à peu près n'importe quoi, ils font encore plus fort en 1980 avec un hommage au diamant fou, l'idole de Treacy : "I Know Where Syd Barrett Lives", une sorte de berceuse avec des petits bruits d'oiseaux qui n'aurait pas dépareillé sur "The Madcap Laughs". Archétype du groupe anglais, de l'Angleterre des Quality Streets et des maisons victoriennes, les TVP's sont un peu les Kinks des années 80. Mélodiste surdoué, Dan Treacy pond des ritournelles d'une incroyable simplicité, auxquelles il donne des noms surréalistes ("Liechtenstein Paintings", "Salvador Dali's Garden Party", "La Grande Illusion", "I Was A Mod Before You Was A Mod"...) qu'il prend plaisir à massacrer par des arrangements rachitiques (Rêgle n°3 : le groupe culte a peu d'argent). Comme pour les disques de Barrett ou de Johnston, le pathétique n'est jamais très loin, et à entendre les chefs d'oeuvre de cet homme que l'on sait en perdition, il est bien difficile de déterminer s'il faut rire ou pleurer. Parmi les destins brisés du rock, on connaissait les crucifiés, les suicidés, les morts-vivants (Barrett, Arthur Lee, Brian Wilson), les losers magnifiques, Daniel Treacy lui a inauguré une catégorie : les disparus. En proie à de sérieux problèmes d'héroïne, l'homme disparaît de la surface de la planète en 1998 pour ne redonner signe de vie qu'en 2004. Des rumeurs le disent malade, sans le sou, faisant la manche dans le métro londonien (Rêgle n°4 : plein d'histoires bizarres circulent sur le groupe culte). Sur ce deuxième album assez psyché figurent au moins quatre merveilles ( "Scream Quietly", "Liechtenstein Paintings", "Brian's Magic Car", "Magnificent Dreams") qui ne dispensent pas de l'achat du premier et parfait "And Don't the Kids Just Love It", de la compile d'inédits "They Could Have Been Bigger Than The Beatles" (Rêgle n° 5 : le groupe culte est prétentieux) et de "The Painted Word", considéré par Alan McGee comme le disque le plus émouvant jamais entendu, ex aequo avec ceux de Nick Drake. Amoureux des sixties (reprises de Creation, pochettes avec Twiggy et John Steed), OVNI total dans des années 80 qui ne juraient que par les paillettes et les synthés, les Television Personalities sortaient leurs disques sur leur propre label Whaam! (avec un point d'exclamation, presque comme Therapy?), mythique institution qui dut mettre la clé sous la porte en raison de l'homonymie trop frappante avec l'immonde boys band Wham de l'enculator en chef George Michael. Un tel talent ne pouvait laisser insensible Pink Floyd qui les invita sur leur tournée de 1980, tournée sabordée dès la première date lorsque Treacy ne trouva rien de plus malin que de révéler au public ébahi l'adresse top secrète de Syd Barrett. 11 ans plus tard, une deuxième chance leur fut offerte par Kurt Cobain (Rêgle n°6 : le groupe culte est apprécié des hommes de goût), qui voulait absolument en faire la première partie de Nirvana pendant la tournée anglaise de "Nevermind". Daniel Treacy ne comprenant pas bien l'intérêt ne donna pas suite. En tout cas aujourd'hui Daniel va mieux, on peut même gratuitement devenir son ami sur Facebook.

lundi 19 janvier 2009

THE BIRTHDAY PARTY The Birthday Party (1981)


Avant de devenir cet intrigant crooner gothique pour femmes au foyer, puis – horreur - de se mettre à écrire des livres, Nick Cave faisait du rock’n roll. La rapide évocation de sa carrière sur wikipedia résume l’ampleur du désastre en un seul adjectif : pluridisciplinaire. Le mot est lâché. Comme David Bowie ou Brian Eno, Nick Cave fait partie de ces gens (très) doués mais (très) fatigants qui, sans cesse, éprouvent le besoin de se renouveler et de découvrir de nouveaux univeeeeeeers. Alors que par définition, ce qu'on demande aux gens qu'on aime (la maman, la soeur, les Ramones, je crois que je n'ai oublié personne), c'est qu'ils ne changent pas. Non content de publier d’affreux recueils de poèmes prétentieux sur la maison d’édition d’Henry Rollins (Henry Rollins, poésie, cherchez l’intrus), Nicolas s’est lancé dans le cinéma dit indépendant (traduire par irregardable) mais aussi dans l’aide humanitaire aux tsunamistes, tout en poursuivant cahin-caha sa carrière au sein des Bad Seeds, épaulé dans sa tâche par le Grand Corps Malade allemand, Blixa Bargeld (Einstürzende Neubauten). Faites lui croiser la route de Cyril Lignac et l’homme se mettra à la gastronomie, improvisez un rendez vous surprise avec Yan Caz et il enregistrera illico un disque de covers de Georges Brassens. Même Kylie Minogue, dont le QI tendrait pourtant vers moins l’infini, est sortie toute chamboulée de sa rencontre avec l’Homme en Noir (d’ailleurs fan de Johnny Cash), avouant qu’il l’avait réellement bonifiée tout en signalant qu’il lui avait tout de même été difficile de « lâcher la bride à (son) moi profond, pour être totalement sincère dans (sa) musique ». On ne s’étrangle pas. Je n’ai jamais réussi à écouter un album des Bad Seeds (ai-je seulement essayé ?), y compris les pseudos chefs d’œuvre que seraient « Murder Ballads », "The Good Son" ou « Henry’s Dreams », faire le marathon de Paris me semble moins fatiguant. Mais avant d’être pris de fascination pour Berlin et Lautréamont, Nick Cave faisait de la musique qui sentait sous les bras, en bon bouseux d’Australien qu’il aurait dû rester. Bizarrement signé sur le très arty label des Cocteau Twins, 4AD, Birthday Party balançait une sorte de blues très sale et férocement insane, accompagné par la basse monstrueuse du sosie officiel de Victor Lanoux (Tracy Pew) et les guitares dissonantes de Rowland S.Howard et Mick Harvey. Nick Cave, alors, n’essayait pas de moduler comme Elvis ou d’être plus viril que Johnny Cash, il se contentait de chanter comme un mongolien, idée géniale reprise plus tard par David Yow, le trisomique en chef de Scratch Acid puis de Jesus Lizard. « Release the Bats » (et ses célèbres “popopopopo”), « Blast Off », « The Friend Catcher » (et ses célèbres “hihan hihan”), Mr Clarinet (les incantations “marry me oh marry me ») et « Happy Birthday » (où Cave se met carrément à aboyer de manière très articulée des « wouf wouf wouf » !) semblent réellement interprétées par un pensionnaire de Centre d’Aide par le Travail, ce qui est finalement trop rare dans le rock. Par la suite Birthday Party sortira deux autres albums, tout aussi dérangés mais plus difficiles d’accès (c’est-à-dire un peu chiants), « Prayers On Fire » et « Junkyard ». Cette chronique est aussi et surtout l’occasion de rappeler que l’Australie est une grande terre de rock’n roll et de blues cradingue, qui outre AC/DC, les stoogiens Radio Birdman et les merveilleux Saints, aura engendré un groupe méconnu mais terriblement sauvage, sur lequel on reviendra forcément un jour : les Scientists.

dimanche 18 janvier 2009

1925 : Bottecchia, le doublé

Eugène Christophe réparant sa fourche dans la forge de Sainte-Marie-de-Campan en 1913 (dessin de Paul Ordner, seul témoignage de la scène)
Coincée en plein milieu de l'entre deux-guerres, 1925 ne semble pas être une année à forte portée historique. Et pourtant, il s'en est passé des choses...Tandis qu'Hitler rédige tranquillement Mein Kampf et que Charlie Chaplin réalise La Ruée vers l'or, deux de nos plus grands artistes voient le jour, responsables à tout jamais de ma passion indéfectible pour le septième Art : Pierre Cuq alias Pierre Mondy (inoubliable interprète du sergent-chef Chaudard bien sûr, mais aussi de Bibi Kenavec dans Vos Gueules les Mouettes, de Tonton Georges dans Le Beaujolais Nouveau est Arrivé mais surtout, surtout, d'Amédée Gonflard dans Signé Furax) et André Darricau plus connu sous le sobriquet de Darry Cowl (L'Abominable Homme des Douanes, Un Martien à Paris, Poussez pas Grand-Père dans les Cactus, Y a Un Os dans la Moulinette, Arrête ton Char Bidasse !, Mon Curé chez les Thaïlandaises, n'en jetez plus !). Grand cru donc que 1925, où les Français sont de toute évidence plus préoccupés à copuler qu'a faire de la bicyclette. Je précise que je ne lance pas des phrases en l'air et que toutes mes affirmations reposent sur des données chiffrées de l'INSEE, désormais partenaire officiel de ce blog. Il faudra ainsi attendre 1946 pour que le nombre de naissances dépasse ce sommet de 1925, année de la libido. Ainsi, pendant que Monsieur et Madame Bobet mettent au monde un petit Louison, Bottecchia poursuit sa promenade de santé, à peine contrariée par un pénible luxembourgeois dont on reparlera. Les français sont inexistants, probablement éreintés par leurs prouesses nuptiales. Pas un gaulois dans les dix premiers, pour la première fois dans l'Histoire du Tour, l'honneur étant sauvé par un quadragénaire toujours vert, le mythique Eugène Christophe. Immense Christophe, déja présent sur le Tour 1906, légendaire réparateur de sa fourche brisée dans la forge de Sainte-Marie-de-Campan (1913), premier porteur du maillot jaune (1919), vainqueur moral des tours 1913 et 1919, idole du public français qui pour lui seul répondit à une souscription du journal L'Auto afin de venir en aide à ce loser magnifique. Quand Pélissier confiait aux journalistes qu'on traitait les coureurs comme des animaux, lui répondait qu'il faisait le plus beau métier du monde, une manière de relativiser qui n'était pas du goût de tous les coureurs. Mais Gégéne se foutait de la gloire comme de ses premières soquettes, tout juste se permit-il une fantaisie, des siècles plus tard, en 1970, le jour de ses funérailles : être enterré avec son maillot jaune. Si personne, en réponse à cet article, ne laisse un commentaire d'hommage à ce grand coureur je me verrai alors dans l'obligation de consacrer mon prochain billet à un champion de cricket gallois ou à mon repas de samedi soir au Buffalo Grill de Cucq. Vous voici prévenus.

samedi 17 janvier 2009

LES THUGS Still Hungry Still Angry (1989)




"Et plus que l'air marin, la douceur angevine" ("Heureux, qui comme Ulysse, a fait un beau voyage", Joachim du Bellay, 1558). Les gens qui lisent plus de deux livres par an connaissent par coeur cette ode à la Cité du Maine-et-Loire. Angers. Son château fort, son équipe de foot merdique emmenée par Philippe Judas Brunel (l'un des rares humains a avoir osé faire le voyage Lens-Lille dans ce sens), ses célébrités incontournables parmi lesquelles Edgar Cointreau, Steve Savidan ou encore Patrick Hernandez. Croyons Du Bellay sur parole, Angers était probablement douce à vivre au XVIème siècle, mais à la lecture du casting sus-cité (auquel le rédacteur de cet article, par pudeur aura omis d'ajouter Daniel Gélin, Mickaël Pagis ou les affreux La Phaze) le lecteur est forcé d'admettre que tout s'est largement gâté depuis. Heureusement, il y avait les Thugs, le plus grand groupe né dans l'hexagone, l'un des rares à ne pas nous avoir couverts de honte à l'étranger, le seul que j'ai vu plus d'une fois en concert. Fans des Sonics (être fan des Sonics dans les années 80, ce n'est pas rien), des Ramones et surtout des Buzzcocks, les Thugs (pitié, prononcez teugz) se forment en 83 en pleine vague alternative française. Une vraie histoire de famille, puisque trois des quatre membres du groupe sont des frères (des vrais, pas comme les Ramones) : les Sourice (je n'ai pas dit les Pourice). A leur apogée, c'est-à-dire tout au long de leur carrière sans aucune faute de goût, les Thugs ont mis tous les gens biens de la planète à leurs pieds : Jello Biafra (qui les signera sur Alternative Tentacles), Steve Albini (qui produira "Strike", l'album de 1996), Kurt Cobain ("As Happy As Possible" sorti chez Sub Pop) et bien d'autres. Car ces angevins avaient une classe folle, une véritable anomalie dans le paysage musical français, créateurs d'une musique à nulle autre comparable, toute en fureur contenue. Spécialistes des morceaux commençant comme des ballades et terminant en tornades sonores (le tétanisant "The Hedge Hogs", "Square of Lights" à en pleurer), les Thugs ne lésinaient jamais ni sur la mélodie ni sur l'énergie. Ce qui les mettaient d'emblée au dessus de la mêlée des intellos bruitistes (pénibles Sonic Youth) et des purs hardcoreux (abominables Suicidal Tendencies). L'incroyable originalité du groupe reposait bien sûr sur la performance dantesque du batteur Christophe, qui tout en martyrisant ses peaux comme pas un, nous gratifiait de choeurs quasi-spectoriens, ces "whoooo ooooooooooh" permanents tentant de passer au dessus du tir nourri de guitares et qui donnaient à chaque chanson un côté homérique, comme une bataille à gagner coûte que coûte. C'est d'ailleurs l'impression que m'ont laissés les concerts des Thugs : un groupe sans look (si, pardon, le chanteur est le sosie de Woody "mauvais" Allen), sans jeu de scène particulier, mais dont la violence et la foi de la musique ne donnaient qu'une seule envie, celle de rester clouer au mur, espérant être épargné par le massacre. "Still Hungry Still Angry" est leur deuxième album, probablement le plus grand album de hardcore/noise mélodique jamais enregistré, référence ultime à l'aune duquel peu de groupes américains peuvent se mesurer. Comme dans le cochon, tout est bon chez les Thugs, des premiers maxis ("Dirty White Race", "Electric Troubles") aux albums plus noise ("I.A.B.F", "As Happy As Possible"). Une musique fière, qui (mise en garde) écoutée au casque peut rendre littéralement fou. Les grands psychopathes, comme moi, adorent les listes. Voici donc mon "Top 15 (impossible de s'arrêter à 10) des chansons des Thugs qu'aucun groupe américain (ni anglais ni tchétchène) n'a jamais réussi à surpasser" :

1) Little Kiddy
2) Square of Lights
3) Birds of Ill Omen
4) Birthday (Why Didn't You Come For My...)
5) Your Kind of Freedom
6) The Hedge Hogs
7) Biking
8) I Love You So
9) Inside Room
10) See You Soon
11) And He Kept On Whistling
12) Good Friends
13) Is It The Right Way ?
14) Papapapa
15) Ad Men

dimanche 11 janvier 2009

THE STRANGLERS Rattus Norvegicus (1977)


Celui-là, je l'ai tout de suite adopté et c'est l'un des seuls albums punks dont je ne me sois jamais lassé. Les choses avaient pourtant mal commencé, mon premier contact avec les Stranglers ayant eu lieu par l'intermédiaire de l'abominable "Always The Sun", à une époque où, victime des railleries de mes petits camarades, j'essayais de me débarasser de ma dépendance coupable aux disques de Madonna. Si l'on devait désigner le groupe le plus viril de tous les temps, le plus burné, l'anti-Queen, sûr qu'eux ne seraient pas très éloignés de la première marche du podium. La pochette, d'emblée, met les choses au point : on jurerait être dans le manoir de Parties de Chasse en Sologne (d'ailleurs sorti en salles le 29 août 1979 sous le nom de "La Grande Mouille (Chattes Mouillées)", il faut le savoir, ne serait-ce que pour mieux saisir l'allusion à peine voilée à "La Grande Bouffe" de Marco Ferreri), animaux empaillés et moustaches agricoles, ne manque que l'arrière-train de Marilyn Jess pour parfaire le décor. Pas de doute, les Stranglers ont eu une influence décisive sur Burd Tranbaree (de son vrai nom Claude-Bernard Aubert), l'homme qui, record inégalé et inégalable, dirigea dix fois les ébats de l'immense Brigitte Lahaie. Car les Stranglers étaient de gros dégueulasses, d'authentiques pervers sexuels que le roi des gros dégueulasses, Mick Jagger himself qualifia de "répugnants personnages" quand Pete Towshend préférait lui parler de "groupe dégoûtant". Une chose est sûre, la ballade la plus glauque de l'histoire, c'est eux : "Peaches", l'histoire d'un homme qui devient fou à force de mater les canons sur la plage, une histoire ma foi fort banale ("is she trying to get out of that clitoris ? Liberation of women that's what I preach"), un supplice de Tantale auquel tout homme honnête ne peut que compatir. Des gros cochons, ces étrangleurs, des gros gros cochons, leur libido communicative leur jouera d'alleurs de bien vilains tours, comme lors de ce mythique concert à Nice où le public saccagera absolument tout après que Cornwell et sa bande aient lâché sur la scène une bande de femelles totalement dévêtues. Bilan : 2 millions de francs de dégâts, interdiction de séjour en France et une autre chanson perverse pour immortaliser l'événément ("So nice in Nice"). Et pourtant en 1977, certains Stranglers devaient avoir bien besoin de Viagra, le batteur Jet Black affichant déjà 40 balais au compteur, ce qui en faisait un punk peu crédible. Mais Cornwell et JJ Burnel avaient de la testostérone pour 4. Hugh Cornwell, chanteur magnifique, voix grave et menaçante, phrasé loureedien et articulation philippelambertienne. Jean-Jacques Burnel, l'anti-lopette, expert en arts martiaux (il est d'ailleurs aujourd'hui prof de karaté) dont Sid Vicious fut un jour victime, collectionneur de motos Triumph , l'homme grâce à qui la basse n'est plus perçu comme un instrument inutile. Si les Stranglers étaient de vrais méchants, ils savaient aussi torcher des chansons et ils en torcheront d'ailleurs avec une égale constance jusqu'au début des années 80, l'album "Black And White" ("Nice'n Sleazy", une tuerie) me provoquant encore des érections à répétition. Histoire de faire chier leurs collègues punks, les Stranglers assumaient pleinement la comparaison avec les Doors, une drôle de comparaison, d'ailleurs, uniquement basée sur la présence de l'orgue obsédant de Dave Greenfield. Le temps que j'ai passé à ne pas aimer les Stranglers était une perte de temps (ça c'est ma phrase d'amour préférée, je la mets à toutes les sauces), voici donc ma seule résolution de l'année 2009 : réhabiliter les Stranglers, un vrai groupe de mâles comme on n'en fait plus.

lundi 5 janvier 2009

GALAXIE 500 Today (1988)




C'est vraiment le genre de groupe que j'aimerais détester. Le rock'n roll vidé de toute son énergie, un groupe d'intellectuels né sur les bancs d'Harvard, une voix asexuée totalement dénuée d'émotion, une musique d'une telle lenteur que leurs principaux rejetons prendront le nom de Low ("I Could Live In Hope", bon disque) ou Codeine. Le nom du groupe pourrait évoquer les Spacemen 3, je crois bien d'ailleurs que j'avais acheté ce disque dans l'espoir de découvrir leurs clones, mais non, rien de tout ça : Galaxie 500 est le nom d'un modèle de véhicule Ford en vogue dans les années 60. Pour comprendre la démarche de ces grands comiques, il faut donc imaginer un groupe français portant le nom de Fuego ou Méhari. La musique de ce trio (avec une femme à la basse, quelle idée...), pas facile à décrire, oscille entre un Velvet Underground (surtout celui du troisième album) dont le chanteur chanterait faux, et les Modern Lovers emmenés par un Jonathan Richman dépressif. Beaucoup de guitares claires, une batterie rachitique, un harmonica débile, et la voix très particulière de Dean Wareham, le tout produit par le non moins étrange Kramer (ex-Butthole Surfers). Un disque d'hiver, une musique de lendemain de fête, brumeuse, minimaliste, qui peut aussi faire penser à Slint, que certains ont rangé dans la catégorie la plus absurde jamais inventée : le slowcore. Le caractère hypnotique et répétitif de certaines chansons peut néanmoins faire atteindre une forme de transe étrange, particulièrement sur "Don't Let Our Youth Go To Waste" (reprise des Modern Lovers) ou "Tugboat" (voir la video). Les textes, très inspirés de la fraîcheur de Jonathan Richman justement, donnent envie d'apprendre l'anglais et contiennent la plus belle déclaration d'amour jamais faite à une femme: "je veux rester au lit avec toi jusqu'à ce qu'il soit l'heure d'aller boire un coup". C'est un très beau disque, je ne vois pas d'autre adjectif : un très beau disque avec 9 très belles chansons. Un groupe qui semble n'avoir laissé aucune autre trace que celle de ses 3 albums, un groupe même pas culte, un groupe tranquille, sans histoire ni macchabée dans le placard. De très dignes héritiers des Modern Lovers. Et puis des disques qui reposent après trois jours de cuite et qui apaisent quand on a vu un peu trop d'idiots dans sa journée, il en faut aussi. Pour une fois, on peut se fier la pochette : fans de Kyuss, fuyez !

GARAGE, SWEET GARAGE

Encore des affreux garagistes...